Primaires à New York : les candidats de l'establishment démocrate rejetés, et après ?
Thu, 02 Jul 2026 20:07:20 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalZohran Mamdani et DSA ont remporté une large victoire lors des primaires du 30 juin, signe que les électeurs ne veulent plus de l'establishment du Parti démocrate. Mais pour construire une perspective ouvrière et socialiste, il faut rompre avec ce parti explique James Dennis Hoff de Left Voice.

Ce mardi 30 juin avaient lieu les primaires à New York. Le maire de la ville, Zohran Mamdani, et son parti, les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), ont remporté ces élections haut la main, infligeant ainsi une lourde défaite à l'establishment du Parti démocrate. Tout comme l'élection de Mamdani en 2025, cette victoire montre qu'il existe à New York une vaste frange d'électeurs attirés par les idées socialistes et lassés de la hausse des loyers, des inégalités, des milices racistes de l'ICE, ainsi que du soutien des États-Unis au génocide à Gaza et à la guerre menée par Israël contre l'Iran et le Liban.
Cette soif de changement s'est particulièrement manifestée dans les résultats de plusieurs primaires législatives très disputées à New York, où les trois candidats soutenus et défendus par Mamdani, dont deux membres de DSA, ont remporté leurs primaires face à des Démocrates plus à droite qu'eux.
Brad Lander, ancien membre du DSA qui avait soutenu la campagne de Mamdani contre Cuomo, a écrasé le député sortant, Dan Goldman, soutien du génocide, dans la dixième circonscription de New York. Bien que Lander se soit qualifié de « sioniste libéral » et ait en réalité quitté le DSA après le 7 octobre 2023, il s'est depuis éloigné de son soutien antérieur à Israël, a fermement dénoncé le génocide à Gaza et s'est engagé à s'opposer à tous les envois d'armes vers Israël, y compris l'aide destinée aux systèmes de défense aérienne du « dôme de fer » du pays.
Par ailleurs, la candidate du DSA, Claire Valdez, a battu à plate couture le candidat de l'establishment et président de l'arrondissement de Brooklyn, Antonio Reynoso, dans la 7e circonscription, qui comprend plusieurs quartiers de Brooklyn surnommés le « couloir communiste ». Et ce, malgré le fait que Reynoso ait obtenu le soutien du « Parti des familles travailleuses » (WFP) et de plusieurs Démocrates de l'establishment, dont l'ancienne députée de la 7e circonscription, Nydia Velázquez, ainsi que la procureure générale Letitia James.
Mais la course la plus importante et la plus surprenante de la journée s'est sans doute déroulée dans la 13e circonscription, à forte population hispanique, où la candidate du DSA et militante pour la cause palestinienne, Darializa Avila Chevalier, a battu de justesse le député sortant depuis dix ans et président du « Congressional Hispanic Caucus » (Groupe parlementaire des Latino-Américains), Adriano Espaillat. Ce dernier est un fervent défenseur d'Israël. Il a reçu plus de 600 000 dollars de la part de comités d'action politique (PAC) pro-israéliens pour faire échouer Chevalier, qui a mené une campagne fondée sur un programme explicitement antisioniste et anti-establishment.
Bien que les partisans d'Espaillat aient tenté de discréditer Chevalier en attirant l'attention sur ses déclarations concernant Israël, l'immigration et les Démocrates — notamment un tweet disant « Fuck Kamala Harris » —, cette tentative semble s'être retournée contre eux. Le fait qu'Espaillat ait perdu face à une nouvelle candidate sans expérience politique préalable montre non seulement le mécontentement croissant et le dégoût généralisé envers l'establishment du Parti démocrate et son soutien au génocide en cours, mais aussi le pouvoir impressionnant du soutien du maire Mamdani.
Plus surprenant encore : bon nombre de ces candidats, dont Chevalier et Valdez, ont remporté la primaire malgré la forte opposition du « Parti des familles travailleuses » (WFP), ainsi que des grands syndicats, qui ont soutenu leurs adversaires de l'establishment et dépensé des centaines de milliers de dollars pour les soutenir.
Le principal coupable, et de loin, a été l' « American Federation of Teachers » (AFT), dont les affiliés, le « New York State United Teachers » (NYSUT) et l' « United Federation of Teachers » (UFT), représentent des centaines de milliers d'enseignants et d'éducateurs de la ville de New York. Reynoso et Espaillat ont tous deux reçu des millions de dollars de la part de comités d'action politique anti-socialistes, financés et soutenus en partie par l'UFT. Ce n'est là qu'un nouvel exemple illustrant pourquoi les travailleurs et les membres des syndicats ne peuvent pas faire confiance à la bureaucratie syndicale, et ne doivent pas compter sur elle pour mener leurs combats à leur place. Si ces élections législatives ont retenu l'essentiel de l'attention, le DSA a également remporté discrètement six primaires de législatures d'État, ce qui signifie que le nombre total d'élus du DSA au sein de cette assemblée devrait passer à 15 dès janvier, renforçant ainsi l'influence du maire à Albany.
Dans l'ensemble, mardi 30 juin a été une bonne journée pour le DSA, et montre que la victoire de Mamdani en 2025 n'était ni un coup de chance ni le simple résultat d'une campagne médiatique habile. Elle a été rendue possible par des centaines de milliers, voire des millions d'électeurs issus de la classe ouvrière qui peinent à joindre les deux bouts dans l'une des villes les plus chères du monde, et qui sont de plus en plus attirés par les idées socialistes. La manière dont la gauche saura tirer parti de ces victoires, et notre capacité à organiser ces nouveaux secteurs en une force au service du pouvoir de la classe ouvrière (plutôt qu'en une simple masse de manœuvre destinée à remporter des élections) constitueront l'élément décisif pour l'avenir de la politique socialiste à New York et dans tout le pays.
La coalition « socialiste » de Mamdani et les limites de l'électoralisme
À l'instar de Mamdani, tous les candidats qu'il a soutenus se sont présentés sur un programme situé bien plus à gauche que l'establishment démocrate, mais qui restait clairement dans les limites de ce qu'une économie capitaliste permettrait. Aux côtés d'autres élus du DSA et de progressistes — notamment Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) et Bernie Sanders —, Lander, Valdez et Chevalier soutiennent tous toute une série de revendications sociales-démocrates fondamentales, notamment la couverture médicale universelle, la gratuité des frais d'inscription dans les universités publiques (bien que, curieusement, souvent uniquement dans les community colleges, formations plus courtes après le lycée), des logements sociaux abordables et un salaire minimum nettement plus élevé. Ils s'opposent également tous fermement à l'ICE et aux politiques d'expulsion de Trump, ainsi qu'au soutien des États-Unis à Israël. Par exemple, Chevalier a appelé à l'arrêt de toutes les expulsions, tandis que le programme de Valdez prévoit l'abolition de l'ICE et appelle à la « liberté des Palestiniens ».
Ces revendications populistes ont trouvé un large écho auprès des travailleurs et des populations opprimées de la ville et de tout le pays, qui ont subi une réelle baisse de leur niveau de vie, et qui en ont assez de voir l'argent de leurs impôts servir à assassiner des enfants à l'étranger et à terroriser leurs communautés aux États-Unis. En effet, un sondage national montre que seuls 42 % des partisans des Démocrates ont une opinion favorable du capitalisme, tandis que c'est le cas de 66 % d'entre eux à propos socialisme. Même en incluant les électeurs des Républicains et les indépendants, le soutien au socialisme atteint encore près de 40 % à l'échelle de la population, contre seulement 54 % pour le capitalisme, soit le taux d'approbation le plus bas depuis le lancement du sondage en 2010.
Les élections de mardi ont également constitué l'exemple le plus récent et l'un des plus marquants de la crise majeure du Parti démocrate et de l'effondrement continu du soutien de la population, tant envers les deux grands partis qu'envers les institutions étatiques. À l'instar du capitalisme lui-même, le soutien aux partis républicain et démocrate est à son plus bas niveau depuis des décennies, et depuis 2020, leurs taux d'approbation oscillent en dessous de 40 %. Ce rejet de l'establishment est en partie responsable de l'attrait croissant des idées populistes, tant à droite qu'à gauche.
Et pourtant, malgré cela, des millions de ces mêmes personnes continuent de voter pour les Démocrates, et le DSA continue d'utiliser la liste électorale du Parti démocrate pour présenter ses propres candidats. Lorsque nous parlons de socialisme, il s'agit de bien plus qu'une simple réforme. De même, lorsque nous évoquons l'organisation, nous parlons de bien plus que de simples actions de porte-à-porte ou de pressions exercées sur les élus pour faire adopter telle ou telle loi. La classe ouvrière et les opprimés ont besoin d'un parti qui soit non seulement indépendant des intérêts capitalistes, mais aussi ancré dans une stratégie de lutte ouvrière pour le socialisme, dans la rue et sur les lieux de travail, et pas seulement dans les urnes.
Le Parti démocrate ne peut pas être réformé
Les trois candidats soutenus par Mamdani ont été élus dans des circonscriptions à forte majorité démocrate et sont pratiquement assurés d'entrer au Congrès en janvier. Reste à voir comment ces candidats mèneront leur premier mandat. Mais tandis que le maire de New-York concluait déjà des accords en coulisses avec les Démocrates avant son élection, Valdez et Chevalier sont tous deux beaucoup plus ancrés dans le mouvement syndical et le mouvement de soutien à la Palestine, et aucun d'entre eux, contrairement à Mamdani, n'a encore apporté son soutien à Hakeem Jeffries ni à aucune autre figure de l'establishment démocrate pour le poste de président de la Chambre des représentants.
Une fois en fonction, cependant, ces candidats, à l'instar de Mamdani et d'AOC, se retrouveront, eux et leurs programmes, pris en otage par le Parti démocrate. En contrôlant la répartition des commissions ou en menaçant de bloquer des projets de loi ou des fonds destinés aux circonscriptions de ses membres, le parti peut exercer une pression énorme sur ses membres pour qu'ils se conforment à la ligne officielle. La tentation de jouer le jeu pour s'intégrer et de conclure des accords en coulisses afin de répondre aux attentes de leurs électeurs sera forte. Les positions rétrogrades d'AOC et de Jamaal Bowman sur le « dôme de fer » et la défense d'Israël illustrent parfaitement comment même des candidats socialistes qui prétendent s'opposer à l'impérialisme américain finissent par soutenir des politiques impérialistes, lorsqu'ils se considèrent comme faisant partie du parti et comptent sur lui pour leur avenir politique.
Mais même s'ils restent fidèles à leurs principes, le fait d'œuvrer au sein du Parti démocrate et de tenter de le réformer pose un problème plus fondamental. Cela aide inévitablement le parti à masquer son programme économique corporatiste et à se présenter comme le parti de la classe ouvrière, entraînant ainsi de plus en plus de progressistes dans le piège du système bipartite de l'impérialisme américain. C'est pourquoi le Parti démocrate est qualifié de « cimetière des mouvements sociaux » et pourquoi la classe ouvrière doit rompre une fois pour toutes avec ce parti.
Malheureusement, les directions syndicales et les dirigeants du DSA vont très certainement considérer ce résultat de mardi comme la preuve que la stratégie consistant à se présenter sous l'étiquette démocrate fonctionne, et ils vont alors s'y accrocher encore davantage. C'est là que réside le piège : chaque victoire au sein du Parti démocrate est présentée comme une raison de rester au sein de celui-ci, tandis que les forces mêmes qui disposent des adhérents, de la confiance et des fonds nécessaires pour commencer à construire un parti indépendant de la classe ouvrière choisissent au contraire d'écarter cette possibilité.
Lors d'un rassemblement réunissant les trois candidats la semaine précédant l'élection, Mamdani a déclaré : « Cette liste est aujourd'hui notre réponse. Le Parti démocrate doit changer. » Parallèlement, tous les médias, du New York Times au National Review, qualifient les résultats de mardi de « moment Tea Party » pour les Démocrates, laissant entendre que ces victoires pourraient avoir un impact durable sur l'orientation politique du parti. Mais même si cela était vrai, aucune victoire du DSA ni aucune dissidence politique ne convaincra le Parti démocrate – ni aucun parti réformiste d'ailleurs – de renoncer à son engagement fondamental à défendre et à soutenir le capitalisme et l'impérialisme. Et construire un soi-disant projet socialiste qui aide un tel parti à se réhabiliter n'est rien de moins qu'une trahison de tout ce que les socialistes défendent.
Au lieu d'aider les Démocrates à canaliser la colère de la classe ouvrière vers les bras accueillants de l'État capitaliste, nous devons rompre une fois pour toutes avec ce parti et construire un véritable parti de la classe ouvrière pour le socialisme. Les élections de mardi, ainsi que les victoires des socialistes démocratiques à Los Angeles, Seattle et Washington D.C., montrent clairement qu'il existe dans tout le pays un énorme engouement pour les idées socialistes et les alternatives politiques de la classe ouvrière.
Cependant, les directions syndicales et les dirigeants du DSA, en particulier ceux du DSA de New York — qui vont désormais sans doute redoubler d'efforts dans leur stratégie consistant à se présenter sous la bannière du Parti démocrate —, font actuellement obstacle à la mise en place d'une telle formation. Pour sortir de cette impasse, il faudra un niveau accru de résistance et d'auto-organisation de la part de la classe ouvrière. Cela implique de lutter à la fois au sein et en dehors du DSA, depuis nos lieux de travail et nos écoles, au sein de nos communautés et dans toutes nos luttes — de Minneapolis à Delaney Hall — afin de rompre avec le Parti démocrate, de renforcer l'auto-organisation et de construire un parti de la classe ouvrière doté d'une perspective socialiste, capable d'inspirer les milliers de travailleurs et de jeunes qui sont en pleine radicalisation politique.
Kena Betancur/AFP via Getty Images