Les ingénieurs d'Airbus à nouveau mobilisés contre les attaques sur le télétravail
Fri, 26 Jun 2026 21:12:45 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalUne centaine de salariés d'Airbus se sont à nouveau mobilisés ce 25 juin contre l'offensive de la direction sur le télétravail et ont voté la reconduction du mouvement le 30 juin. Face aux attaques patronales menées au nom de l'économie de guerre, l'enjeu est désormais d'élargir la mobilisation.

La mobilisation à Airbus se poursuit. Ce 25 juin, près d'une centaine d'ingénieurs se sont rassemblés devant les bureaux de la direction à Blagnac. Ce nouveau rendez-vous s'inscrit dans la continuité de la mobilisation engagée le 18 juin dernier, qui avait déjà réuni plus d'une centaine de travailleurs. Au cœur de la colère, la décision du PDG d'Airbus de réduire de moitié le télétravail, une remise en cause brutale des conditions de travail.
Dans une lettre adressée à sa « Team Airbus », le PDG du géant de l'aéronautique, Guillaume Faury, sermonne les salariés après « un premier semestre décevant », leur expliquant qu'il faudra désormais « faire plus en moins de temps » et « travailler sans relâche ». Un discours destiné à justifier une nouvelle offensive contre les conditions de travail. Pourtant, l'entreprise a réalisé 5,3 milliards d'euros de bénéfices en 2025 et les carnets de commandes n'ont jamais été aussi fournis, comme le reconnaît lui-même le PDG qui prévient les salariés qu'Airbus va faire face au « plus gros second semestre de notre histoire ». Une chose est donc claire : la direction entend faire payer aux travailleurs les difficultés du groupe, alors même que ce sont eux qui produisent les avions.
La direction a déjà transmis des consignes aux managers : limiter le télétravail à une seule journée par semaine, contre deux auparavant, et sanctionner les salariés qui refuseraient de s'y conformer.
Face à cette offensive, la colère ne retombe pas. Deux mobilisations ont déjà eu lieu et une troisième a été largement votée à l'issue du rassemblement du 25 juin. Il a été décidé de se joindre à l'appel de mobilisation de la CFDT qui se tiendra le mardi 30 juin à 12 h 30 devant le bâtiment B80 de la direction à Blagnac.
Une nouvelle fois, les syndicats pro-patronaux, FO et la CFE-CGC, appellent au « bon sens » et à « la nuance », affirmant que « seule l'adhésion des salariés garantira un climat apaisé et permettra de relever l'ensemble des challenges à venir pour Airbus ».
Et quels défis ! Si les attaques se multiplient aujourd'hui, ce n'est pas un hasard. Elles s'inscrivent dans un contexte de militarisation accélérée de la production d'Airbus et de réarmement des puissances impérialistes européennes. Dans sa lettre, Guillaume Faury souligne que « les gouvernements font face à des menaces sur la sécurité en Europe et au-delà » et qu'ils attendent désormais leurs équipements « plus rapidement ». Derrière ce discours sur les prétendues menaces, ce sont surtout de nouveaux marchés et des profits colossaux qui s'ouvrent pour le géant de l'aéronautique et de l'armement, bien décidé à occuper une place centrale dans l'économie de guerre.
Cette orientation a des conséquences très concrètes pour les travailleurs : renforcement du contrôle managérial, remise en cause d'acquis comme le télétravail, disponibilité toujours plus grande exigée des salariés, dégradation des conditions de travail et attaques répétées contre les salaires. Alors que les actionnaires et les industriels se préparent à engranger les bénéfices du réarmement, c'est aux travailleurs qu'il est demandé d'en payer le prix.
Cette offensive ne date pas d'hier. Début mai, la direction avait déjà annoncé la division par deux de la prime de participation, amputant les revenus des salariés d'environ 2 000 euros en moyenne. Face à cette attaque, des centaines d'ouvriers de la production se sont mobilisés tout au long du mois de mai. Mais, avec le soutien des syndicats pro-patronaux de l'Entente qui se sont opposés à la mobilisation, la direction a pu imposer son recul social, se contentant de lâcher une prime de compensation de 500 euros pour tenter d'éteindre la colère.
Ces offensives répondent à un véritable projet politique porté par le patronat de l'aéronautique. Celui-ci entend profiter de l'économie de guerre et du réarmement pour accroître l'exploitation, remettre en cause les acquis sociaux et aligner toujours davantage la production sur les intérêts des puissances impérialistes. Derrière les discours sur la « sécurité » ou la « compétitivité », c'est une offensive de classe qui est menée contre les travailleurs.
Face à un patronat qui défend ses intérêts sur le terrain politique, les travailleurs doivent opposer une réponse tout aussi politique. La question de refuser la marche à la guerre est indéniablement liée à celle des augmentations de salaire et des améliorations des conditions de travail.
Mais pour ce faire il faut chercher à construire un rapport de force capable de faire reculer la direction. Construire ce rapport de force doit passer par l'élargissement de la mobilisation à l'ensemble du secteur, en premier lieu les ouvriers et les ingénieurs qui sont aujourd'hui divisés. Une mobilisation qui doit même chercher à en finir avec la division du secteur de l'aéronautique qui profite avant tout à la direction comme le résume Pierre, de la CGT Airbus SAS : « L'injonction rabâchée aux prétendus privilégiés d'Airbus : "c'est pire ailleurs", participe à l'inaction. Et c'est justement cette inaction qui est la meilleure façon de perdre nos droits. ». La mobilisation du 25 juin appelée par la CGT doit servir de base à cette unification des travailleurs de l'aéro : donneurs d'ordres, sous-traitants et intérimaires, qui sont les premiers touchés par les offensives menées au nom de la militarisation comme le souligne Pierre « À la CGT, nous voulons que cela s'améliore partout et pour tout le monde, au-delà d'Airbus, pour nos sous-traitants et pour nos fournisseurs. »