Nahel : trois ans après le meurtre policier, le combat pour la justice et la vérité continue
Sat, 27 Jun 2026 17:15:56 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe samedi, nous commémorons les trois ans de la mort de Nahel, tué à 17 ans par la police. Depuis la grande révolte de la jeunesse des quartiers populaires, l'Etat intensifie les offensives contre celles et ceux qui se sont mobilisés pour la justice et la vérité.

Le 27 juin 2023 à Nanterre, Nahel, un adolescent de 17 ans est tué par un policier qui lui tire dessus à bout portant, atteignant son thorax. Un meurtre policier filmé, dont les images feront rapidement le tour du monde, et qui déclenchera une grande révolte de la jeunesse des quartiers populaires, dont la durée et l'intensité dépasseront celles de 2005. Car, à la différence des soulèvements suite à la mort de Zyed et Bouna, les révoltes des mois de juin et juillet 2023 se sont rapidement élargies aux périphéries des grandes métropoles mais aussi des villes moyennes. Ces jeunes, qui se sont reconnus en Nahel et qui partagent l'expérience quotidienne et douloureuse des contrôles aux faciès, du harcèlement et des violences policières, ont visé des symboles de l'Etat. Dans le même temps, les pillages de supermarchés ont également rappelé que les habitants des quartiers populaires subissent de plein fouet la misère, aggravée par les politiques anti-ouvrières.
En face, le gouvernement et sa police, qui qualifie les jeunes de banlieues de « nuisibles » et de « hordes sauvages », a déployé un dispositif répressif inédit, avec 45 000 gendarmes et policiers mobilisés, ainsi que des unités spéciales comme la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) ou le GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale), qui interviendront partout en France pour réprimer les manifestants. Une violence inouïe, qui fera de nombreux blessés dont des jeunes éborgnés, et même un mort : Mohamed, un livreur qui s'était arrêté pour filmer une scène de violences policières, tué d'un tir de LBD. On se souvient également de Hedi, 22 ans, victime lui aussi d'un tir de LBD à la tête, dont une partie du crâne a dû être retirée afin de décomprimer son cerveau.
La répression a également été judiciaire. Des milliers de jeunes ont été arrêtés, et près de 2000 d'entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme pour des vols de canette de soda, le gouvernement en a aussi profité pour proposer des mesures ciblant les parents des quartiers populaires : au coeur des révoltes, Macron avait menacé de « sanctionner financièrement et facilement les familles », et son ministre de l'Intérieur Darmanin avait même produit une circulaire demandant aux préfets d'expulser de leurs HLM les jeunes condamnés et leurs familles. Une politique qui a instrumentalisé la précarité des habitants des quartiers populaires pour réprimer la contestation du racisme d'Etat et des violences policières.
Les révoltes pour Nahel et leur violente répression par l'exécutif prenaient place dans un contexte de crise aiguë, quelques semaines après le passage de la réforme des retraites par le 49.3 qui avait provoqué une colère profonde, radicalisant le mouvement contre la réforme des retraites, sans lui permettre d'être victorieux en raison de la politique des directions syndicales.Une crise politique qui est allée en s'aggravant depuis, avec la dissolution de l'Assemblée nationale et les chutes de Barnier puis de Bayrou, sur fond de politiques austéritaires et de course à la militarisation. Si, dans ce contexte, le gouvernement a dû geler temporairement sa réforme des retraites, les politiques sécuritaires et racistes ont joué un rôle majeur pour offrir un agenda de substitution à un pouvoir affaibli.
Le tapage politico-médiatique du gouvernement autour du narcotrafic, lancée en décembre 2025 avec la visite de Macron à Marseille, répond ainsi à cet objectif : en faisant du narcotrafic une menace équivalente au terrorisme, l'Etat peut justifier les mesures les plus liberticides et autoritaires contre les quartiers populaires, à l'image des « narco-prisons » où s'applique un régime carcéral encore plus brutal. Elle justifie aussi des projets comme la loi RIPOST, véritable arsenal répressif visant très explicitement la jeunesse des quartiers populaires : renforcement des contrôles et des peines pour possession de stupéfiant, mesures répressive contre l'usage de protoxyde d'azote ou encore répression des rodéos urbains. Autant de dispositifs visant à punir et à incarcérer en masse une jeunesse que Bruno Retailleau qualifie de « décivilisée », et face à laquelle il promet d'occuper militairement les quartiers populaires.
Le projet de mise au pas de cette jeunesse se joue également sur le terrain de l'éducation, avec des réformes qui accentuent les inégalités scolaires et l'exclusion des élèves les plus en difficultés. On se souvient de l'interdiction sexiste et islamophobe des abayas et des qamis, mesure « phare » de Gabriel Attal à la rentrée 2023. Depuis, le gouvernement a enchaîné les réformes pour un tri social : le ministre de l'Éducation Edouard Geffray a assumé vouloir durcir les modalités d'évaluation du bac et du brevet pour faire baisser les taux de réussite, notamment en sanctionnant plus durement les fautes d'orthographes. Alors que les travailleurs de l'éducation et les étudiants subissent des classes surchargées, des infrastructures délabrées et toujours moins de moyens pour assurer l'apprentissage, ces mesures assignent les élèves racisés et des quartiers populaires à des filières et aux secteurs les plus précaires.
Pour l'Etat, derrière chaque rassemblement, manifestation et célébration des quartiers populaires se cache le spectre de Nahel, et de ces jeunes qui se sont soulevés en son nom, contre les violences policières, le racisme et l'islamophobie systémique. L'ampleur des moyens mobilisés pour la répression lors de la finale de la Ligue des champions l'a rappelé, il est insupportable pour les classes dominantes de voir ces jeunes hommes racisés occuper l'espace public. La France a d'ailleurs été récemment épinglée pour le phénomène des amendes discriminatoire que subissent les jeunes habitants des quartiers populaires.
Depuis la mort de Nahel, d'autres jeunes de banlieues ont été victimes de violences policières : le soir de la victoire du PSG, un adolescent de 13 ans a été éborgné par un tir de LBD à Bobigny. Chacune de ces affaires meurtrissent et endeuillent des familles, et radicalisent une jeunesse qui, en trois ans, a été confrontée aux images du génocide à Gaza dont l'impérialisme français est complice, mais aussi à l'intervention coloniale de l'armée française en Kanaky qui a tué des militants indépendantistes. Dans ce cadre, trois ans après, le combat de la famille de Nahel pour la justice et la vérité continue. Le 21 mars dernier, il a permis de réunir des milliers de personnes lors d'une manifestation à Nanterre. En juin, il a arraché l'annulation de la requalification des faits par la cour de cassation. Cette mobilisation est un point d'appui pour poursuivre la lutte pour l'ensemble des victimes de violences policière, mais aussi pour défendre les intérêts de la jeunesse des quartiers populaires qui refuse d'être condamnée à un avenir de misère. Une lutte qui résonnera à Beaumont-sur-Oise le 4 juillet prochain, à l'appel du Comité Adama, comme chaque année. Trois ans après, il faudra une fois de plus faire entendre nos mots d'ordre : pour obtenir justice pour Nahel, Adama et toutes les victimes de violence policière, pour l'amnistie de l'ensemble des jeunes condamnés pour avoir refusé un meurtre policier, mais aussi pour l'abrogation de toutes les lois racistes et sécuritaires.
Crédit photo : Serge d'Ignazzio