Maroc : le régime condamne Zineb el Kharroubi, militante de GenZ 212, à six mois de prison avec sursis
Tue, 30 Jun 2026 21:09:13 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa lourde peine infligée à la militante de Gen Z 212 France vise à terrifier la jeunesse marocaine qui s'était massivement révoltée contre la dégradation des conditions de vie dès septembre 2025.

Après avoir réprimé dans le sang les mobilisations d'automne et emprisonné par milliers la Gen Z qui luttait contre la corruption et pour l'amélioration des services publics, le couperet s'abat désormais sur la jeunesse expatriée.
Arrêtée en février 2026 à l'aéroport de Marrakech alors qu'elle rendait visite à sa famille, la militante Zineb El Kharroubi, 29 ans et résidente en France, a été condamnée ce lundi par le tribunal de grande instance de Casablanca à six mois de prison avec sursis pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique », ainsi qu'à une amende de 5 000 dirhams.
Zineb El Kharroubi, militante du collectif Gen Z 212 France, subit les foudres d'un régime autoritaire qui cherche dans toute sa volonté à faire plier la force d'une nouvelle génération qui s'est soulèvée pour réclamer un accès digne à la santé, à l'éducation et à l'emploi.
Un mouvement pour la dignité et contre la casse des services publics
Très vite, le mouvement s'organise en ligne autour du groupe Discord Gen Z 212, réunissant plus de 100 000 membres. Ses participants s'accordent sur des revendications de réformes, dénoncent la répression policière et cherchent à la déjouer, et luttent pour la fin des systèmes de corruption. Cette mobilisation inédite de la jeunesse s'est traduite par des rassemblements dans de nombreuses villes marocaines, mais s'est aussi exprimée à l'international, portée par la jeunesse marocaine expatriée, à l'instar de Zineb El Kharroubi, qui relayait les informations venues du Maroc et organisait depuis la France la solidarité. Cette circulation du mouvement au-delà des frontières a donné une visibilité internationale aux protestations.
Quelques mois plus tard en février, Zineb El Kharroubi est arrêtée à l'aéroport de Marrakech alors qu'elle voyage pour rendre visite à sa famille.
Relâchée après une nuit en garde à vue, elle est convoquée dix jours plus tard par le tribunal et apprends qu'elle est accusée d'avoir « incité », à travers des publications sur les réseaux sociaux, à « commettre des délits ou des crimes par voies électroniques » ; un délit passible de plusieurs mois d'emprisonnement. « Ce procès purement politique représente tout un symbole et une atteinte grave à la liberté d'expression », a réagi, à l'issue de l'audience, Me Oumaima Boujaera, l'une des avocates.
Une condamnation sans motif qui vise à terrifier la jeunesse marocaine
La procédure a été prolongée sur plusieurs mois, notamment en raison de reports accordés à la défense, à qui l'on avait d'abord refusé l'accès aux procès-verbaux de l'audition de leur cliente.
La défense a eu beau plaider la relaxe, faisant valoir que « manifester n'est pas un délit au Maroc » et que les faits incriminés se sont déroulés en France, elle s'est heurtée à un parquet qui réclamait la condamnation de la prévenue.*
L'accusation n'a jamais pu démontrer quel crime ou quel délit la militante aurait incité à commettre. Cette condamnation est une véritable attaque politique : face à la contestation d'un régime autoritaire et à une politique néolibérale délétère, le Makhzen abat son bras coercitif sur le mouvement Gen Z 212 avec violence.
Une répression d'une ampleur inédite pour répondre aux contestations
Cette condamnation s'inscrit dans la continuité d'une répression d'une violence inédite qui s'était déchaîné dès les premiers jours du mouvement.
Les forces de répression tirant sur les manifestants assassinent deux jeunes à Oujda et à Lqliaa.. D'autres seront grièvement blessés, parfois mutilés à vie. Plus de 1 500 personnes ont fait l'objet de poursuites judiciaires, dont près d'un millier placées en détention. Dès la mi-octobre, des peines particulièrement lourdes, allant de trois à quinze ans de prison ferme, ont été prononcées contre des manifestants jugés à Agadir, illustrant la volonté du pouvoir de briser le mouvement par tous les moyens.
Solidarité internationale contre la répression politique
Les dégradations sociales massives (chômage, inflation, précarité) contre lesquelles se soulève la Gen Z sont causées par l'application de politiques économiques néolibérales, qui ont progressivement dépouillé les services publics. Cette situation est aggravée par le poids de la dette publique, qui pousse l'État à privilégier le remboursement et la stabilité macroéconomique au détriment des dépenses sociales, renforçant ainsi l'austérité et la dégradation des services publics.
Après les arrestations de masse et les condamnations judiciaires, le pouvoir cherche désormais à intimider aussi les militants hors du pays et à couper les relais de solidarité. Cette politique vise à isoler la jeunesse mobilisée et à empêcher que ses revendications trouvent un écho au-delà des frontières. Nous exprimons notre solidarité totale à Zineb El Kharroubi et nous exigeons la libération de l'ensemble des détenus politiques au Maroc et l'abandon de toutes les poursuites engagées contre les militants liés au mouvement.
Face à la répression brutale de l'État marocain, il faut opposer une solidarité internationaliste et construire une mobilisation d'ampleur des travailleurs et de la jeunesse marocaine et française par delà les frontières. Solidarité à Zineb el Kharroubi et à tous les réprimés de la Gen Z !