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Accord Liban-Israël : le gouvernement libanais offre une porte de sortie à Netanyahou

Wed, 01 Jul 2026 16:20:13 CEST

Révolution Permanente

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Après quatre mois d'agression israélienne ayant fait plus de 4 000 morts au Liban, le cinquième cycle de pourparlers entre Beyrouth et Tel-Aviv marque une nouvelle étape dans la capitulation du gouvernement libanais. Le texte signé ouvre la voie à un processus de normalisation et légitime le maintien de l'occupation israélienne dans le Sud-Liban.

Pour la première fois depuis l'accord du 17 mai 1983, le Liban a signé un document commun avec Israël. Il y a une semaine, se déroulait à Washington le cinquième cycle de pourparlers sur la guerre menée par Israël contre le Liban. Vendredi 26 juin, les délégations libanaise et israélienne sont parvenues après quatre jours de négociations à un accord-cadre sous médiation américaine. Une nouvelle « photo de la honte » a ainsi réuni, sous l'égide de Washington, les représentants des deux États. Présenté par le président Joseph Aoun comme « la première étape qui récolte les fruits des sacrifices des libanais », cet accord au contraire balaye tous les sacrifices de la population et constitue une nouvelle capitulation à Israël, alors que son armée ne parvient pas à obtenir de victoire militaire au Sud du Liban.

Alors que la guerre contre le Liban a fait plus de 4 000 morts depuis le 3 mars, plus de 10 000 morts depuis 2023, et provoqué le déplacement de près d'un million de personnes, Israël maintient toujours ses troupes dans plusieurs régions du Sud-Liban tout en poursuivant ses bombardements. C'est dans ces conditions que la délégation libanaise à Washington a accepté, ce 26 juin, d'engager un processus politique ouvrant la voie à une normalisation avec l'État sioniste. L'objectif a d'ailleurs été clairement annoncé par l'ambassadeur israélien aux États-Unis, Yechiel Leiter, qui a déclaré que « la destination finale » de cet accord était la paix entre les deux pays, affirmant souhaiter voir un jour les Israéliens pouvoir se rendre en voiture de Tel-Aviv à Beyrouth.

Le gouvernement libanais signe un accord de soumission du pays aux intérêts d'Israël et des États-Unis

L'accord signé contient plusieurs points largement favorables à l'occupation israélienne. Il prévoit une reconnaissance officielle mutuelle entre le Liban et Israël, ainsi que de leur souveraineté respective, une première depuis 1983. Au-delà d'ouvrir la voie à un processus de paix avec le Liban, cette reconnaissance revient à reconnaître la souveraineté d'un État colonial sur le territoire palestinien occupé, alors même que le peuple palestinien continue de subir un génocide.

Au-delà de cette reconnaissance, l'accord ne garantit aucun retrait israélien du Sud-Liban, alors que les troupes de Tsahal sont toujours présentes et continuent d'opérer dans la zone tampon de dix kilomètres de profondeur le long de la frontière. En effet, aucun calendrier ni aucun mécanisme contraignant de retrait ne sont prévus. Au contraire, le retrait est explicitement conditionné à « l'élimination de toute menace contre Israël », c'est-à-dire, dans les faits, au désarmement du Hezbollah par l'armée libanaise, qui sera chargée d'en assurer l'application.

Cette disposition, similaire à celle de l'accord de 2023, légitime la liberté de circulation et d'intervention de l'armée israélienne dans les villages du Sud-Liban dès lors qu'Israël estime faire face à une menace du Hezbollah, un scénario classique servant de prétexte à la légitimation de sa présence coloniale sur le territoire libanais.

L'ambassadrice libanaise à Washington, Nada Hamadeh Moawad, a présenté l'accord comme « une première étape » vers le rétablissement de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Liban. Pourtant, le texte lui-même subordonne précisément cette souveraineté aux objectifs coloniaux israéliens et aux conditions fixées par Washington. Israël maintiendra ainsi ses troupes aussi longtemps qu'il estimera que le Hezbollah représente une menace, faisant du désarmement du mouvement la condition préalable à toute restitution du territoire occupé.

Cette disposition offre à l'armée israélienne une marge d'appréciation extrêmement large pour poursuivre son occupation de la zone tampon et ses opérations militaires au Sud-Liban. L'accord prévoit deux zones pilotes, au Sud du pays où l'armée libanaise doit désarmer le Hezbollah avant que le processus soit étendu au reste de la zone tampon d'environ 10 km. Mais aucune obligation de retrait complet ni aucun calendrier contraignant ne figurent dans l'accord. Au contraire, les autorités israéliennes ont réaffirmé que leurs forces resteraient déployées tant que les objectifs de désarmement ne seraient pas atteints.

Face à ces annonces, le Hezbollah a immédiatement déclaré qu'il ne s'y considérait pas lié. Exclu des négociations alors qu'il constitue la cible principale du texte, le mouvement a dénoncé un accord destiné à imposer son désarmement au profit d'Israël et des États-Unis. Il a averti que toute tentative de désarmement par la force ou de mise en œuvre de l'accord contre lui risquerait de plonger le Liban dans une guerre civile. Quelques jours auparavant, son secrétaire général Naïm Qassem avait déjà affirmé qu'Israël ne pourrait maintenir durablement son occupation du Sud-Liban et que le Hezbollah répondrait à toute violation israélienne de la souveraineté libanaise.

L'annonce de cet accord est les scènes de complicités à Washington diffusées par les médias, a provoqué une vague d'indignation dans une partie de la population libanaise à Beyrouth. Dès son annonce, des centaines de Libanais, sont descendus dans les rues de Beyrouth pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme un accord de capitulation et de normalisation, en considérant que le gouvernement de Joseph Aoun, à travers cette capitulation, se place dans le camp d'Israël.

Des cortèges de motos ont parcouru la capitale, plusieurs axes routiers ont été bloqués et des rassemblements se sont tenus en scandant des slogans hostiles à la normalisation avec Israël. Les forces de sécurité libanaises sont intervenues pour disperser les manifestants et rétablir la circulation, illustrant la volonté du pouvoir d'étouffer toute contestation de cet accord. Cette colère populaire montre que, loin de refermer la séquence ouverte par la guerre, l'accord risque au contraire d'approfondir les fractures politiques et sociales au Liban.

Israël cherche à contourner le rapport de force imposé par l'Iran

Cet accord constitue avant tout un nouveau cadeau politique offert à Netanyahou et à l'impérialisme américain. Le gouvernement de Joseph Aoun n'aura été qu'une marionnette au service des intérêts israéliens, offrant à Tel-Aviv une porte de sortie face à la pression croissante exercée sur Israël dans le cadre des négociations entre l'Iran et les États-Unis à Islamabad. En effet, Téhéran conditionne tout accord avec Washington, ainsi que la réouverture permanente du détroit d'Ormuz, à la fin de la guerre au Liban, à l'arrêt des bombardements israéliens et au retrait total et inconditionnel de l'armée israélienne du Sud-Liban. Si une telle issue venait à s'imposer, elle constituerait une défaite politique majeure pour Netanyahou, contraint d'abandonner son occupation sans avoir atteint ses objectifs de guerre. En faisant du désarmement du Hezbollah la condition préalable à tout retrait, cet accord permet au contraire à Israël de gagner du temps dans le rapport de force et d'échapper, au moins temporairement, face à cette perspective de défaite.

Une pression qui place également les États-Unis dans une situation particulièrement difficile, alors même que le mémorandum d'entente (MOU) négocié à Islamabad est déjà en train d'infliger une défaite historique à l'impérialisme américain et un recul conséquent de son hégémonie au Moyen-Orient. Dans ce contexte, Israël cherche désespérément à sauver la face et à éviter une nouvelle défaite militaire sur le territoire libanais, après celles de 2000 et de 2006. Netanyahou veut à tout prix empêcher qu'un retrait total et inconditionnel de l'armée israélienne du Sud-Liban ne soit perçu comme un troisième échec stratégique et militaire. À l'approche d'une nouvelle campagne électorale, au cours de laquelle il entend briguer un nouveau mandat, une telle défaite fragiliserait encore davantage un gouvernement et une coalition avec l'extrême droite de plus en plus contestée au sein même de la société israélienne.

C'est dans ce contexte que le gouvernement de Joseph Aoun a joué un rôle décisif. Il n'a pas seulement capitulé face aux exigences israéliennes et américaines : il a servi de véritable marchepied à Israël pour lui permettre d'échapper à cette défaite historique. En acceptant de conditionner le retrait israélien au désarmement du Hezbollah, il offre à Netanyahou ce qu'il n'avait pas réussi à obtenir sur le terrain militaire : la légitimation de la poursuite de la présence de l'armée israélienne au Sud-Liban jusqu'au désarmement complet du Hezbollah, tout en présentant cette capitulation comme une prétendue avancée vers la paix.

Un accord dont l'application reste très incertaine

Pour autant, un flou considérable demeure quant à la possibilité réelle d'appliquer cet accord. L'avenir de celui-ci dépendra de deux éléments décisifs. D'une part, il faudra mesurer la capacité du gouvernement libanais, aujourd'hui largement délégitimé auprès d'une partie importante de la population, à imposer le désarmement du Hezbollah. Cette perspective apparaît d'autant plus incertaine que l'armée libanaise reste militairement incapable de mettre en œuvre seule une telle mesure. Le gouvernement a d'ailleurs déjà fait l'expérience de cette impasse dans le cadre des accords de cessez-le-feu de novembre 2024, lorsque sa stratégie visant à marginaliser le Hezbollah et le désarmer s'était soldée par un échec. Rien n'indique aujourd'hui que le rapport de force interne lui soit plus favorable.

D'autre part, les tentatives désespérées d'Israël de soustraire le dossier libanais aux négociations d'Islamabad ne signifient pas que l'Iran, principal allié régional du Hezbollah, acceptera cet accord. Les dernières déclarations du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi sur X expriment la volonté de l'Iran à poursuivre sa pression : « [….] si Israël accepte de se retirer, ne serait-ce que d'un centimètre, c'est uniquement parce que l'Iran l'exige dans le cadre de son règlement avec les États-Unis. Ces négociations visent en partie à saper cette dynamique et en partie à s'attribuer le mérite de quelque chose que les Iraniens ont imposé. »

En parallèle, la faiblesse politique du gouvernement libanais, largement contesté, ainsi que les capacités limitées de l'armée libanaise rendent l'application de cet accord très incertaine.

Il faut exiger la démission du gouvernement libanais !

Au-delà des contradictions profondes de cet accord, les démonstrations de colère de la population libanaise constituent un point d'appui qu'il faut renforcer et étendre. La première étape pour infliger un échec à Israël dans cette nouvelle période est de lui couper l'artère politique qui lui permet encore d'échapper à la défaite : le gouvernement libanais de Nawaf Salam et Joseph Aoun, devenu le principal relais des intérêts israéliens et américains au Liban. La fraction de la bourgeoisie libanaise au pouvoir au sein du gouvernement cherche à éviter que la défaite des États-Unis ne donne lieu à un renforcement des alliés de l'Iran dans le pays. Pour cela, Aoun et Salam préfèrent une soumission totale du pays.

Mais la situation reste très largement instable car cet accord n'est en aucun cas à l'image du rapport de force sur le terrain militaire. Une politique qui vise à rompre avec le gouvernement libanais devra nécessairement se positionner non pas d'un point de vue d'un autre secteur de la bourgeoisie libanaise, et notamment celle défendue par le Hezbollah, mais d'un point de vue des classes populaires libanaises à qui Israël fait la guerre depuis plusieurs mois et qui paient en première ligne les conséquences de l'agression en cours au sud du pays.

Dans le même temps, la solidarité internationale avec le peuple libanais est plus que jamais une nécessité. L'offensive menée par les États-Unis contre l'Iran, la guerre génocidaire conduite par Israël à Gaza au Liban et l'annexion constante de la Cisjordanie, ne sont pas des fronts isolés. Ils constituent les différentes facettes d'une même offensive impérialiste visant à réaffirmer la domination des États-Unis et d'Israël sur l'ensemble de la région, désormais mise à mal par la défaite des Etats-Unis et d'Israël en Iran.
Face à cette offensive, seule la construction d'un mouvement anti-impérialiste international, capable d'unifier les mobilisations de solidarité avec les peuples palestinien, libanais et iranien, pourra infliger une défaite durable à l'impérialisme américain et à l'État d'Israël.

Crédits photo : Capture d'écran YouTube DW News.

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