« Sur la plupart des bus, on n'a pas la clim » : récit d'une semaine infernale à la RATP
Tue, 30 Jun 2026 18:48:17 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDes bus à 50 °C, des accidents à répétition et une direction qui intimide les chauffeurs : chronique de la semaine de canicule à la RATP.

« La direction n'en a rien à foutre de nous » dénonce un conducteur de bus en Seine-Saint-Denis. Cette semaine, alors qu'une vague de chaleur sans précédent s'abattait sur l'Hexagone, ce conducteur compte parmi les nombreux travailleurs de la RATP à avoir été victime d'un accident du travail à cause des températures dans les bus.
Alors qu'il prenait son service aux alentours de midi, le conducteur a constaté que la température affichée sur le tableau de bord atteignait déjà 39 °C. Au fil des premiers arrêts, la chaleur a continué de grimper pour atteindre rapidement 50 °C. Estimant que les conditions de travail ne permettaient plus d'assurer le service en toute sécurité, il a exercé son droit de retrait et invité les passagers à descendre du véhicule. Alors qu'il effectuait une dernière vérification afin de s'assurer que personne n'avait oublié ses affaires à bord, le conducteur a été victime d'un malaise. « Sur la plupart des bus on n'a pas la clim et lorsqu'on a demandé à notre directeur comment ça se faisait, il nous a répondu que ce n'était pas une obligation mais une “option de confort” » explique-t-il.
En effet, si la direction de la RATP se vante de la climatisation croissante des véhicules, la réalité est bien différente : « Valérie Pécresse se vante que les nouveaux bus sont climatisés, mais on vient d'en recevoir une nouvelle dizaine qui devrait tous avoir la clim, et dans seulement trois d'entre eux elle fonctionne » constate le conducteur.
Ce malaise est loin d'être un cas isolé : « Dans mon dépôt, il y a eu 5 ou 6 accidents de travail liés à la canicule, et ça c'est sans compter tous ceux qui se cachent » raconte le machiniste. En effet, comme l'explique Jordan, secrétaire de la section CGT RATP de Saint-Denis, la direction essaie d'intimider tous ceux qui exercent leur droit de retrait. « Un de mes collègues a essayé d'exercer son droit de retrait et la direction lui a dit que c'était non recevable, alors que ce n'est pas à eux de décider. Le lendemain, il a été hospitalisé. La direction tente de jouer sur le fait que beaucoup de machinistes, surtout les plus nouveaux, ne connaissent pas leurs droits. Elle leur explique que les droits de retrait seront comptabilisés comme des jours non payés ou alors que ça allait finir en sanction disciplinaire » nous raconte Jordan.
Les réponses de la direction sont loin d'être suffisantes : distribution de Mr. Freeze à l'arrivée, l'autorisation de porter des bermudas ou des shorts, ou encore des temps de pause un peu plus longs à chaque terminus. Le problème ? Les terminus sont souvent tout aussi chauds que les bus et les chauffeurs ne peuvent pas se rafraîchir. « Encore, avoir des pauses un peu plus longues quand on fait des lignes qui prennent 30 minutes ça va, mais sur les lignes plus longues conduire non-stop pendant une heure sous 40 °C, c'est dangereux pour nos collègues et les usagers. »
« C'est simple, nous à la CGT RATP de Saint-Denis, ce qu'on revendique est simplement l'arrêt de la circulation de bus en cas de fortes chaleurs » explique Jordan. En effet, la canicule a saturé les urgences cette semaine, et l'accident d'un bus ATM (non climatisé) à la Porte de Saint-Cloud montre le danger du non-aménagement des services lors des fortes chaleurs. Derrière cela, se cache la volonté du gouvernement et du patronat de tout faire pour que l'activité économique ne ralentisse pas. Si, la présidente d'Île-de-France Mobilités, Valérie Pécresse, a encouragé les Franciliens à faire du télétravail lors de la canicule, ; et au même moment aucun aménagement n'a été proposé pour les travailleurs qui font tourner la région et qui ne peuvent pas faire du télétravail. L'ouverture à la concurrence, engagée depuis 2021, qui casse le monopole de la RATP sur l'exploitation des bus, n'aide pas : « C'est l'ubérisation, ils utilisent la compétition pour casser nos conditions de travail, on est la variable d'ajustement. »
Face à l'urgence, et les nouvelles canicules qui se profilent, on ne peut rien attendre des réunions de ministres ou des propositions de loi, qui pèsent peu face à la détermination du patronat de mettre ses profits avant la vie des travailleurs : en ce sens, les grèves qui ont émérgé dans certains secteurs, comme à Stellantis Mulhouse montrent la voie à suivre. Toute activité non essentielle peut attendre la fin des épisodes de forte chaleur ; et tout transport non adapté doit rester dans les dépôts. Ce sont les travailleurs sont les plus à même de décider de comment organiser cela face aux chaleurs, afin de se protéger et de protéger les usagers. Enfin, les journées sans fin sous le soleil, montrent le manque de moyens dans les transports — il faut des embauches massives, pour une réduction du temps de travail sans perte de salaire.