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« Dans les classes, il fait 40 °C » : à Toulouse, des travailleurs de l'éducation témoignent

Fri, 26 Jun 2026 20:29:39 CEST

Révolution Permanente

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Face à la canicule, les élèves et les travailleurs de l'éducation affrontent des conditions insoutenables. A Toulouse, où la mairie refuse de fermer les établissements, des travailleurs témoignent.

Alors que la France enregistre les journées les plus chaudes de l'histoire du pays, dans les salles de classe, les élèves et les travailleurs de l'éducation sont de nouveau en première ligne de la canicule. Face à des températures qui dépassent les 40°C, un mois après l'annonce de son « plan de gestion des vagues de chaleur », le gouvernement a annoncé mardi la fermeture de 1 800 établissements scolaires, les 8 000 autres établissements étant « encouragés » à adapter leurs horaires pour tenter de limiter les risques.

Mais à Toulouse, le maire Jean-Luc Moudenc a choisi de maintenir les classes ouvertes, expliquant que les près de 70 écoles toulousaines disposent d'un « îlot de fraîcheur » intérieur ou sont déjà entièrement rafraîchies grâce à différentes mesures : salles équipées de « brasseurs d'air », repas froids à la cantine et vaisselle jetable pour éviter la chaleur dans les cuisines... Mais sur le terrain, la réalité est toute autre : dans de nombreuses salles de classe, bureaux, cuisines ou ateliers, les conditions de travail et d'apprentissage sont toujours aussi éprouvantes, le personnel ayant in fine la charge d'adapter l'accueil des élèves et de prendre des mesures de sécurité en fonction des besoins.

Des conditions de travail toujours plus dégradées

Bâtiments vétustes, absence d'équipements adaptés, locaux surchauffés : partout, les travailleuses et les travailleurs de l'éducation doivent improviser pour composer avec les températures extrêmes. « La salle est vitrée sur toute la longueur et exposée plein Est. À partir de 10h, il faisait déjà trop chaud alors que j'ai la chance d'avoir des stores », raconte Léa*, AESH dans un collège proche de Toulouse, « certaines salles n'en ont pas du tout ».

Même constat pour Claire*, professeure des écoles dans le quartier des Minimes : « Après 10h30, je me sens faible, je peux rester moins longtemps debout et les maux de crâne arrivent dans l'après-midi. » Dans certains établissements, les températures atteignent des niveaux extrêmes, « Le bâtiment est tellement mal isolé que quand il fait 35°C dehors, dans les classes il fait 40°. Aujourd'hui, dehors il va faire 42°C. Dans les classes, il va faire 45° » explique Thibaut*, AESH dans une école du Nord de Toulouse.

Pour Jeanne*, animatrice en CLAE dans une école du centre-ville, les personnels sont laissés seuls face à la situation : « Les locaux ne sont absolument pas équipés pour affronter ces chaleurs. On se retrouve à aménager nous-mêmes les espaces pour éviter que les enfants ne soient dehors ». Une seule salle climatisée existe dans son établissement « sauf qu'elle ne peut accueillir au maximum qu'une vingtaine d'enfants ». Ilana*, enseignante dans un collège privé, explique que « l'ordinateur et le vidéoprojecteur cessent de fonctionner car ils surchauffent ». Quant aux consignes reçues, elles se résument à : « hydratez-vous et aérez les salles le matin ».

Ilana témoigne des conditions de travail de ses collègues agents techniques. « Elles ont un tout petit local pour se reposer où il n'y a pas de fenêtre et donc impossible à aérer le matin pour avoir un peu d'air frais ». Elle indique que son établissement ne disposait pas de point d'eau pour le personnel d'entretien jusqu'à cette année. « Et encore, le point d'eau est relié à une canalisation qui déconne alors souvent c'est juste de l'eau marron sale. La direction ne propose pas de solutions, ni packs d'eau ni même un distributeur. »

Fatigue, saignements du nez, ennui... : les enfants paient le prix fort

Les élèves subissent de plein fouet la chaleur et l'absence de moyens conséquents pour y remédier : « Les enfants sont fatigués à partir de 11h. Les apprentissages sont impossibles dans ces conditions », explique Claire. Dans son établissement, un élève diabétique voit même « son taux de sucre déréglé à cause de la chaleur ». Dans les accueils périscolaires, les situations d'urgence se multiplient : « On a dû gérer plusieurs saignements de nez dus à la chaleur », témoigne Jeanne.

Les plus fragiles sont également les premiers exclus. Ilana constate « des absences surtout parmi les élèves malades chroniques ou handicapés », tandis que Jeanne souligne que « le manque d'aménagement des locaux, c'est aussi une restriction au niveau des activités proposées, et donc des enfants qui, en plus d'avoir chaud et d'être exposés à des températures dangereuses pour leur santé, s'ennuient lors des temps d'accueil. On a aussi énormément d'enfants absents parce que leur état de santé ne leur permet pas de venir à l'école dans ces conditions, ils sont donc privés de fait de leur droit à l'éducation, mais aussi privés de copains, de jeux en collectif, etc. Et ça, c'est pour celles et ceux qui peuvent être gardés à la maison, car certains parents n'ont pas le choix d'adapter leur emploi du temps ».

« Hydratez-vous » : des préconisations superficielles qui renvoient la responsabilité aux travailleurs

Face à la canicule, les mesures prises sont extrêmement superficielles : « Les mesures préconisées ? Il n'y en a pas », tranche Thibaut, « on nous dit de fermer les volets, de faire des jeux d'eau. » Dans son école, les adaptations mises en place relèvent essentiellement de l'initiative de la direction et des équipes. Pour Claire, le « plan fortes chaleurs » annoncé par le ministre n'a rien changé. « Résultat : aucune démarche concrète ». Quant aux fiches de signalement que les enseignants sont invités à remplir, elles servent davantage à « étouffer nos revendications dans des solutions protocolaires ».

Derrière les fermetures ponctuelles d'établissements ou les aménagements d'horaires, les personnels de l'éducation dénoncent surtout l'absence de réponses structurelles : « Ces mesures ne règlent en rien la question de la chaleur dans les établissements », résume Léa. Pour les travailleurs interrogés, la question dépasse largement la gestion immédiate de la canicule : alors que les gouvernements et les patrons des grandes entreprises sont les premiers responsables du réchauffement climatique, le manque d'investissement et d'équipement dans des bâtiments vieillissants ainsi que le manque de personnel à même de prendre en charge les élèves sont des facteurs aggravants.

« Ça devrait être à nous de décider » : face à la canicule, les travailleurs doivent reprendre la main

Au-delà des mesures d'urgence, plusieurs travailleurs interrogés insistent sur une même idée : ceux qui connaissent le mieux la réalité des établissements doivent pouvoir décider des aménagements nécessaires. « Les travailleurs n'ont jamais leur mot à dire. Or il faut qu'on réfléchisse à pourquoi on en arrive à des classes où il fait 45 °C au début de l'été : il faut retaper les écoles, mais aussi réfléchir à pourquoi elles sont dans des états comme ça, pourquoi elles sont autant précaires et surchargées. C'est un vrai problème qui va s'accentuer chaque année », appuie Thibaut. Même constat pour Jeanne, qui insiste sur la nécessité de partir du bas pour s'organiser : « Il faut penser le fonctionnement de l'école depuis le bas, à partir des travailleurs de l'éducation, de l'entretien et du périscolaire, mais aussi avec les enfants et les parents. »

Pour Léa : « On renvoie les enfants chez eux sous couvert de sécurité mais rien ne garantit qu'ils ne seront pas exposés à la chaleur, au contraire nos élèves sont nombreux à vivre dans des logements exigus et mal-isolés. Il faut prendre des mesures structurelles : la solution doit passer par un véritable diagnostic des établissements pour garantir des conditions d'accueil et de travail décentes et adaptées aux besoins réels. À minima, il faut recruter des AESH, des AED et des enseignants en nombre, mais également s'assurer que la scolarité des élèves se fasse dans les meilleures conditions, et notamment dans des bâtiments conçus et équipés pour supporter les aléas climatiques. Cela nécessite un investissement massif dans l'éducation, or aujourd'hui c'est dans la rémunération des actionnaires et la militarisation que l'État investit. C'est cette contradiction que nous devons interroger pour commencer à imposer nous-mêmes des protocoles d'urgence face à la canicule, mais plus largement des conditions de travail et d'apprentissage viables ».

Un tel investissement est possible. À Toulouse, où l'industrie aéronautique bénéficie d'aides publiques massives tandis que les écoles manquent de moyens élémentaires pour faire face au froid l'hiver et à la chaleur l'été, ce contraste apparaît de manière particulièrement brutale. Face à des canicules qui vont se multiplier, les travailleurs de l'éducation, les élèves et les familles ont intérêt à imposer leurs propres priorités : nous n'avons pas besoin de « classes défenses » qui préparent nos enfants à accepter et à faire la guerre, mais de recrutements et d'investissements massifs dans l'éducation, financés par les grandes fortunes et les profits des actionnaires comme ceux de l'aéronautique.

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