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Contre les VSS à l'Institut de physique du globe de Paris, les doctorants s'auto-organisent

Sat, 04 Jul 2026 12:14:02 CEST

Révolution Permanente

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Après deux ans d'inaction de la direction face à des faits de violences sexistes et sexuelles pourtant signalés et reconnus, des doctorant·es de l'IPGP se sont organisé·es pour soutenir une doctorante et dénoncer les mécanismes d'impunité qui traversent l'enseignement supérieur. Une mobilisation qui met en lumière le caractère systémique des VSS et la nécessité de construire un rapport de force par le bas.

Ce mercredi 24 juin, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP), composante de l'Université Paris Cité, en soutien à une doctorante victime de violences sexistes et sexuelles (VSS) au sein de son laboratoire. Ils ont dénoncé le caractère systémique et institutionnalisé de ces violences dans l'enseignement supérieur et la recherche.

Deux ans après avoir signalé à plusieurs reprises à l'administration des faits de VSS réguliers de la part d'un collègue, la situation n'a pas été prise en charge par la direction malgré de nombreux témoignages. En conséquence, la doctorante était forcée de continuer à fréquenter quotidiennement la personne dont elle dénonçait les agressions. Une situation d'autant plus révoltante que la direction avait officiellement reconnu son statut de victime et affirmait avoir pris les mesures nécessaires. Derrière les déclarations institutionnelles et les affichages de façade, la réalité est celle d'une absence de protection effective.

Face à cette absence de prise en charge, un collectif de doctorant·es s'est constitué pour dénoncer l'institutionnalisation des VSS. Leur mobilisation a permis de sortir de l'isolement une affaire qui révèle les mécanismes profonds qui permettent aux violences de perdurer au sein des institutions académiques. En effet, ce cas en rappelle de nombreux autres, notamment celui particulièrement choquant d'une doctorante de l'Université Gustave Eiffel qui avait été licenciée alors qu'elle dénonçait depuis plusieurs semaines le harcèlement sexiste et sexuel qu'elle subissait de la part de son directeur de thèse.

Ce collectif a produit une vaste enquête auprès des doctorant·es et ancien·nes doctorant·es de l'institut, qui a permis de mettre en lumière un climat favorisant et banalisant les VSS au sein de l'IPGP. Tandis que les remarques sur tel encadrant ou tel chercheur dont « tout le monde connaît le comportement problématique » sont monnaie courante, l'université n'agit pas et entretient une culture de l'omerta autour des violences sexistes. Ainsi, c'est la doctorante dénonçant des VSS à qui l'université a demandé de changer de bureau.

Les résultats de cette enquête ont permis aux doctorant·es d'impulser une mobilisation permettant de lutter efficacement contre les VSS et la reproduction de l'ordre social patriarcal. Ainsi, au-delà de revendications immédiates, cette mobilisation pose la question de l'inefficacité des dispositifs institutionnels dans la protection des victimes.

Dans les universités et les laboratoires les mêmes récits reviennent sans cesse, et les mêmes violences et processus de domination que ceux qui structurent la société sont observables. Les directions ont beau afficher leur engagement contre les VSS, créer des cellules de signalement et multiplier les chartes, lorsque des affaires éclatent, les procédures s'enlisent au profit du maintien du statu quo et des carrières des chercheurs accusés. Les rapports de pouvoir qui structurent le monde académique (marqués par une dépendance hiérarchique et par la précarité des doctorant·es et des jeunes chercheur·ses) favorisent le silence et rendent extrêmement coûteuse toute dénonciation.

Cette situation n'est pas le produit de quelques dysfonctionnements isolés, mais elle découle d'institutions dont la priorité reste trop souvent la préservation de leur image et de leur fonctionnement interne plutôt que la protection des personnes. Tant que les directions conserveront le monopole du traitement des violences, les intérêts de l'institution entreront régulièrement en contradiction avec ceux des victimes.

C'est précisément pour cette raison que l'auto-organisation développée à l'IPGP est porteuse d'une perspective politique importante. Ce n'est pas une cellule administrative qui a permis de faire émerger cette affaire et de mettre en lumière l'institutionnalisation des VSS à l'IPGP, mais un collectif de doctorant·es auto-organisé·es, soutenu par une section syndicale (la CGT-Doctorant·es).

Leur lutte rappelle la nécessité de construire des formes de prise en charge qui ne reposent pas sur des institutions qui ont démontré leurs limites. Ainsi nous revendiquons avec Du Pain et Des Roses des commissions de lutte contre les VSS constituées de travailleur·es formé·es et qui soient indépendantes des directions. Elle souligne également l'urgence de relier les mobilisations qui émergent dans différents établissements. Car les violences sont systémiques, les mécanismes d'impunité le sont également et seule une réponse collective à l'échelle de l'ensemble du secteur pourra imposer un véritable rapport de force.

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