Police municipale à Saint-Denis : « aucun processus de désarmement n'a été engagé »
Tue, 30 Jun 2026 22:22:16 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLors du conseil municipal du 25 juin à Saint-Denis, Dorian Gonthier, élu de Révolution Permanente, a présenté un vœu dans lequel il a mis en lumière les reculs de la nouvelle mandature LFI sur la police municipale et exigé le désarmement de celle-ci, ainsi que la sortie de la logique sécuritaire actuelle.

À Saint-Denis, la question de la police municipale s'est imposée comme un enjeu majeur de la campagne municipale et continue aujourd'hui d'être au cœur des débats.
Il faut d'abord rappeler que la défaite de Mathieu Hanotin exprime un rejet de sa politique sécuritaire, marquée par un renforcement sans précédent des moyens de surveillance et de contrôle dans l'espace public, l'armement de la police municipale et l'augmentation spectaculaire des moyens budgétaires qui lui sont consacrés.
Dans ce contexte, alors que la droite et le Parti socialiste instrumentalisent cette question pour tenter de faire croire que Saint-Denis serait devenue une quasi « zone de non-droit » depuis l'élection de Bally Bagayoko, il est essentiel de dénoncer ces contre-vérités et de ne pas céder aux logiques sécuritaires qui dominent le débat public.
En ce sens, nous regrettons que la majorité n'ait pas tenu l'un des engagements importants de sa campagne : le retrait du lanceur de balles de défense (LBD). Présentée comme la première étape d'un « désarmement progressif » de la police municipale, cette mesure devait marquer une rupture avec les orientations du mandat précédent. Or, force est de constater qu'aucun processus de désarmement n'a en réalité jamais été engagé.
Non seulement les armes introduites ces dernières années ont été maintenues, mais même le retrait du LBD n'a jamais été effectivement mis en œuvre. La police municipale conserve aujourd'hui ses LBD, prétendument rangés « dans le coffre des véhicules ». Cette situation entretient une ambiguïté qui laisse en pratique toute latitude aux agents pour les utiliser. Des policiers municipaux ont d'ailleurs récemment été aperçus aux abords de la gare équipés de ces armes. Dès lors, une question demeure : dans quelles circonstances les LBD sont-ils censés être utilisés ?
L'actualité récente rappelle pourtant les dangers considérables de ces armes. À Bobigny, un adolescent de 13 ans a été éborgné par un tir de LBD alors qu'il célébrait la victoire du PSG. Ce drame illustre une nouvelle fois la violence de ces dispositifs, y compris dans des situations où leur usage est censé demeurer exceptionnel.
Le retrait immédiat des LBD de la police municipale apparaît donc comme une mesure minimale et urgente. Plus largement, nous défendons le désarmement complet de la police municipale. Rien ne justifie aujourd'hui que ses agents soient équipés d'armes à feu, de LBD ou d'autres moyens coercitifs alors qu'il y a encore six ans, ils ne disposaient ni de LBD, ni d'armes de poing, ni de brigades motorisées, ni de chiens.
L'incapacité à revenir à cette situation démontre à quel point le paradigme sécuritaire continue de peser sur les choix politiques, y compris au sein de la majorité municipale.
Depuis plusieurs décennies, le discours dominant présente les quartiers populaires comme confrontés à un prétendu problème de sécurité. Nous contestons fermement cette lecture de la réalité. Les difficultés auxquelles sont confrontés les habitants relèvent avant tout de questions sociales, économiques et de santé publique.
La concentration de jeunes dans l'espace public, l'occupation festive de la rue ou les tensions ponctuelles qui peuvent en découler ne constituent pas un problème d'ordre public. Elles traduisent avant tout la situation d'une jeunesse populaire à laquelle sont refusés l'accès aux loisirs, aux équipements culturels et sportifs, à des perspectives professionnelles dignes et à des espaces d'expression collective.
Il n'existe aucun raccourci sécuritaire permettant de répondre à ces enjeux. Outre les dangers qu'elles représentent pour les vies humaines et le contrôle social permanent qu'elles instaurent, les politiques de renforcement policier n'ont jamais permis d'améliorer durablement les conditions de vie des habitants. Elles ont au contraire contribué à renforcer les discriminations raciales, le harcèlement des jeunes et la répression des vendeurs à la sauvette, régulièrement visés par des contrôles au faciès et des amendes injustifiées.
Pour répondre à la situation de la jeunesse, particulièrement nombreuse dans notre ville, des mesures sociales ambitieuses doivent être mises en œuvre. Cela suppose un investissement massif dans les services publics, la réouverture des espaces jeunesse, le développement des infrastructures culturelles et sportives ainsi que la création de véritables perspectives d'emploi et d'avenir pour les habitants.
De la même manière, les difficultés qui peuvent exister aux abords de la gare (vente de médicaments, situations de toxicomanie ou violences) appellent avant tout des réponses sociales :
• La création d'un centre de soins et d'accompagnement permettrait une prise en charge adaptée des personnes souffrant d'addictions tout en réduisant les troubles qui peuvent en découler ;
• La régularisation de l'ensemble des personnes sans papiers, qui constituent une part importante des personnes privées d'emploi et contraintes de survivre grâce à des activités informelles, faciliterait leur accès au travail, au logement et à leurs droits ;
• Concernant les vendeurs à la sauvette qui proposent de la nourriture, nous dénonçons les amalgames racistes qui les présentent comme une nuisance. Nous défendons le droit de chacun à vendre de la nourriture dans l'espace public et à y exercer une activité lui permettant de subvenir à ses besoins.
En parallèle, nous demandons à la majorité municipale de respecter au minimum son engagement de campagne en retirant effectivement les LBD de la police municipale. Nous considérons cependant que cette mesure doit constituer un point de départ et non un aboutissement. C'est pourquoi nous défendons le désarmement complet de la police municipale, à l'image de ce qui existe dans plusieurs grandes villes, notamment Paris.
Enfin, les corps spécialisés tels que la BAC ou la CSI 93, régulièrement mis en cause par des associations de défense des droits humains pour leurs pratiques violentes et leur impunité, doivent être dissous.
Ces revendications sont d'ailleurs portées depuis de nombreuses années par les collectifs de familles de victimes de violences et de meurtres policiers. Nous les soutenons pleinement et entendons contribuer à faire entendre leurs voix.