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Teps'Out : à Reichstett, les habitants se mobilisent contre un projet de stockage de Gaz Naturel Liquéfié

Thu, 02 Jul 2026 12:29:40 CEST

Révolution Permanente

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À Reichstett, un projet de stockage de milliers de tonnes de Gaz Naturel Liquéfié à quelques centaines de mètres d'habitations a reçu le feu vert de la préfecture malgré l'opposition unanime des habitants. Un scandale écologique et antidémocratique contre lequel les habitants se mobilisent. Un rassemblement est appelé samedi 4 juillet à 10h place de la mairie à Reichstett.

En pleine canicule, alors que plus d'un millier de personnes sont mortes de la chaleur en France en trois jours et que chaque été bat un nouveau record de chaleur entrainant des centaines de milliers de morts dans le monde, un projet de nouvelles cuves de gaz naturel liquéfié est en train de se concrétiser à Reichstett, au nord de Strasbourg. Derrière le greenwashing, les priorités politiques données par les autorités et les industriels à poursuivre le désastre climatique au mépris des habitants est clair. Mais la population de Reichstett se mobilise contre le projet, autour du collectif Teps'Out formé à l'initiative de deux frères originaires de la ville.

Le GNL, une énergie pour la « transition » qui ne profite qu'aux actionnaires

En janvier 2025, la préfecture du Bas-Rhin a donné son feu vert à Tepsa pour l'installation de cinq cuves de Gaz Naturel Liquéfié au nord de Strasbourg, à quelques centaines de mètres d'habitations. Ce site est déjà classé Seveso seuil haut, le niveau de risque industriel maximum — celui des sites présentant un risque majeur d'accident grave pour les populations. Tepsa, détenue à 100 % par I Squared Capital, un fonds d'investissement américain, prévoit d'implanter ces cuves sur le site de l'ancienne raffinerie de Reichstett. Si la raffinerie a fermé, des quantités massives de pétrole y sont toujours stockées, sous la gestion de la même entreprise, ce qui maintient le classement Seveso du site. Cette fermeture avait pourtant permis, ironie du sort, une réduction partielle de la zone et donc la construction d'un éco-quartier. Ces habitations se retrouveraient désormais en première ligne d'un site à haut risque d'explosion.

Tepsa n'est pourtant pas une inconnue dans la région. En mars 2025, l'entreprise a été condamnée par le tribunal administratif pour avoir contaminé la nappe phréatique au Port aux pétroles de Strasbourg. Elle cumule les sanctions pour manquement à ses obligations de sécurité, et refuse de rendre publique son analyse de risques pour le nouveau projet. Aucune transparence, aucune responsabilité, mais une subvention de l'État quand même. Concrètement, pour les habitants de Reichstett, ce projet se traduira par une centaine de camions citernes supplémentaires chaque jour sur un axe stratégique vers l'Allemagne, donc une pollution de l'air et sonore avec en tout et pour tout seulement 3 ou 4 emplois créés.

Mais ce projet n'est pas une anomalie locale, il est le produit d'une machine économique mondiale qui carbure aux énergies fossiles. Le GNL, vendu comme « énergie de transition » par les multinationales pétrolières et béni lors de la COP28, est en réalité plus polluant que le charbon. C'est une arnaque climatique qui ne transite que vers une chose : des profits toujours plus grands pour ses actionnaires. TotalEnergies, Shell, Venture Global LNG dévastent des territoires entiers et des populations pour s'enrichir, soutenus par une machine financière colossale : entre 2021 et 2023, 213 milliards de dollars ont été déversés sur les entreprises en première ligne de l'expansion du GNL par les banques internationales. Parmi les plus généreuses, les banques françaises : Crédit Agricole, BPCE, Société Générale et BNP Paribas figurent toutes dans le top 30 mondial, avec 14 milliards de dollars accordés sur cette seule période. L'argent de nos comptes en banque pour financer la catastrophe climatique.

Et ce sont toujours les populations locales qui en paient le prix. Car le GNL, c'est aussi un projet colonial. Au Mozambique, le projet Mozambique LNG de TotalEnergies, soutenu par la Société Générale et le Crédit Agricole, s'est construit sur des expulsions forcées et des violences contre les civils, perpétrées par des forces de sécurité payées par Total pour protéger ses installations. Le projet est suspendu depuis plusieurs années, mais les violences, elles, continuent. C'est ça, la chaîne d'approvisionnement du GNL : du néo-colonialisme à l'état pur, depuis les forages dans le Sud global jusqu'aux cuves en banlieue de Strasbourg. L'État n'arbitre pas entre les intérêts des habitants et ceux de Tepsa : il organise les conditions permettant au capital de poursuivre son expansion, quitte à imposer les risques aux populations.

Si vous voulez vider un étang, ne demandez pas l'avis des poissons avant

De septembre à novembre 2023, une enquête publique a été organisée autour du projet : 121 personnes se sont exprimées, 118 étaient contre. Les mairies de Reichstett et des communes voisines sont contre. Malgré tout cela, le commissaire enquêteur a quand même rendu un avis favorable, et la préfecture a suivi en janvier 2025.

Voilà ce que vaut la démocratie quand elle se heurte aux intérêts des patrons : une procédure soigneusement organisée et une décision prise depuis le début dans les bureaux de la préfecture et les conseils d'administration. Le projet s'appelle officiellement « projet d'intérêt public » mais il faut un certain niveau de cynisme pour l'appeler comme ça quand il ne sert qu'à renflouer les poches du patronat, ne crée pas ou très peu d'emplois, et expose des milliers d'habitants à un risque industriel majeur. Mais c'est précisément à ça que sert cette démocratie-là : nous faire croire que notre avis compte afin de mieux nous faire accepter ces projets mortifères, en habillant les intérêts des patrons du CAC 40 en intérêt général, et faire taire les oppositions avec des procédures institutionnelles.

Les élus de leur côté, s'en remettent à des procédures, attendent que les tribunaux tranchent, déposent des recours : autant de façons de canaliser la colère vers des canaux que l'État maîtrise. Le vendredi 26 juin, les élus écologistes de Jeanne Barseghian et les Insoumis de Florian Kobryn ont bien déposé deux textes à l'EMS pour sommer le préfet de retirer son autorisation, rejetés nettement, à 72 et 73 voix contre. Trautmann, qui affirme soutenir « pleinement » le recours du maire de Reichstett, s'illustre une fois de plus dans le grand écart entre discours pseudo-progressistes et actes conservateurs en votant contre les textes de l'opposition pour s'en remettre au tribunal administratif.

Ce mépris, les habitants de la région le connaissent bien. L'Alsace est depuis longtemps un terrain d'expérimentation pour les grands projets imposés d'en haut avec son sous-sol stratégique et sa position clé vers l'Allemagne. La centrale géothermique de Vendenheim n'a été mise à l'arrêt qu'après des séismes, des années de mobilisation épuisante pour un résultat obtenu malgré l'État, pas grâce à lui. Alors quand Tepsa débarque avec ses cuves de GNL et la bénédiction de la préfecture, c'est la goutte de trop et c'est pourquoi la mobilisation qui se construit autour de Teps'Out prend une grande ampleur dans la région.

Une mobilisation qui monte, portée par en bas

C'est de cette double colère, contre le projet et contre le déni de démocratie qu'il incarne, qu'est né Teps'Out. À l'initiative, ce sont deux frères de Reichstett et leur mère qui ont décidé de ne pas en rester à la pétition et aux courriers à la préfecture. Ils se sont mobilisés à plein temps, construisant une stratégie de communication offensive sur les réseaux sociaux pour sortir le projet de l'ombre dans laquelle il avait été soigneusement maintenu. Dépassant rapidement les 100 000 vues, leurs vidéos ont forcé les médias locaux à s'emparer du sujet. Le Parisien, France 3, BFM Alsace, France Bleu, Pokaa, les DNA ont tous couvert la mobilisation. Ce qui était un projet local confidentiel est devenu une affaire régionale.

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Autour d'eux, un collectif s'est structuré, soutenu par Oxfam Strasbourg, Greenpeace Strasbourg, Alternatiba et le Chaudron des Alternatives. Un site internet a été créé, une pétition a recueilli près de 4000 signatures, des réunions publiques d'information organisées, des tractages menés, une pétition lancée. La mairie de Reichstett et l'association « Préserver Reichstett et ses Environs » ont déposé un recours devant le tribunal administratif contre l'autorisation préfectorale.

Mais les tribunaux et les recours ne suffisent pas à faire reculer l'État et les industriels. Ce sont les habitants de Soufflenheim qui l'ont montré en obtenant l'annulation d'un projet de forage pour le lithium en 2025. La lutte de Notre-Dame-des-Landes l'a aussi démontré : on peut faire reculer l'État et les industriels, mais seulement en construisant un rapport de force réel, dans la rue, par en bas. C'est dans cet esprit que Teps'Out appelle à un grand rassemblement ce samedi 4 juillet.

Mais ce rapport de force ne se construira pas seulement entre écolos et riverains, il faudra le lier au mouvement ouvrier, aux travailleurs de l'énergie, des transports et de la région. La canicule historique qui s'abat sur la France pendant que nous écrivons ces lignes nous le rappelle avec brutalité : ce sont toujours les mêmes qui meurent sur leurs chantiers et dans leurs entrepôts surchauffés, et ce sont les mêmes qui subissent en première ligne les projets comme celui de Tepsa. Car face à des patrons du pétrole qui nous précipitent vers la catastrophe, la question n'est pas seulement d'annuler un projet : c'est d'en finir avec un système qui sacrifie la planète et des vies pour le profit de quelques-uns, ici à Reichstett, mais aussi partout en France et au-delà.

C'est pourquoi cette lutte doit se lier à toutes celles qui, localement et nationalement, affrontent ce même système. L'expropriation des grands groupes de l'énergie et le contrôle de la production par les travailleurs apparaissent, dans ce contexte, comme une urgence vitale. C'est pourquoi avec Révolution Permanente nous appelons à se joindre au rassemblement organisé ce samedi 4 juillet à 10h, place de la Mairie à Reichstett et à poursuivre la mobilisation.

Crédit photo : capture d'écran

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