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A69 : en pleine canicule, le Conseil d'État enterre définitivement les recours contre le projet ecocidaire

Wed, 01 Jul 2026 22:45:44 CEST

Révolution Permanente

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Après plus d'un an de rebondissements juridiques, le Conseil d'État a statué définitivement en faveur de la poursuite du projet écocidaire de l'A69. Dans la période caniculaire où la lutte contre le réchauffement climatique devrait être centrale, cette décision montre une nouvelle fois le rôle que jouent l'État et sa justice bourgeoise dans la défense des intérêts du patronat.

Ce lundi 29 juin, le Conseil d'État a confirmé définitivement l'autorisation de reprendre la construction de l'autoroute A69, en validant le jugement de la cours administrative d'appel (CAA) de Toulouse qui avait rétabli les autorisations environnementales du projet après leur annulation par le tribunal administratif de Toulouse en février 2025. Le Conseil d'État confirme ainsi définitivement que les travaux peuvent se poursuivre.

Pour remettre dans le contexte, l'A69 est un projet d'autoroute entre Toulouse et Castres, imaginé et poussé depuis presque 30 ans par le groupe pharmaceutique Pierre Fabre qui est implanté dans la région. En 2018, le projet est déclaré d'utilité publique, les procédures administratives s'engagent et 5 ans après, il reçoit les autorisations environnementales nécessaires et les travaux débutent.
De nombreuses mobilisations s'en suivent et plusieurs associations et élus demandent l'abrogation de ces permissions. En février 2025 le tribunal administratif de Toulouse donne raison aux opposants et annule les autorisations environnementales. L'intérêt public de l'autoroute n'est pas jugé suffisamment important pour déroger aux lois de protection des espèces protégées.

Dans la foulée, le gouvernement et les sociétés de construction et d'exploitation font appel de la décision et la CAA de Toulouse, après avoir accordé un sursis pour que les travaux puissent continuer le temps du jugement, révoque la décision du tribunal administratif et accorde de nouveau une dérogation à la protection des espèces protégées en jugeant la construction d'intérêt public majeur.
Le Conseil d'État est alors saisi mais il finit par approuver le jugement de la CAA.

Une autoroute pour les poids lourds de l'industrie

Pourtant, l'A69 est loin d'être aussi indispensable que le présentent ces dernières conclusions. Elle constitue un gain de temps minime - estimé entre 15 et 20 minutes - pour relier les deux agglomérations de Toulouse et Castres, et sert surtout à fluidifier la circulation des poids lourds qui desservent les grands groupes industriels de la région, le géant pharmaceutique Pierre Fabre en première ligne.

A côté, sa construction est en train de mener à l'artificialisation de presque 500 hectares de terres agricoles, l'équivalent de 700 terrains de foot ! Sans compter les centaines d'hectares de terres qui deviendront inexploitables. La biodiversité locale est la première victime, 162 espèces protégées sont menacées par la construction et plus de 10 000 arbres doivent être rasés. Un bilan écologique désastreux, sans compter les centaines de milliers de tonnes de CO2 émises par le chantier puis par l'augmentation du trafic routier induit.
Face à l'absurdité de l'idée, des mobilisations se multiplient depuis 2021. Avant même le début des travaux, des initiatives locales cherchaient à alerter et stopper la construction. En 2023, les protestations se sont accélérées. Nationalement, des manifestations très importantes qui ont rassemblé plusieurs milliers de personnes se sont organisées, regroupant de nombreuses organisations comme les Soulèvements de la terre, Extinction rébellion ou la Confédération paysanne.

Sur place, des blocages de chantiers et des ZAD pour empêcher les déforestations ont été violemment réprimées par la police, notamment lors de la dernière mobilisation majeure l'été dernier, suite à la reprise des travaux, où plus d'un millier de militant·es s'est regroupé sur place pour manifester et organiser une fête contre la décision de la CAA.

Le Conseil d'État, la plus haute juridiction des intérêts dominants

Le Conseil d'État, en validant le jugement de la CAA de Toulouse, s'aligne donc avec le gouvernement pour soutenir les grands groupes industriels aux détriments des agriculteur·ices, des habitant·es de la région et de l'environnement.

Rien d'inattendu, puisque cette juridiction sert toujours en dernière instance à stabiliser le régime et à défendre les intérêts dominants. Derrière ses principes affichés de protection des libertés fondamentales, c'est elle qui a validé la dissolution de la Jeune Garde, qui a donné effet aux mesures autoritaires ou islamophobes du gouvernement comme l'interdiction de l'abaya ou encore qui a autorisé l'espionnage des militants écolos par la gendarmerie.

Cette nouvelle décision nous rapelle la véritable fonction du Conseil d'État : lorsqu'il s'agit de trancher entre les intérêts des grands groupes et ceux des classes populaires et de l'environnement, il se range toujours in fine du côté de l'ordre établi.

L'hypocrisie du gouvernement en pleine canicule

La décision est scandaleuse en soi. Et elle l'est d'autant plus qu'elle intervient en pleine nouvelle vague de canicule, qui rappelle concrètement les conséquences du dérèglement climatique. Les périodes de fortes chaleurs s'amplifient et, sur le long terme, les seules réponses à la hauteur sont des mesures pour lutter contre le dérèglement climatique.

Alors que le gouvernement défend dans la période son bilan de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, son soutien, comme celui du Conseil d'État, à l'autoroute et son impact écocidaire montrent toute l'hypocrisie du discours comparé à sa politique réelle.

L'État et sa justice bourgeoise ne sont pas des solutions pour sortir de la crise écologique que nous vivons : ils défendront toujours, en dernière instance, les intérêts des groupes industriels.
Il faut continuer à faire front contre ces projets. Mais on ne peut pas se contenter de les combattre un par un : pour en finir avec les projets écocidaires, il faut s'attaquer au système qui les produit. Ce qui implique de retirer aux grands groupes le contrôle des infrastructures, en défendant notamment la nationalisation du réseau autoroutier sous le contrôle des travailleurs et des usagers, comme celle des géants de l'énergie, pour en finir avec tous les projets écocidaires au service du patronat.

Car mettre un terme au réchauffement climatique suppose une lutte d'ensemble contre le capitalisme, dont la logique de concurrence et de profit organise la destruction du vivant et précipite la planète vers la catastrophe. Il faut préparer une riposte d'ensemble, en toute indépendance de l'État !

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