« Ordre et progrès » : Édouard Philippe lance sa campagne en promettant « de la sueur » aux travailleurs
Wed, 08 Jul 2026 16:00:02 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDimanche 5 juillet, Édouard Philippe a tenu son premier meeting de campagne pour les présidentielles à l'Adidas Arena à Paris. Derrière des invocations floues pour la jeunesse ou l'égalité homme-femme, il y défend une nouvelle variante de néolibéralisme autoritaire : violent pour les travailleurs et les classes populaires, et généreux avec les patrons.

Ce dimanche 5 juillet se tenait le premier meeting de la campagne présidentielle d'Édouard Philippe à l'Adidas Arena à Paris. Alors que certains politiques de Renaissance comme Maud Bregeon, ou de LR comme Laurent Wauquiez, ont soutenu sa candidature, il entretient une rivalité avec Gabriel Attal pour être le candidat du bloc central. Pour cela, il tente lui d'incarner une forme de continuité des mandats Macron, en plus dur, là où Attal prétend incarner le renouveau.
Durant ce meeting, Édouard Philippe a ainsi joué de sa posture, en racontant beaucoup de sa vie personnelle. Il se dit par exemple « fils de la classe ouvrière » pour incarner le mythe méritocratique, proche du peuple, mais parvenu à s'élever à force de travail acharné. Bien sûr, l'ancien premier ministre ne se prive pas de revenir aussi sur sa maladie, pour appuyer sa détermination face à l'adversité. Mais, surtout, c'est à sa posture de père de famille qu'il a fait appel pour se justifier d'une action politique paternaliste qu'il veut inflexible pour « l'avenir des enfants ». Comme il l'exprime : « Je suis sûr que les Français sont prêts à ce sursaut si notre projet a du sens et s'il est clair que nous faisons tout cela pour nos enfants. »
Derrière cette insistance pour mettre l'avenir et les enfants au centre, ou encore l'égalité homme-femme, se devine sans grande difficulté une banale opération de com', visant à donner un visage plus humain à un programme profondément austéritaire et répressif. La seule véritable urgence à ses yeux ? Accélérer les réformes néolibérales, et ne plus se laisser freiner par une quelconque opposition. En d'autres termes : en pleine continuité avec le macronisme, Edouard Philippe promet une politique anti-ouvrière toujours plus violente, au service exclusif des intérêts des patrons .
« Rétablir l'ordre »
Après avoir mis en place le récit du personnage qu'il souhaite incarner durant cette campagne, on ne sera pas surpris que sa première préoccupation est pour « ces policiers que j'ai vu déterminés à rétablir l'ordre » dit-il, en rappelant avec nostalgie son mandat de premier ministre sous lequel il a imposé une répression d'une violence inédite contre les gilets jaunes. « Il faut remettre de l'ordre chez nous » ajoute-t-il en abondant dans le sens de la panique sécuritaire actuelle et de la rhétorique de l'insécurité permanente, où la population aurait « peur de sortir de chez soi ». « Lorsque la République est en crise, et ça lui est arrivé, il appartient aux Républicains de rétablir l'ordre » : voilà son programme, qui ne diffère pas tant sur le fond d'autres propositions à sa droite.
Sans grande surprise, rétablir l'ordre bourgeois implique à ses yeux une remise sur pieds de la machine judiciaire. Puisque, selon lui, « trop de malfrats échappent à la sanction parce que le formalisme des procédures est trop lourd », il souhaite « faire en sorte qu'il soit possible de condamner très tôt, à des peines de prison très courtes, systématiques, sans attendre l'énième récidive ». Voilà la réalité de son programme pour la jeunesse, qu'il souhaiterait aussi voir condamnée par des « magistrats plus âgés ». Il veut en outre « donner aux maires un pouvoir de sanction pénale » pour permettre une « justice du bout de la rue ». Enfin, de façon tout aussi inquiétante, il souhaite « renforcer l'autorité du garde des sceaux sur le parquet », renforçant toujours plus les traits bonapartistes de la Ve République en finissant de soumettre le pouvoir judiciaire à l'exécutif. Un comble vu le nombre d'affaires impliquant des haut responsables politiques et les ingérences multiples de ces dernières années.
Édouard Philippe veut aussi « remette de l'ordre à nos frontières » en prétendant hypocritement « sauver le droit d'asile ». Il souhaite une immigration sélective pour « des étudiants, des médecins, des aide-soignants, des ingénieurs », c'est-à-dire ceux qui « viennent travailler dans des secteurs dont nous avons besoin » et qui « respectent la France ». Il veut aussi, comme l'extrême-droite, un traitement judiciaire différencié des étrangers « en veillant à ce que les étrangers délinquants soient expulsés et n'aient plus le droit aux aides sociales ». En bref, il veut faciliter les démarches pour quelques profils sélectionnés selon les besoins du patronat, et aggraver le cauchemar sécuritaire et administratif pour les autres.
En matière de paniques islamophobes, le candidat à la présidentielle n'a pas été en reste non plus, en droite ligne avec les politiques des derniers gouvernements : « La République mes amis, ne baissera ni la tête, ni les yeux, ni la garde devant le fondamentalisme, l'entrisme, le séparatisme, l'obscurantisme ». Cerise sur le gâteau, Edouard Philippe a tenu à faire part à l'audience toute sa sensibilité raciste et colonialiste pour vanter le mérite de l'école républicaine dans les colonies : « J'ai vu des professeurs à Saint-Laurent du Maroni en Guyane préparer leurs élèves dont certains n'ont connu que la forêt et le fleuve à des études parisiennes ».
« Il faudra travailler plus longtemps »
Là encore, sans surprise pour cet ancien LR passé par la macronie, sa deuxième préoccupation c'est la dette : « Remettre la France sur la bonne voie c'est aussi rétablir ses comptes ». C'est d'ailleurs ce qu'il choisit de retenir du bilan de son mandat. Il compte y parvenir « en baissant la dépense plutôt qu'en augmentant les impôts » et insiste qu'« il faudra travailler plus longtemps ». « Il ne s'agit pas de sang et de larmes, il s'agit peut-être d'un peu de sueur oui, d'effort, de sérieux, de détermination » dit celui qui voulait reporter l'âge de départ à la retraites à 67 ans. Pourtant dans le fond de ses réformes, comme dans sa méthode, c'est quelqu'un qui assume pleinement la nécessité de passer par du sang et des larmes. Pour les travailleurs seulement, cela s'entend.
Pour les patrons : pas d'impôts, pas de contraintes, de la liberté et de la confiance : pour les « catégories les plus aisées, on n'a pas besoin de réinventer des impôts idiots pour leur demander à elles aussi de contribuer au redressement national ». Reprenant à son compte la vulgate macroniste, Edouard Philippe n'attend rien d'autre de Bernard Arnault qu'il continue de s'enrichir, en attendant que cela ruisselle pour ceux qui veulent encore y croire, pendant qu'il fait travailler les prolétaires jusqu'à la tombe.
Quand il dit qu'« il faut faire confiance aux Français et il faudra leur donner cette liberté », on comprend vite à qui cette liberté s'adresse : « cette liberté pour les entreprises de simplifier leur vie, de simplifier leurs relation aux impôts à l'URSSAF, aux administrations, de les laisser produire ». L'ancien premier ministre souhaite aussi « reprendre la politique de l'offre ». En somme, un projet néolibéral des plus classiques, réduisant l'État à ses fonctions essentielles, dont la répression, tout en aidant financièrement les patrons sans jamais rien attendre en retour.
« Les directeurs doivent devenir les nouveaux patrons de l'école »
Édouard Philippe a aussi souhaité mettre des réformes importantes de l'école au cœur de son projet. Là aussi, il ne sera pas question des besoins des enfants mais de ceux du patronat, pour réfléchir comment les « valoriser ». Il propose par exemple que « les directeurs doivent devenir les nouveaux patrons de l'école ». La rhétorique habituelle des réformes néolibérales, dont on connaît les effets à l'hôpital et à l'université, qui souhaite donner plus d'autonomie en évaluant les « résultats pédagogiques » : « Parce que la liberté ça va avec la responsabilité ». Alors que les enfants présentent de plus en plus de signes de troubles anxieux par rapport à leur avenir et surtout à la pression scolaire, les effets de ces réformes seraient catastrophiques et viseraient surtout à un avancement des mécanismes de sélection et de parcours différenciés dès le plus jeune âge.
À côté, le candidat propose aussi de donner accès à des assistants IA personnalisés. Comme de nombreux autres candidats, il met ce sujet au centre de sa campagne pour proposer un plan de rattrapage pour le patronat français, en louant « les grands patrons de ces technologies, les grands aventuriers de cette conquête technologique moderne ». L'accent est mis du côté de la souveraineté : « Il est encore temps de se doter d'infrastructures souveraines et d'affirmer notre puissance ». Si la reconstruction de la puissance militaire française n'a pas été mise au premier plan dans son meeting, elle n'est jamais bien loin, et il n'a pas manqué de louer aussi « ces soldats prêts à donner leur vie pour la mission ».
Ne pouvant passer à côté du sujet, Édouard Philippe a également évoqué la « transformation climatique », visiblement soucieux de se doter de son propre lexique, pour ne rien céder à ceux qui alertaient à ce sujet depuis longtemps. Mais aucune urgence à ses yeux : de ce côté-là, pour lui, tout va bien en France, alors même que des milliers de personnes viennent de mourir de la canicule. Les vrais responsables ? Tous les autres pays, sur lesquels il faudrait exercer des contraintes sur les autres pays pour la limitation des émissions de gaz à effet de serre.
En fin de compte, Édouard Philippe se pose comme fidèle continuateur du macronisme, prêt à pousser ce programme politique au service des classes dominantes toujours plus loin et plus fort, tout en tentant d'incarner une figure d'autorité. Sa citation du général de Gaulle qui disait que « les Français veulent l'ordre et le progrès » illustre bien le projet qu'il se propose d'incarner par un élargissement des réformes néolibérales pour casser toujours plus les conditions de travail et les services publics : le renforcement de la répression et de l'autoritarisme contre les travailleurs et les classes populaires, et toujours plus de subventions et de libertés pour le patronat.