« J'ai cru que j'allais mourir dans mon logement » : la jeunesse précaire témoigne face à la canicule
Tue, 30 Jun 2026 14:41:09 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLogements insalubres, conditions de travail et d'examen indignes… Si la jeunesse est a priori moins à risque lors des épisodes caniculaires, l'explosion de la précarité fragilise sa capacité à y faire face. Comment passer la canicule dans un 9 mètres carré du Crous ou avec un job étudiant ? Nous avons donné la parole à la jeunesse précaire.

« C'est quasiment impossible de vivre chez moi. Il fait 42°C à l'intérieur, mon logement ne se rafraîchit pas. Je reste plus longtemps au travail parce que c'est un minimum climatisé. Je dors très mal, c'est très difficile de vivre et de travailler dans ces conditions-là. »
Le témoignage d'Inès*, étudiante vacataire au Mirail, est sans appel. Comme des dizaines de milliers d'étudiants précaires, elle habite une passoire thermique qui se transforme en étuve lors des épisodes caniculaires.
De même, Lola*, étudiante toulousaine placée à l'ASE, explique : « Hier j'ai vomi à cause de la chaleur. Dans mon appartement très mal isolé, j'ai un petit ventilo qui brasse de l'air chaud. Je n'ai rien pour me rafraîchir parce que je n'ai pas le droit d'avoir un grand frigo donc un congélateur. Je n'arrive pas à dormir la nuit ».
Des conditions très difficiles que raconte aussi Paola*, étudiante-travailleuse dans le 13e arrondissement de Paris : « Mon appart de 20 mètres carrés est un enfer, il fait plus chaud dedans que dehors. Hier soir, j'ai mesuré une température de 39°C à l'intérieur de mon logement. J'ai tout tenté mais mon appartement ne se rafraîchit pas. Le seul moyen qu'on a trouvé dans mon immeuble, c'est d'ouvrir toutes les portes qui donnent sur le couloir pour tenter de créer un courant d'air, je n'ai donc plus aucune intimité. Pour dormir, j'ai remplacé mon doudou par un linge mouillé et des bouteilles d'eau congelées, sinon je ne peux pas dormir. »
Une situation qui devient quasiment irrespirable quand on vit sous les toits, comme le raconte Marin*, étudiant à Paris-Cité : « J'habite dans un 15m2 carré, exposé plein sud, sous les toits en région parisienne, je n'ai pas de volet ni de clim'. J'ai un ventilo qui brasse de l'air chaud et qui fonctionne plus comme un sèche-cheveux sur le mode chaud qu'autre chose. J'ai tout tenté pour rafraîchir mon logement mais rien ne marche, tout devient hyper chaud : les draps, les tissus, les murs. Le moindre tissu mouillé sèche en 15 minutes. Il n'y a aucun moyen de me divertir : lire c'est très compliqué parce que je n'arrive pas à me concentrer, jouer à la console ou regarder un film réchauffe encore plus l'appartement. Dans mon logement, je suis au bord du malaise constamment. Je suis parti me réfugier chez ma sœur parce que ce n'était plus possible. ». Pareil pour Inès, qui vit « dans une chambre sous les toits dans un petit appartement avec un velux qui ne se rafraîchit pas » en ajoutant aussi qu'elle se sent « déshydratée tout le temps ».
De la même manière, de nombreux étudiants témoignent des difficultés à vivre dans les fournaises des résidences du CROUS. Cassandra et James, élus du Poing Levé au Crous de Paris, racontent le manque total de moyens et d'infrastructures face à la canicule : « Lors de la dernière commission logement, un membre de la commission déclarait qu'il n'y avait pas de résidences CROUS insalubres à Paris. Quand on voit l'état de certaines résidences, que rien n'a été mis en place contre la canicule : ni distribution de ventilos pour des étudiants déjà très précaires, encore moins de clim', ni mise en place de fontaines à eau ou d'ombrage en extérieur, c'est juste scandaleux. »
Une situation honteuse déjà observée lors de l'enquête nationale du Poing Levé où 49,2 % des étudiant.e.s sondé.e.s déclarent que leur logement était mal isolé, ou encore lorsque 20% des sondé.e.s font état de moisissures dans leur logement, mais aussi lorsque 11% déclarent avoir déjà dormi dans la rue pendant leur étude.
Travail et examens : l'enfer vécu par la jeunesse travailleuse et précaire
Alors que la chaleur et les logements éprouvent fortement les organismes, les conditions de travail des étudiants-travailleurs sont aussi très éprouvantes. Des cantines de restauration à plus de 50°C, aux chantiers et entrepôts de la logistique, les conditions de travail sont terribles.
Léo*, cordiste intérimaire et étudiant à l'université d'Aix-Marseille, raconte son quotidien dans les colonnes de Révolution Permanente : « La canicule, c'est une fournaise pour beaucoup de travailleurs, la plupart des cordistes qui le peuvent s'arrêtent de travailler pendant les fortes chaleurs parce que c'est juste trop dangereux. La semaine dernière, c'est un jeune de 19 ans qui est mort de la chaleur, sur un toit. Ça ne touche pas que les personnes sensibles, ça m'est déjà arrivé, quand tu bosses toute la journée sous une chaleur intense tu ne sens pas forcément le moment où ton corps ne suit plus, tu deviens tout blanc et tu ne transpires plus et là c'est déjà trop tard. ».
Emma* qui travaille dans une usine raconte l'augmentation des cadences de travail et le manque total d'adaptation : « Je travaille toute l'année dans une usine mais beaucoup plus l'été parce que je n'ai pas de cours. Il n'y a aucune clim ou de ventilo dans l'usine : rien n'a été mis en place. La seule chose qu'ils ont fait s'est rajouté des bonbonnes d'eau. Les machines chauffent tellement l'entrepôt qu'on se croirait à l'extérieur, voire pire, à la différence qu'on est habillé en tenues de sécurité qui ne sont pas du tout adaptées à ce type de chaleur. La cadence de travail est très difficile, mon logement est une passoire thermique donc je me repose très peu et le lendemain je dois retourner à l'usine. Quand je rentre du taff à 3 heures du matin, je suis tellement fatiguée que je mets la musique à fond dans ma voiture pour être sûr de ne pas m'endormir au volant. »
Par ailleurs en pleine période d'examens dans des salles changées en étuves, les conditions d'études et de travail sont particulièrement dégradées pour les enseignants comme les étudiants. Marine*, étudiante à Paris 8 et travailleuse dans un collège à Saint-Denis, décrit la situation : « Ce jeudi, c'est le jour du brevet de français, il fait très chaud dans les salles, il n'y a pas de ventilos et les stores sont cassés. Ce constat vaut pour quasiment l'ensemble des collèges du 93. Je ne sais même pas comment font mes élèves pour composer. », elle poursuit : « J'ai un élève qui vit avec ses parents, ses frères et sœurs dans la même chambre. Avec cette chaleur, c'est des conditions abominables pour passer un examen. » ou encore Inès* : « Je m'occupe d'étudiants en situation de handicap qui ont décidé de ne pas venir à leurs rattrapages et d'abandonner leur année, plutôt que de les passer dans ces conditions. Les salles sont trop petites et pas du tout adaptées, les amphis sont mal ventilés parce que les fenêtres sont cassées et qu'il n'y a pas de clim. On ressent toutes les conséquences des politiques d'austérité à l'université dans la manière qu'ils ont de gérer les canicules. ».
Matthias, étudiant sur le campus des Saints-Pères à Paris-Cité raconte aussi ses rattrapages : « L'université n'a rien mis en place pour les examens, c'est scandaleux. La chaleur dans les salles était étouffante, tout le monde faisait avec les moyens du bord. Aucune bouteille d'eau n'était mise à disposition, il n'y avait pas de surveillant pour accompagner aux toilettes ou prendre l'air. En plus du stress des rattrapages, j'avais peur de faire un malaise devant ma copie. »
Face à la destruction de la planète, la jeunesse doit prendre ses affaires en main
Alors que les conséquences de la canicule éprouvent nos corps et ceux de nos proches, les bourgeois se la coulent douce, et nous méprisent, comme Charles Consigny qui se lamentait au micro des Grandes Gueules de RMC que : « Dans notre époque de fragiles et de victimes... il fait 3 degrés et il y a certains jeunes de 25 ans, on a l'impression qu'ils vont à la mine. Il faut arrêter de chouiner », ou encore Yann Barthès dans Quotidien qui vociférait que « tout le monde s'en fout des gens qui vivent sous les toits » et qu'« on est tous logés à la même enseigne. Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. Un ministre, il aura chaud ». C'est bien Bernard Arnault qui privatise une partie de la Cité Universitaire à Paris pour organiser un défilé, en pleine canicule, avec climatisation extérieure et immense vague artificielle sur fond de racisme et de mépris de la jeunesse.
La jeunesse précarisée est en première ligne de la crise climatique, tout comme les travailleurs et les populations opprimées. Elle gagnerait à s'organiser avec eux pour construire la riposte, faire suer la bourgeoisie à grosses gouttes afin d'arracher de nouveaux droits.
Un rôle que la jeunesse a d'ailleurs déjà pris dans le passé. Elle a été à l'initiative de nombreux mouvements sociaux, notamment dans le mouvement écologiste, par sa volonté de transformer la société. Une dynamique qui pourrait permettre de combiner la massivité des marches pour le climat à la radicalité des mobilisations contre les méga-bassines, sa combativité dans la campagne de solidarité avec la Palestine, ou encore contre le service militaire en Allemagne, et surtout son alliance avec les travailleurs pendant la lutte contre la réforme des retraites.
Aujourd'hui, elle pourrait jouer ce rôle à nouveau en étant à l'initiative de comités de quartiers et de résidence, qui auraient pour tâche de recenser les besoins de la population, d'organiser la solidarité avec les anciens et les personnes les plus fragiles, et de s'organiser avec les travailleurs pour les satisfaire et de servir de point d'appui pour faire plier le gouvernement, en construisant les conditions de la grève caniculaire.
Une mobilisation d'ensemble avec comme objectif d'arracher des mesures d'urgence face aux chaleurs insupportables, de désigner les vrais responsables de la crise climatique : le patronat et l'impérialisme, de construire un rapport de force si puissant qu'il poserait la nécessité du contrôle de la production par les travailleurs et la population pour faire face au chaos climatique.