Retour

Séisme au Venezuela : près de 2000 morts, les classes populaires premières victimes

Thu, 02 Jul 2026 13:12:53 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Le bilan du séisme du 24 juin au Venezuela s'alourdit : 1 943 morts, des milliers de blessés et disparus, majoritairement issus des classes populaires. L'État vénézuélien et les puissances impérialistes portent la responsabilité de la gestion désastreuse de cette catastrophe naturelle.

Il y a une semaine, deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5, les plus violents que le pays ait connu depuis plus d'un siècle, ont touché le Venezuela. Le bilan continue de s'alourdir, et atteint désormais presque 2000 morts : une catastrophe dont les effets ont été amplifiés par les politiques du gouvernement vénézuélien et la domination impérialiste sur le pays.

Les classes populaires en première ligne de la catastrophe

Communiqué mardi 30 juin par le président de l'Assemblée nationale, Jorge Rodriguez, le dernier bilan s'élève à 1 943 morts, 10 500 blessés et plus de 50 000 disparus avec des besoins urgents en nourriture et abris (ONU). La NASA évalue qu'environ 58 870 bâtiments ont été endommagés ou détruits dans la zone affectée, d'après des images satellitaires (Le Monde). Ce bilan dramatique touche avant tout les classes populaires vénézuéliennes, déjà frappées par la crise sociale et économique que traverse le pays, sous la pression des États-Unis, des puissances impérialistes et de leurs sanctions brutales ces dernières années, mais aussi des politiques néolibérales des gouvernements Maduro puis Rodriguez.

Avec des pénuries alimentaires généralisées, un effondrement des services essentiels (l'électricité, l'eau potable, le nettoyage…) et des réseaux de communication largement interrompus, c'est l'État de La Guaira qui a été le plus durement touché. L'AFP rapporte les propos de Pablo Alfonzo, un homme de 64 ans réfugié sous une tente de fortune et indigné contre la passivité du gouvernement : « Plus de 80 % de l'État de La Guaira est en état de crise, il faut que les autorités agissent. Elles devraient au moins se concentrer sur les services de base comme l'électricité, l'eau potable et le nettoyage ».

Pour les agences humanitaires, la possibilité de retrouver des survivants diminue. Elles concentrent désormais leurs efforts sur les abris d'urgence, les soins médicaux, l'accès à l'eau potable et l'assainissement. De nombreuses victimes du séisme ont dû se réfugier chez des proches, des voisins ou encore vivre dans la rue, dans des espaces publics, des églises, des écoles ou des abris sommaires « qui ne répondent pas aux normes minimales de protection ». Aujourd'hui, environ 16 000 personnes n'ont plus de logement.

De surcroît, les infrastructures sont saturées. Faute de place dans les hôpitaux, une morgue improvisée a été aménagée sur les quais du port de La Guaira, où des familles attendent en file pour identifier le corps de leurs proches (AFP). Les crémations s'enchaînent dans les funérariums. L'ONU a alerté sur la saturation des hôpitaux et le risque important de propagation de maladies infectieuses. Selon l'OMS, 38 hôpitaux sont endommagés, dont 3 dans un état critique. Avec des services de santé perturbés, des réseaux d'eau et d'assainissement défaillants, et des déplacements de population, le Venezuela frôle la crise sanitaire. Christian Lindmeier, porte-parole de l'OMS, craint la propagation « de maladies évitables par la vaccination comme la rougeole, la diphtérie et la coqueluche ».

Les impacts du désastre se concentrent dans les secteurs les plus pauvres, là où la dégradation urbaine et la précarisation des conditions de vie s'accumulent depuis des années. L'effondrement de bâtiments d'habitations en masse est aussi dû à la mauvaise qualité de leur construction par l'État, accompagnant la dégradation des services publics et la recrudescence des inégalités. Il a par exemple érigé des logements sociaux avec du polystyrène pour remplir l'espace entre les dalles de béton. Cette catastrophe n'a ainsi fait qu'accentuer la vulnérabilité des conditions de vie des classes populaires.

Face aux conséquences catastrophiques des séismes, des milliers de personnes ont organisé spontanément des opérations de sauvetage et déblayé elles-mêmes les gravats à la main ou encore mis en place des centres de collecte et des réseaux de solidarité. Selon la Ligue des Travailleurs Socialistes (LTS), organisation sœur de Révolution Permanente dans le pays, c'est d'en bas qu'a surgi une immense capacité d'organisation capable d'affronter cette catastrophe : « pendant ce temps-là, durant près de deux jours, il n'y a eu aucune réponse massive et rapide de l'État ».

La responsabilité de l'impérialisme et du gouvernement vénézuélien dans la crise

Cette situation d'urgence survient alors que les ressources du pays continuent d'être soumises à la domination impérialiste. Les aides des États-Unis et des puissances impérialistes sont plus que minimes par rapport à l'étendue de l'urgence et de leur responsabilité dans la profonde crise qui touche le pays. La déclaration de Donald Trump, promettant environ 150 millions de dollars d'aide au Venezuela, relève d'un cynisme éhonté. Cette somme dérisoire contraste ouvertement avec les plus de 3,5 milliards de dollars qu'il a dépensés pour son agression militaire contre le pays, lors de son offensive aboutissant à l'enlèvement de Maduro. Pendant des mois, porte-avions, destroyers et frégates ont bloqué les côtes, coulé des navires et finalisé le pillage des ressources énergétiques vénézuéliennes.

En parallèle, la réponse du gouvernement, qui est arrivée avec un retard coupable, n'a pas amélioré la situation. En déployant l'armée, il a freiné l'auto-organisation de la solidarité, alors même que la recherche de survivants constituait encore une urgence vitale. Comment l'expliquent les camarades de la LTS, le gouvernement veut « surtout reprendre le contrôle dans les zones où leur absence a été compensée par une solidarité collective immédiate et massive. » Pourtant, à un moment où chaque heure compte, le gouvernement devrait plutôt soutenir les volontaires, faciliter l'accès des secours et mobiliser toutes les ressources pour sauver des vies. Cette politique délétère n'a fait qu'alimenter la défiance légitime de la population à l'égard de l'État, qui comme l'affirme la LTS, n'est que « le résultat de longues années de corruption, de dégradation des services publics, d'inégalités sociales et de l'utilisation des forces de sécurité pour réprimer et harceler le peuple travailleur. »

La solidarité spontanée face à la catastrophe a été exemplaire, mais elle ne suffit pas seule : il faut aussi mobiliser les ressources pétrolières du pays, aujourd'hui sous contrôle néocolonial américain depuis l'attaque du 3 janvier, en les plaçant sous contrôle ouvrier et populaire, et mettre fin immédiatement aux sanctions économiques impérialistes. Face à la lenteur de l'État et à l'absence des grands patrons, ce sont les habitants, travailleurs, étudiants et brigades de secours qui ont organisé la réponse à l'urgence : il faut pérenniser et coordonner démocratiquement cette auto-organisation afin de construire une force populaire indépendante, capable de défendre les besoins du peuple et de lutter pour un Venezuela libéré de l'impérialisme et de la domination du grand capital.

/ / / / / /