Canicule : en interdisant Solidays, le gouvernement fragilise toujours plus la lutte contre le VIH
Mon, 29 Jun 2026 16:14:21 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAvec la Marche des fiertés de Paris, le festival Solidays a également été interdit ce week-end sous prétexte de la canicule. Une décision qui prive la lutte contre le VIH/sida de plusieurs millions d'euros de financements, alors que l'État ne cesse de réduire et de sous-traiter la prise en charge de la maladie.

En même temps que l'interdiction de la Marche des fiertés parisienne ce 27 juin, et toujours sous prétexte de la canicule et de la saturation des services hospitaliers, la préfecture de police a également fait annuler Solidays, le festival organisé par Solidarité Sida qui devait se tenir ce week-end - et qui constitue, depuis plus d'un quart de siècle, l'une des principales initiatives de collecte de fonds en faveur de la lutte contre le VIH/sida en France.
Une nouvelle attaque de l'État qui vise la lutte contre le VIH
Les organisateurs n'ont eu d'autre choix que d'annoncer, quelques heures seulement avant l'ouverture du festival, l'annulation de cette édition 2026. Son fondateur, Luc Barruet, déclarait que : « c'est une très, très, très, très mauvaise nouvelle pour Solidarité Sida ».
Depuis sa création en 1999, Solidays a permis de récolter plus de 100 millions d'euros pour la lutte contre l'épidémie, en France comme à l'international. L'association soutient des programmes finançant la prévention, le dépistage, l'accès aux traitements antirétroviraux, la prise en charge des personnes séropositives et la protection des populations les plus exposées à l'épidémie à l'international.
Or, cette annulation entraîne une perte immédiate de 3 millions d'euros, soit près de 70 % du budget annuel de Solidarité Sida, cette dernière relevant que « l'avenir de l'association et des nombreux programmes qu'elle accompagne dans 21 pays est en jeu ».
Une catastrophe dans un contexte où, parallèlement, les financements internationaux consacrés à la lutte contre le sida chutent partout. En effet, cette décision intervient alors que le gel d'une partie des financements de l'USAID et les restrictions imposées au programme PEPFAR début 2025 par Washington ont déjà privé de moyens des milliers d'associations de lutte contre le VIH/sida dans le monde, tandis qu'en France les politiques budgétaires fragilisent encore et encore les dispositifs de prévention et d'accès aux soins.
Et alors même que ces coupes américaines provoquent une crise sanitaire mondiale, ici, le gouvernement a choisi de faire de la lutte contre le VIH en France une variable d'ajustement budgétaire. En refusant d'abord d'annoncer un nouvel engagement financier au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, puis en coupant finalement 60% de la contribution française pour la période 2026-2028 au nom des contraintes budgétaires, Macron condamne des millions de malades et broie à hauteur d'1 milliard d'euros « la lutte contre les épidémies les plus meurtrières du monde ».
L'annulation de Solidays participe donc directement à cette offensive contre les moyens consacrés à la lutte contre le VIH/sida. Mais au-delà même des coupes budgétaires, cette situation rappelle que, dans cette lutte, l'État ne sera jamais notre allié. Dès les premières années de l'épidémie, ce sont toujours les personnes séropositives, les collectifs et associations qui ont dû arracher les financements, l'accès aux traitements et la baisse du prix des médicaments face aux gouvernements et aux grands groupes pharmaceutiques.
La canicule comme prétexte, l'austérité comme responsable
Cette interdiction n'est rien d'autre qu'une immense hypocrisie. Parce qu'au moment même où le gouvernement a le culot d'invoquer la « protection de la population » pour le justifier, il laisse des milliers de travailleurs mourir de chaud sur les chantiers et des centaines de milliers de lycéens composer le baccalauréat et le brevet dans des salles étouffantes. Une politique qui protège bien davantage l'ordre public que les travailleurs et travailleuses et la jeunesse qui subissent la canicule.
En prétendant interdire la Pride et Solidays pour préserver des hôpitaux saturés, l'État tente ainsi de faire oublier qu'il est le premier responsable de leur effondrement. Depuis des décennies, et plus encore sous Macron, les gouvernements ferment des lits, suppriment des postes et des milliards d'euros dans les budgets des hôpitaux, et attaquent les conditions de travail des soignants comme les conditions d'accueil des patients.
Les premiers jours de cette immense vague de chaleur montrent les conséquences concrètes de cette politique. Les appels au SAMU explosent, les urgences voient affluer les personnes âgées, les cas d'hyperthermie et d'arrêts cardiaques se multiplient tandis que, dans de nombreux hôpitaux, les chambres dépassent les 35 degrés faute de climatisation. Une première personne est même décédée cette semaine dans sa chambre d'hôpital, illustrant l'ampleur des conséquences de cette casse de la santé. En réalité, la canicule agit comme révélateur de l'ampleur des destructions provoquées par des décennies d'austérité.
Les conséquences de ces politiques ne touchent évidemment pas tout le monde de la même manière. Les premières victimes du recul des politiques de prévention et de soins sont toujours celles qui rencontrent déjà les plus grandes difficultés d'accès au système de santé : les personnes étrangères et sans papiers, les personnes âgées, les personnes détenues, les personnes LGBTI et trans, les usagers de drogues, les travailleurs et travailleuses du sexe et, plus en général, les personnes les plus précaires. Pour elles, la diminution des financements signifie moins de dépistage, davantage de ruptures de traitement et une exposition accrue à l'épidémie.
Tout comme c'est toutes ces catégories de la population là qui sont aujourd'hui en première ligne de la canicule. Toujours les mêmes à qui on fait payer le prix des politiques d'austérité. Comme le résumait récemment Corinne, militante historique de la lutte contre le VIH, « la lutte contre le sida n'est pas seulement un combat contre un virus ; c'est un champ de bataille politique, social, sanitaire, économique et colonial ».
Une cagnotte a été ouverte pour compenser une partie des pertes provoquées par l'annulation du festival, qu'il faut relayer massivement. Si ce soutien est important pour éviter l'effondrement immédiat de programmes vitaux, la lutte contre le VIH/sida ne peut plus dépendre de festivals de musique, de collectes de dons et du dévouement permanent des associations. C'est précisément le fonctionnement imposé par des décennies de politiques néolibérales : l'État organise l'austérité puis renvoie le financement de la santé vers la charité privée.
Cette lutte doit relever d'un véritable service public de santé, financé par des investissements massifs sous le contrôle des travailleurs et des usagers, pris sur l'argent des grands groupes pharmaceutiques qui se sont enrichis pendant des décennies grâce aux traitements vendus à des millions de patients en maintenant des prix élevés pour défendre leurs brevets et préserver leurs profits colossaux. Par ailleurs, la levée totale des brevets sur les traitements contre le VIH est aussi une nécessité pour permettre la production massive de médicaments génériques, accessibles aux systèmes de santé, en particulier dans les pays semi-coloniaux où des millions de personnes restent privées d'un accès effectif aux soins. Pour arracher de telles revendications, qui impliquent un affrontement direct avec les intérêts du capital, il faudra une mobilisation massive du mouvement féministe et LGBTI combinée avec la force de frappe du mouvement ouvrier, notamment des travailleurs et des travailleuses de la santé.
À mesure que les crises climatiques se multiplieront, les gouvernements vont chercher de plus en plus à faire payer à la population les conséquences de leurs propres politiques, tout en renforçant les dispositifs répressifs et d'exception au nom de l'urgence, comme on l'a déjà vu pendant la crise sanitaire du Covid-19. L'interdiction de la Pride, celle de Solidays ou encore les arrêtés de restriction pris ce week-end sur la consommation d'alcool constituent autant de précédents qu'il faut donc combattre. Défendre des moyens massifs pour la santé, combattre toutes les offensives sécuritaires et lutter contre le réchauffement climatique relève d'un seul et même combat contre le système capitaliste, en indépendance de l'État qui organise l'austérité puis s'appuie sur les crises qu'il a lui-même produites pour restreindre toujours davantage nos libertés.