Cinq familles menacées d'expulsion en Charente : la mobilisation s'organise contre l'offensive
Thu, 02 Jul 2026 11:19:13 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDeux mobilisations ont eu lieu mercredi et jeudi dernier en soutien à cinq familles d'Angoulême et Soyaux menacées d'expulsion, à l'appel du RESF 16. A quelques jours des vacances, elles font face à des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF), doublées d'Interdiction de Retour sur le Territoire Français (IRTF).

La préfecture de Charente est en pleine surenchère xénophobe à quelques jours des vacances scolaires. Deux mobilisations ont eu lieu la semaine dernière à l'appel du Réseau pour l'Éducation Sans Frontières 16, pour s'opposer aux mesures de la préfecture visant cinq familles (à notre connaissance) par des Obligations de Quitter le Territoire Français, assorties, pour certaines, d'Interdiction de Quitter le Territoire Français. Une violence étatique et administrative, alignée sur les dernières lois racistes du gouvernement.
Le 24 juin, une trentaine de personnes issues de l'éducation nationale, de syndicats et du milieu associatif se sont rassemblées devant la mairie de Soyaux, en soutien à deux familles menacées d'expulsion. Celles-ci sont aujourd'hui logées de façon précaire dans un collège de la ville, dont le contrat prend fin le 10 juillet. Cette première mobilisation visait ainsi à faire pression sur le maire de la commune – également membre du conseil départemental – afin qu'il appuie la demande de renouvellement du contrat de logement au niveau de la préfecture. Cette demande se solde à ce jour par un refus du président du Conseil Départemental de Charente. Les familles ont ainsi reçu une réponse brutale de l'administration, les informant qu'elles n'avaient que quelques jours pour libérer les lieux.
Le lendemain, un second rassemblement s'est déroulé à Angoulême, sous la forme d'une déambulation et de campements installés devant le conseil départemental, puis la préfecture et l'hôtel de ville, pour dénoncer le rôle réactionnaire des institutions dans ces expulsions estivales. Toujours à l'appel du RESF16, de nombreuses professionnelles de l'éducation et syndicalistes SNUIPP FSU et Sud Education étaient là pour appeler à la suspension immédiate des OQTF, la régularisation et relogement des familles.
Cette offensive locale s'inscrit ainsi dans une longue séquence de durcissement politique assumé par le gouvernement, de la Loi Immigration de Darmanin à la circulaire Retailleau, qui demande aux préfets de limiter encore plus les régularisations d'exception. Dans le même temps, une travailleuse en REP+ confie à Révolution Permanente que « l'austérité engagée par le gouvernement menace chaque année des classes de fermeture, au bénéfice du secteur privé et au détriment des conditions d'accueil pédagogique pour les élèves. » Une double violence d'état, entre violence raciste et violence austéritaire, que les classes populaires subissent de plein fouet.
L'année dernière, une mobilisation avait déjà eu lieu en Charente pour les mêmes raisons, et le préfet de Charente assumait pleinement sa xénophobie : « ces familles sont en France depuis trop longtemps, elles doivent être expulsées. » Face à cette violence, les militantes se déclarent « mobilisées, prêtes à demander une audience au préfet, et lancer une occupation de bâtiments publics si les familles sont mises à la rue. » Dans ce contexte, il est essentiel d'être à leurs côtés et de construire un front unitaire dans la rue, rassemblant toutes les organisations du territoire qui refusent l'offensive raciste : partis, syndicats, mouvement étudiant, féministes et LGBT, organisations antifascistes, associations. La récente victoire à Marseille qui a permis de lever de l'OQTF d'Amine, lycéen, montre la voie, en faisant la démonstration d'une mobilisation unitaire réussie où s'articulent mobilisation contre l'austérité et mobilisation anti-raciste, avec pour levier l'auto-organisation, les assemblées générales et la construction d'un comité de soutien.
L'élargissement des revendications permettrait également d'augmenter le nombre de personnes rentrant dans la lutte face au racisme et à la violence d'Etat, alors qu'il ya deux semaines encore, nous nous rassemblions pour honorer la mémoire d'Alhoussein Camara, tué par la police d'Angoulême. Comme le rappelle une militante « Avant, à Angoulême, il y avait un collectif de sans-papiers qui prenait en charge leur lutte, et derrière, un comité de soutien, avec la CGT, SudEduc, SNUIPP, LO, le NPA. On se voyait tous les mois. Il y avait aussi un comité de vigilance : au pied levé, on était très vite 100 devant les commissariats. Aujourd'hui les syndicats se sont dépolitisés. » Une puissante tradition politique locale qu'il s'agit de reconstruire pour faire face aux nouvelles offensives.