« 33 degrés dans les chambres » : la canicule insoutenable dans les foyers d'accueil médicalisé à Lyon
Wed, 08 Jul 2026 20:07:39 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalA Lyon, un rassemblement s'est tenu lors de la dernière vague de canicule afin de dénoncer les conditions scandaleuses pour les résidents du foyer d'accueil médicalisé Adélaïde Perrin.

Le mardi 23 juin s'est tenu un rassemblement devant le foyer Adélaïde Perrin, dans le 8ème arrondissement de Lyon. Ce rassemblement, organisé par les collectifs HANDI-SOCIAL et PACTE Lyon Respirable avait pour but de visibiliser et donner l'alerte sur la situation des résidents de ce foyer d'accueil médicalisé où vivent environ 150 personnes ayant un handicap intellectuel, souvent associé à un handicap moteur.
En effet depuis leur déménagement dans un nouveau bâtiment l'été dernier, les conditions de vie à l'intérieur de cette institution sont particulièrement préoccupantes, chose que la canicule a évidemment accentué. Ce foyer est en effet très mal isolé, et était un ancien EHPAD désaffecté précisément à cause de la vétusté du bâtiment. Il s'agit d'une solution soi-disant temporaire, qui dure pourtant depuis quatre ans. Des témoignages des résidents eux-mêmes nous rapportent qu'il y fait bien plus de 30°C dans les chambres, y compris la nuit. La chaleur est d'autant plus insoutenable que les résidents n'ont pas le droit d'ouvrir les fenêtres comme bon leur semble ni même d'ouvrir la porte de leur chambre sans l'accord du personnel.
Toutes les potentielles solutions de rafraîchissement comme des ventilateurs, brumisateurs ou climatiseurs portables sont à la charge des résidents ou de leur familles, la direction du foyer considérant cela comme un investissement personnel, alors qu'elle est dans l'obligation d'assurer la sécurité et protection des résidents. La solution proposée aux résidents est de dormir à même le sol, en apportant leur matelas dans la salle commune ou la cuisine, où la chaleur est légèrement moins étouffante. Et ce à condition qu'ils et elles débarrassent le plancher dès sept heures du matin, soit l'heure du petit déjeuner de ceux dont on va exploiter la force de travail en ESAT, dans une organisation millimétrée qui ne laisse aucune place à l'agentivité des résidents.
Ajoutons à cela le paternalisme des cadres, qui lorsque les résidents se plaignent de la chaleur, leur répondent « Il fait 27°C, il fait bon ». Pour rappel, dans ces foyers vivent des personnes avec des comorbidités, plus fragiles face à la chaleur, ayant parfois besoin - pour des raisons médicales - d'avoir une pièce à température ambiante pour dormir, sans quoi cela peut impacter très fortement et durablement leur santé.
Au-delà de l'aspect purement médical, ces personnes sont largement infantilisées, l'exemple le plus parlant est celui de cadrage total par le personnel de la vie des résidents selon des cadres stricts et très peu modulables, avec l'accord du personnel. Les sorties sont strictement encadrées et les déplacements surveillés alors que l'on parle ici de personnes qui sont toutes majeures. Cela se ressent dans cet épisode caniculaire, notamment avec une interdiction de sortir seul après 11h du matin. Cette infantilisation, cet isolement, cette ségrégation sont malheureusement systémiques dans ces établissements. Les foyers sont des lieux de privation de liberté, la France étant un des pays isolant le plus les personnes handicapées, en les enfermant dans des institutions spécifiques.
Un résident a contacté l'association Handi-Social, qui a déposé un signalement auprès de la métropole et de l'ARS quant à l'urgence de trouver des solutions pour cet été caniculaire et face à l'immobilisme du foyer, de la métropole ou de l'ARS. Au lieu que ce signalement permette de s'attaquer aux conditions d'accueil indigne, pour que l'ARS instruise le dossier, le signalement doit être transmis à l'établissement, qui peut dès lors reconnaître la personne qui a déposé l'alerte. Ce fonctionnement vise à briser l'anonymat de la personne qui fait le signalement et peut donc lui entrainer des retombées négatives : un système bien rodé pour freiner l'ensemble des initiatives de dénonciation de la maltraitance en foyer.
A la suite du rassemblement, après avoir chanté quelques slogans dénonçant la complicité du gouvernement, par l'intermédiaire de l'ARS, une délégation a finalement été reçue. L'une des cadres de santé du foyer a permis à des participants de rentrer pour « voir par nous-mêmes ». S'ils ont constaté que le hall d'accueil au rez-de chaussé est effectivement climatisé, il n'en est pas de même pour les étages supérieurs où vivent les résidents et où l'air est irrespirable. Les résidents qu'ils ont pu croisés ont confirmé : « on n'en peut plus, on a très chaud ». Tout au long du parcours de la délégation, la cadre a semblé vouloir jongler entre le fait de rassurer notamment sur le respect des protocoles de l'ARS - qui sont totalement insuffisants - et reléguer la responsabilité sur les résidents. Plutôt que d'assumer le définancement complet des services publics et l'absence de volonté politique d'assurer des conditions de vie dignes aux résidents, la cadre s'est embourbée dans des prétextes : « Tel résident ne supporte pas le bruit des ventilateurs à cause de son handicap psychique » ou « ouvrir la fenêtre angoisse les résidents car c'est très haut ». Elle a poursuivi dans ses mensonges, en affirmant qu'il n'est pas souhaitable pour les résidents que la température des chambres soit à 20 degrés, alors même que des patients ont des certificats médicaux pour dormir à 18 degrés. Rapidement, une autre cadre de santé est arrivée pour mettre dehors la délégation, prétextant l'intimité des résidents. Résidents qui n'ont absolument aucune intimité et aucune liberté quand il s'agit des soignants.
Cette situation est un exemple criant de la politique validiste de l'Etat, qui cherche à « permettre aux personnes handicapées de mourir dans la dignité » avec la loi sur la fin de vie pour laquelle le vote aura lieu le 15 juillet. De toute évidence, il n'est pas question non plus de permettre à ces personnes de vivre dans la dignité. Les institutions en charge étant seulement capables de rendre le quotidien étouffant, tant à cause des chaleurs extrêmes que des souffrances psychiques induites par une infantilisation et une maltraitance constantes.
L'entretien avec l'avocate et militante antivalidiste Elisa Rojas pointe du doigt les dangers de cette loi validiste et eugéniste.
Pour cet été présageant plusieurs épisodes caniculaires, il faut revendiquer une mobilisation par la grève, pour exiger l'arrêt des activités non essentielles qui mettent en danger de nombreux travailleurs précaires, notamment dans les ESAT, et pour exiger des moyens massifs pour les foyers pour personnes handicapées, les structures de santé, les EHPAD, et plus largement les services publics. A titre d'exemple, à Lyon, les transports en commun sont tombés plus de 400 fois en panne de climatisation, mettant en danger les usagers et les conducteurs.