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« On voit la souffrance que vivent les usagers avec la canicule » : un bibliothécaire témoigne de la crise sociale

Fri, 26 Jun 2026 21:27:28 CEST

Révolution Permanente

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Alors que la canicule frappe de nouveau l'Hexagone, nous publions le témoignage d'un bibliothécaire qui voit au quotidien les usagers se réfugier dans ces lieux culturels pour fuir la chaleur.

Mardi, 10 heures du matin : la grande médiathèque José Cabanis, située à côté de la gare Matabiau, ouvre ses portes. Le public pénètre à l'intérieur : des étudiants qui cherchent à échapper aux fournaises que sont leurs appartements pour réviser leurs examens ; des retraités qui, pour leur santé, viennent se réfugier dans un lieu climatisé ; de même que des personnes à la rue qui risquent leur vie sous cette chaleur. En tant que bibliothécaires, nous travaillons dans le seul service public accessible à toutes et tous, sans condition. Nous sommes en première ligne pour observer les évolutions de la société. Et là, ce que nous ressentons, c'est l'explosion du nombre de personnes en situation de grande précarité qui fréquentent la médiathèque.

Aujourd'hui, en pleine période de canicule comme durant les périodes de grand froid, nous voyons les conséquences de la crise climatique pour des milliers, voire des millions de personnes. J'ai des dizaines d'exemples de discussions avec des usagers qui m'ont raconté leur calvaire depuis le début de la canicule : ce vieux monsieur qui me confie qu'il est « obligé de venir ici pour échapper à [son] appartement » : « C'est une passoire thermique. J'ai des problèmes de circulation, je ne sais pas quoi faire. Aucune structure de l'État ne m'aide, on me propose juste de mettre des serviettes sur la nuque. J'ai travaillé toute ma vie et on me dit ça à 80 ans. » Un travailleur du BTP me dit : « Je viens ici une heure ou deux après ma journée pour respirer avant d'aller chercher les enfants. Je bosse sous 40 degrés puis je rentre dans un logement à 35 degrés. Avec mes crédits, je ne peux même pas m'acheter une clim. »

Je pourrais citer d'autres témoignages. Ils disent la même chose : la chaleur aggrave la précarité.

Autre conséquence, plus invisible mais tout aussi grave : la canicule détériore la santé mentale. La chaleur augmente le risque de décompensation chez les personnes qui souffrent de dépression, de troubles bipolaires ou de schizophrénie, alors que les hôpitaux n'arrivent plus à absorber l'afflux de patients lié aux vagues de chaleur. À cela s'ajoute le manque de moyens pour conserver les médicaments à la bonne température, ce qui aggrave des pathologies déjà fragiles. Ce sont les oubliés de la canicule.

Dans notre établissement, les décompensations deviennent plus fréquentes et cela se traduit parfois par des violences envers les agents. Pourtant, loin des discours sur « l'ensauvagement de la société », l'origine de cette situation est claire : la destruction des services publics. L'augmentation de la misère sociale est le produit des politiques d'austérité, celles qui ont affaibli les services sociaux, la santé, la psychiatrie, les CCAS. De droite comme de gauche, les collectivités ont participé à ce grand démantèlement. Comme durant la COVID, je vois les conséquences de l'austérité et des politiques de l'État. Ils s'étonnent aujourd'hui de la canicule et sont incapables de proposer des solutions à la hauteur de la crise, alors que ce sont eux les architectes de la destruction des services publics, qui sert à financer la course à la militarisation.

Pendant que je vois la misère au quotidien, je dois en plus entendre des éditorialistes bourgeois comme Charles Consigny dire qu'on vit « une époque de fragiles ». Le patronat et l'État vont dans le même sens en affirmant qu'« on ne va pas mettre le pays à l'arrêt pour 30 degrés ». Tout cela pour continuer à engranger des profits. Tous ces gens nous crachent à la figure. Tout cela doit cesser, pour nos familles, nos collègues et nos usagers. C'est nous qui faisons tourner les services publics et la production ; il est temps de leur rappeler et de prendre ce qui nous est dû pour vivre enfin décemment.

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