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Albanie. La mobilisation contre le projet Kushner s'élargit et menace le gouvernement d'Edi Rama

Wed, 01 Jul 2026 22:02:34 CEST

Révolution Permanente

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En Albanie, le mouvement de contestation contre le projet écocide et colonial d'hôtels et de villas de luxe financé par le gendre de Trump Jared Kushner se massifie de jour en jour. Alors que le gouvernement et la Commission européenne soutiennent ce projet, la mobilisation cristallise la colère des classes populaires contre les politiques néolibérales appliquées depuis plus de 30 ans.

Depuis le 30 mai dernier, l'Albanie connaît une mobilisation historique contre un projet écocide et colonial de construction d'hôtels et de villas de luxe sur une zone protégée de la côte adriatique. Ce projet est financé par des d'oligarques albanais, mais aussi Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Au-delà de l'impact sur l'environnement, ce sont ces origines des financements ainsi que la complicité du gouvernement « socialiste » du premier ministre Edi Rama qui ont provoqué la colère des classes populaires qui manifestent par centaines de milliers dans les rues du pays.

Des manifestations de plus en plus massives


Lors de la dernière manifestation du samedi 20 juin, environ 200 000 personnes étaient présentes, ce qui en fait une des manifestations les plus importantes de l'histoire de l'Albanie. De nombreux Albanais de la diaspora, de retour au pays pour les vacances, se sont également rendus à la manifestation pour exprimer leur colère face au système et à la misère qui les ont forcés à quitter leur pays. Des rassemblements en soutien à la mobilisation sont aussi organisés dans des villes comme New-York, Vienne ou encore Londres où vivent beaucoup d'Albanais ayant immigré dans les années 90.

En plus des manifestations quasi quotidiennes à Tirana, au moins 200 manifestants se sont réunis près du chantier de Vlora, et ont réussi à détruire les clôtures qui protégeaient le site de construction ainsi que les bâtiments préfabriqués censés accueillir les architectes du chantier. En dépit de la répression, ceux qui habitent près des zones de construction s'organisent pour défendre leurs lieux de vie face à la destruction annoncée de l'écosystème et la spoliation de leurs terres pour le profit d'une poignée d'oligarques albanais, étatsuniens ou qataris. Il y a donc un saut dans la radicalité et dans la détermination du mouvement qui affaiblit le gouvernement, incapable de protéger le chantier.

Face à la colère grandissante dans la population, le premier ministre Edi Rama a insulté les manifestants en les traitant de personnes « stupides ». Le chef du gouvernement a par ailleurs accusé l'Iran d'être à l'origine d'une campagne de désinformation et de mener « une guerre hybride » contre l'Albanie en soutenant la mobilisation. Des accusations totalement absurdes et infondées qu'Edi Rama utilise pour tenter de légitimer la répression alors que l'impérialisme étasunien a essuyé un recul majeur dans sa guerre contre Téhéran.

Au moment où la saison estivale commence, le gouvernement qui a fait du tourisme de masse le poumon économique de l'Albanie tente de discréditer le mouvement en l'accusant de faire fuir les touristes. Cependant on a pu voir des touristes participer eux aussi aux manifestations en solidarité avec la lutte des Albanais pour disposer de leurs terres et des beautés naturelles de leur propre pays. L'afflux de touristes a même augmenté de 5% par rapport à l'année dernière.

L'hypocrisie de l'Union européenne


L'Albanie est candidate à l'adhésion à l'UE depuis 2014 et le premier ministre Edi Rama a fait de la perspective d'adhésion un aspect prépondérant de ses politiques. Alors que l'Union européenne a remis en route son processus d'élargissement notamment dans les Balkans et en Europe de l'Est, l'Albanie fait partie des candidats les plus avancés dans le processus d'adhésion comme l'affirme la Commissaire à l'Élargissement Marta Kos. L'UE utilise cet élargissement à l'Albanie et aux Balkans occidentaux pour ses intérêts économiques et géopolitiques, afin contrecarrer l'influence de la Chine, qui investit beaucoup dans les infrastructures routières et l'industrie, et des États-Unis dans la région.

Officiellement, le Parlement européen a adopté une résolution demandant au gouvernement albanais de ne plus délivrer de permis de construire sur des terres protégées, tout en faisant attention de ne pas mentionner les travaux du projet Kushner. Le Parlement européen justifie cette résolution par le non-respect du gouvernement albanais des normes européennes sur l'environnement. Marta Kos quant à elle, adopte un ton plus conciliant en affirmant qu'elle a reçu des gages du gouvernement albanais en ce qui concerne le respect des normes environnementales.

Une fois de plus, l'UE impérialiste montre qu'elle n'est évidemment pas une alliée de la mobilisation et expose toute son hypocrisie lorsqu'elle ne pointe que les risques écologiques du projet Kushner, alors que les habitants de la lagune de Vlora sont tout simplement en train de se faire voler leurs terres par la bourgeoisie albanaise, américaine et qatari. L'UE est pourtant habituée au soutien de projets écocides comme le projet de mine de lithium dans la vallée de Jadar en Serbie, qui avait également déclenché une mobilisation massive. Derrière son greenwashing, l'UE critique mollement le projet Kushner en Albanie, non pas parce qu'il pose de graves problèmes écologiques, mais car l'UE ne tire pas de profits directs de la construction de ces hôtels de luxe. La construction de ce complexe hôtelier sur la côte albanaise par différents secteurs de la bourgeoisie internationale, est une expression on ne peut plus claire de la logique colonialiste des puissances impérialistes envers l'Albanie et les Balkans en général.

La colère des classes populaires albanaises qui s'exprime dans la rue attire jour après jour de nouveaux secteurs de la société, totalement désabusés des politiques néo-libérales du gouvernement et du sort qui leur est réservé par les puissances impérialistes. Les manifestants s'organisent et mènent plusieurs types d'actions plus radicales à l'instar de la destruction d'éléments de chantier sur la côte. Maintenant, le mouvement ne revêt pas encore un aspect de classe assumé, et la classe ouvrière n'est présente que de manière individuelle lors des manifestations. Si les travailleurs s'organisent sur leurs lieux de travail et si les étudiants, présents en nombre dans les manifestations, s'organisent sur leurs lieux d'études, alors le mouvement engagerait un tout autre rapport qui serait capable de renverser le gouvernement.


Dans un monde en plein dérèglement climatique, où le capitalisme et les différentes bourgeoisies n'ont rien à offrir aux classes populaires (même pas d'utopies réactionnaires), cette mobilisation comporte un sens qui dépasse l'Albanie. Il s'agit d'un mouvement qui remet en case l'arrogance de la classe capitaliste qui se croit en droit de tout s'approprier, y compris les merveilles naturelles communes. Ce n'est pas un hasard si même des touristes soutiennent la mobilisation. La crise de la légitimité capitaliste produira de plus en plus de mouvements de ce type, même si les classes exploitées et opprimées pour le moment n'opposent pas leur propre projet de société capable de dépasser le capitalisme. Mais cela ne saurait pas tarder.

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