À Bordeaux, près de 1000 manifestants mobilisés pour le Planning Familial : la lutte ne fait que commencer !
Mon, 29 Jun 2026 14:18:05 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa mobilisation a payé : l'État a dû reculer sur la suppression des subventions du Planning Familial de la Gironde pour 2026. Mais l'austérité menace toujours. Contre un État qui s'engage dans la course à la militarisation et applique l'agenda de l'extrême droite, la riposte doit s'organiser en toute indépendance.

Malgré la canicule, plus de 1000 personnes étaient réunies à Bordeaux ce jeudi 25 juin lors d'un rassemblement massif devant l'Agence Régionale de la Santé de Nouvelle-Aquitaine. Face aux menaces de suppression des subventions qui pèsent sur le Planning Familial et les associations d'accompagnement, travailleur·euse·s, militant·e·s féministes et usager·ère·s ont répondu à l'appel.
Une immense vague de solidarité qui s'est traduite par une pétition qui a réuni plus de 83 000 signataires en seulement quelques jours, forçant le gouvernement et l'ARS à un rétropédalage en urgence. Comme l'a rappelé l'AG féministe de Gironde lors de sa prise de parole : « C'est grâce à nous, collectivement, grâce à notre mobilisation et à toutes et tous, que le Planning Familial ne disparaît pas cette année ».
Cependant, ce sursis gouvernemental ne doit tromper personne : le contexte reste particulièrement critique et les engagements ne sont pas pérennisés. La représentante du Planning Familial l'a souligné d'emblée : « Hier, nous avons appris par l'AFP que nous avions notre subvention 2026, mais que pour 2027 tout restait à faire ». En réalité, derrière les prétextes administratifs, le constat est clair : « Le Planning Familial dérange ». L'offensive de l'État vise à démanteler l'ensemble des réseaux de soin de proximité : « Toucher au Planning, menacer le CACIS, ce n'est pas une affaire de ligne budgétaire ou de données probantes, c'est attaquer le maillage de santé globale et de santé des femmes particulièrement ».
L'État ne sera jamais notre allié dans les luttes féministes
Cette casse méthodique s'inscrit dans la continuité d'une politique d'austérité généralisée qui frappe de plein fouet le secteur social, la santé et le tissu associatif. En réduisant les financements, l'État organise sciemment la pénurie et tente d'imposer une mise en concurrence morbide entre des structures déjà exsangues. La représentante du CACIS (Centre Accueil Consultation Information Sexualité) a fustigé ce choix politique désastreux : « A-t-on vraiment ce luxe de mettre en concurrence l'hôpital et les associations au lieu de sécuriser ce qui fonctionne ? »
Cette logique destructrice dépasse en effet le seul cadre associatif pour gangrener l'ensemble du système de soins. Petra Bernus, militante à Du Pain et Des Roses, a tenu à le souligner en appelant à élargir la mobilisation : « En tant qu'étudiante infirmière, on voit tous les jours les logiques de rentabilité qui passent avant la santé de la population. Il va falloir se battre pour exiger plus de moyens pour ces associations qui jouent un rôle central mais plus largement sur toutes les questions de service public ! » La paupérisation des structures de soin et de prévention n'est pas une fatalité économique, mais un choix de classe délibéré, car, comme l'a bien résumé le CIDFF (Centre d'Information sur le Droit des Femmes et des Familles) : « L'argent il y en a, on n'a qu'à regarder autour de nous, il y en a beaucoup en France pour certains et zéro pour d'autres. » L'AG féministe a abondé dans le même sens : « Leurs urgences, ils nous les rabâchent tous les jours : il faut urgemment augmenter les budgets de l'armée, réduire notre dette, ou donner de l'argent aux riches. Leurs urgences ne sont pas les nôtres. »
En s'attaquant au Planning Familial, le gouvernement démontre une fois de plus qu'il reprend à son compte des pans entiers du programme et de l'agenda idéologique de l'extrême droite. Depuis plusieurs années, la macronie a embrassé les thèmes réactionnaires, racistes et autoritaires portés par le Rassemblement National. Une extrême droite qui a d'ailleurs toujours fait de l'attaque contre les droits reproductifs, les minorités de genre et les structures d'aide sociale une priorité de son projet politique réactionnaire. En validant la casse austéritaire de ces lieux d'accueil et d'émancipation, l'État ne fait qu'appliquer les mots d'ordre de l'extrême droite et lui pave la voie avant même que celle-ci ne soit au pouvoir.
L'offensive contre les droits reproductifs est la face visible d'un régime en crise qui se durcit et qui normalise les pires logiques réactionnaires pour maintenir sa domination. L'État n'est pas et ne sera jamais notre allié face aux violences patriarcales et intrafamiliales, comme l'illustre tragiquement l'affaire Lyhanna.
Lors du rassemblement, une élue du Conseil Départemental de la Gironde a ainsi tenté de s'associer à la mobilisation : « Je peux affirmer ici que nous faisons ensemble, et que tout ce que nous faisons est probant » tout en vantant le bilan politique de Jean-Luc Gleyze. Derrière cette posture de façade, le Département n'est en rien notre allié : dirigé par le PS, il participe activement à l'application quotidienne des mesures d'austérité quand il n'en est pas à l'initiative. Notre lutte ne doit en aucun cas servir de caution de gauche à des élu·e·s qui administrent l'ordre bourgeois et la précarité.
Face à ces différentes attaques, il est évident que la santé publique et nos vies ne sont absolument pas la priorité de l'État. Il n'y a donc rien à attendre du gouvernement, ni des institutions locales ou départementales qui gèrent consciencieusement l'austérité au quotidien. Pour défendre le Planning Familial, le CACIS et l'ensemble de nos droits, la seule issue réside dans la construction d'un vaste mouvement de lutte, organisé par en bas et en totale indépendance politique. Ce combat doit faire partie intégrante des luttes du mouvement ouvrier pour imposer le transfert de l'intégralité du budget de l'armée et des forces de répression vers la santé et les services publics et exiger des investissements massifs, pris directement sur les plus fortunés, afin de garantir un accès inconditionnel et gratuit à la santé et aux droits reproductifs.