Hamza, la panique raciste et l'occultation de la crise climatique
Wed, 01 Jul 2026 22:26:20 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalUn adolescent et son pistolet à eau font trembler les plateaux télé. Mais les cris d'orfraie des éditorialistes servent un objectif bien précis : poursuivre la diabolisation des jeunes issus de quartiers populaires pour occulter les causes structurelles de l'épisode caniculaire.

Depuis quelques jours, un individu fait trembler les éditorialistes des plateaux télé. Hamza, 14 ans, avec son pistolet à eau, « déstabilise tout un État » si l'on en croit les mots de Jordan Florentin. Rien que ça !
Mais le journaliste du média d'extrême droite Frontières n'est visiblement pas le seul à frissonner de peur à la vue de l'adolescent. « Il fait la loi. Vous voyez un gamin, je vois une racaille », s'inquiète Tony Pittaro sur Figaro TV, avant de confirmer que oui, Paris est « à feu et à sang ». Sur Europe 1, Pascal Praud fustige le « petit seigneur du canal Saint-Martin », le « maître du canal ». Le bandeau de BFM TV n'est pas moins éloquent : « Un ado sème la terreur avec un pistolet à eau ! ». Puisque oui, rappelons-le tout de même, nous parlons bien d'un collégien qui s'amuse à arroser les passants en pleine canicule.
L'affaire serait presque amusante si la séquence n'était pas le symbole de la haine de ces éditorialistes cravatés pour les jeunes issus de milieux populaires. Il y a déjà les termes discriminants et abjects utilisés pour qualifier Hamza : « racaille grassouillette », « délinquant », « petit caïd » … Illustration parfaite du racisme banalisé qui règne sur ces plateaux. Mais, au-delà, le récit médiatique entretient une rhétorique bien huilée dès qu'il s'agit de parler des quartiers populaires, et en particulier des jeunes racisés.
Sur BFM TV toujours, Abel Boyi explique sans filtre : « ça, ce n'est que le premier degré et le jeune est évidemment rattrapable. Le prochain degré c'est quoi ? Vous pensez que ce jeune c'est une cible pour qui ? Pour les narcotrafiquants, pour les gens qui gèrent les réseaux de prostitution ». De la bataille d'eau à la grande criminalité, il n'y aurait qu'un pas ? C'est du moins le récit que cherchent à construire la plupart des éditorialistes réactionnaires. Sur le même plateau, Laurent Mateu, secrétaire fédéral FO en charge de la police municipale, alerte : « Vous allez pleurer quand vous verrez des gamins qui au lieu de tirer avec des pistolets à eau, tireront peut-être avec autre chose ». Les mots manquent pour dénoncer l'absurdité, l'indécence et le racisme crasse qui sous-tendent ces déclarations.
C'est que le harcèlement – car c'est bel et bien d'harcèlement dont il est question – ciblant un jeune de 14 ans sert un discours et des visées politiques plus larges. Sur CNews, Paul Sugy décrit « l'affaire Hamza » comme « [faite] pour représenter allégoriquement toute une époque », comme un « condensé de tout ce qui nous fait défaut pour vivre dans une société apaisée ». « Nous ne savons pas traiter la délinquance juvénile », assène le journaliste du Figaro. Les batailles d'eau d'Hamza seraient donc la preuve d'un problème sociétal plus profond, de la « souplesse et du laxisme » avec lesquels on traite la jeunesse aujourd'hui, le « symptôme de l'autorité disparue ».
Car c'est de ça qu'il est question pour les classes dominantes. Criminaliser les actions d'un adolescent, aussi banales et innocentes qu'elles puissent être, pour justifier l'impérieuse nécessité du « retour de l'autorité ». Ce discours s'inscrit dans le prolongement des offensives sécuritaires visant la jeunesse des quartiers populaires depuis plusieurs années. Ces dernières semaines déjà, on avait pu voir ces mécanismes à l'œuvre : lors des célébrations suivant la victoire du PSG en finale de la ligue des champions, ou bien lors de la répression absurde qui avait pris place autour du canal Saint-Martin, quand la baignade n'y était pas encore autorisée et que les jeunes fuyant la chaleur caniculaire tentaient de s'y rafraîchir tant bien que mal.
Oui, pour les jeunes de quartiers populaires, le « retour de l'autorité » n'est rien d'autre que le déchainement de la violence d'État. Et Hamza en a fait lui-même les frais, conséquence directe de la déferlante médiatique initiée par l'extrême droite et largement relayée depuis. Hier, mercredi 1 juillet, il était arrêté au bord du canal Saint-Martin, menotté et embarqué, le tout entouré de 3 voitures de police. Mesurons bien le niveau d'humiliation que l'État et les élites médiatiques sont prêts à infliger à un adolescent pour poursuivre leur offensive sécuritaire et raciste.
Pour Pascal Praud, le canal Saint-Martin est un « révélateur de l'époque ». On s'accordera peut-être avec lui sur ce point. Les policiers poursuivant des jeunes cherchant à supporter des températures historiquement élevées avec une baignade, une attention médiatique focalisée sur le pistolet à eau d'un collégien, le tout alors que les deux funérariums de la capitale débordent et que les urgences des hôpitaux sont saturées, tout cela révèle bien quelque chose de notre époque. Seulement, nos conclusions seront bien différentes de celle de l'éditorialiste d'extrême droite.
Plus de 1000 personnes sont décédées en France des suites de l'épisode caniculaire de la semaine dernière, et c'est seulement un bilan provisoire. Les hôpitaux doivent tourner à plein régime sous 35°C. Les travailleurs de l'éducation, les conducteurs de bus, les ouvriers dans les usines, les détenus dans les prisons suroccupées font tous face à des conditions de vie et de travail inhumaines, potentiellement mortelles. En Yvelines, des dizaines de milliers d'habitants sont privés d'électricité alors que la chaleur atteint des niveaux extrêmes. Mais les plateaux télé sont en boucle sur une panique morale montée de toute pièce à propos d'Hamza.
Pour terminer avec les mots d'Elsa Marcel, qui s'est invitée sur ces mêmes plateaux télé pour troubler les bavardages réactionnaires des éditorialistes : « Il n'y a rien de ce qui ne va pas dans la société qui est représenté par un enfant de 14 ans qui fait du pistolet à eau. Ce qui ne va pas dans la société, c'est que les gens ne peuvent plus vivre à cause de l'inflation. C'est qu'il y a une course à la militarisation, qu'il y a une course à la guerre et qu'il y a une situation de crise climatique qui révèle toute l'ampleur du capitalisme morbide ».
Si cette séquence révèle bien quelque chose, c'est que, pendant que la France suffoque sous les effets directs du système économique existant, les seules réponses que les capitalistes et leurs relais médiatiques entendent offrir sont une surenchère raciste venant alimenter une répression toujours plus violente.