L'hôpital au bord de la rupture : le gouvernement est responsable, imposons une réponse par en bas
Fri, 26 Jun 2026 22:00:57 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalHôpitaux saturés, appels au SAMU doublés, locaux hospitaliers non climatisés : la canicule révèle une nouvelle fois l'état d'un système de santé exsangue, après des années de casse de l'hôpital public, aggravées sous Macron. Face à cette crise, rien à attendre du gouvernement : seule une réponse par en bas permettra d'imposer un programme d'urgence pour l'hôpital public.

L'information est tombée ce jeudi 25 juin : une première personne serait morte de la canicule dans sa chambre d'hôpital. Une mort tragique qui révèle l'enfer que vivent des millions de patients dans l'hôpital public et le manque criant d'adaptation d'un système totalement impréparé, conséquence de décennies de casse des services publics.
Le systèmes hospitalier en surchauffe
Ce décès, dû à l'inadaptation des hôpitaux aux fortes chaleurs, survient après plusieurs jours de conditions extrêmes dans les établissements hospitaliers français. D'après les informations rapportées par des travailleurs du SAMU, le nombre d'appels reçus aurait bondi d'entre 50% et 100%. La fréquentation des urgences aurait quant à elle grimpé de 80% et le taux d'admissions de personnes de plus de 75 ans aurait été multiplié par 3. Le tout sur fond d'une multiplication par 5 des arrêts cardiaques (notamment chez des personnes jeunes), par 6 des décompensations de maladies chroniques et par 7 des crises d'hyperthermie [1].
Face à cette crise sanitaire, les hôpitaux sont une nouvelle fois bien loin de disposer des moyens d'encaisser le choc. Ce vendredi 26 juin, les autorités gouvernementales évoquent d'ores et déjà des services hospitaliers « saturés » dans lesquels le nombre de lits ne suffit déjà plus à accueillir toutes celles et ceux qui en auraient besoin. Une situation qui va selon toute vraisemblance s'aggraver encore dans les prochains jours, alors que les spécialistes mettent en garde contre le décalage temporel de plusieurs jours qu'il existe systématiquement entre les vagues de chaleur et les hospitalisations.
Même pour les patients qui parviennent à obtenir une chambre, la situation est souvent intenable, comme en témoigne le premier décès en chambre d'hôpital attribué à la canicule survenue cette semaine. Près de la moitié des locaux hospitaliers seraient dépourvus de climatisation, tandis que dans de nombreuses ambulances les températures dépassent les 40°C. Dans plusieurs chambres de patients, elles atteignent 35°C. En sous-effectif chronique, les soignants subissent une double peine : une charge de travail alourdie et des conditions éprouvantes, avec des températures parfois dangereuses. Dans certains établissements, des solutions de fortune sont mises en place pour tenter de limiter les effets de la chaleur, rappelant les improvisations observées durant la crise du Covid.
La politique criminelle des gouvernements Macron
Face à cette situation qui ouvre la crise du système de santé la plus grave depuis le Covid, le gouvernement mime une « gestion de crise » et joue surtout la montre. Si Sébastien Lecornu a déclenché le niveau 3 du dispositif Orsan, qui prévoit « de renforcer les effectifs hospitaliers », « la coordination entre les hôpitaux, la médecine de ville, les cliniques et le secteur médico-social » et « d'adapter les activités hospitalières afin de garantir la prise en charge des conséquences de la canicule, avec des déprogrammations ciblées d'interventions non urgentes lorsque cela est nécessaire », le plan ne convainc pas les hospitaliers. Non seulement la mesure arrive tardivement, au moment critique, mais elle ne répond en rien au manque structurel de moyens de l'hôpital public comme le dénonce la CGT Santé.
Si le gouvernement commence à s'agiter, il est pourtant le principal responsable de la crise actuelle, aux côtés de ceux qui ont contribué à aggraver la situation de l'hôpital avec le budget austéritaire 2026. Cette responsabilité est d'autant plus grave qu'elle fait suite à une pandémie mondiale, qui avait mis le système hospitalier sous pression comme jamais auparavant et révélé de manière criante l'impact de la casse du système hospitalier. C'est donc bien une politique criminelle qu'ont mené les gouvernements Macron en continuant à supprimer les lits et en poursuivant des politiques austéritaires contre l'hôpital public.
Alors que l'hôpital public est déjà en temps normal à bout de souffle, privé de ressources à hauteur de ses besoins et tenu à bouts de bras par des travailleurs surexploités au bord du burn-out, chaque crise menace tout le système d'effondrement. Si l'on n'atteint pas encore le niveau de débordement des épisodes les plus aigus du Covid, la crise actuelle du système de santé alimente la crise sanitaire et illustre une nouvelle fois les conséquences désastreuses de la casse du service public hospitalier.
Il faut une réponse par en bas, ouvrière et radicale
Face à cette nouvelle crise, le gouvernement apparaît surtout préoccupé par ses effets potentiels sur l'économie et les profits du patronat plutôt que par notre santé et nos vies. Ses réponses en témoignent : d'un côté, il annule la marche des fiertés et des festivals, interdit la vente d'alcool et met en cause le rôle des « comportements individuels » dans la situation ; de l'autre, le ministre du Travail refuse toute interruption de la production en affirmant : « On ne va pas mettre le pays à l'arrêt. » Comme lors de la crise du Covid, l'État montre une nouvelle fois qu'il n'y a rien à attendre du gouvernement.
Alors que les situations de canicules vont continuer de se multiplier et que les alertes sur les risques de nouvelles pandémies - comme avec l'Hantavirus ou Ebola - s'accumulent, il y a urgence à apporter une solution à la situation de délabrement critique de notre hôpital public, sans attendre ni 2027, ni que le patronat deviennent miraculeusement altruiste.
Face à l'urgence sanitaire qui concerne l'ensemble des travailleurs, de la jeunesse, des retraités et des classes populaires, il y a urgence à prendre nos affaires en mains. Il faut dès à présent exiger un vaste plan d'urgence pour l'hôpital public, qui se traduise notamment par une hausse massive et immédiate des moyens, par l'embauche immédiate de milliers de soignants, par l'installation de climatisations ou d'équivalents dans 100% des locaux hospitaliers, par l'acquisition de dizaines de milliers de lits supplémentaires, etc. Le tout financé directement sur les profits du patronat et géré non selon le bon vouloir de représentants de l'Etat mais directement et sous le contrôle des travailleurs et des usagers.
Pour arracher de telles avancées, le mouvement ouvrier a un rôle déterminant à jouer. Dans ce cadre, la CGT devrait se mettre à la tête d'un véritable plan d'action face à la crise sanitaire et climatique actuelle, en cessant de placer ses illusions dans le dialogue avec le gouvernement. En ce sens, les premiers appels à la grève, comme celui de la CGT Stellantis à Mulhouse, montre la voie. Dans ce cadre, les syndicats de la santé ont un rôle primordial à jouer, en s'appuyant sur l'expérience et la résilience accumulées par les travailleurs du secteur ces dernières années, notamment pendant le Covid. En effet, seule une réponse ouvrière et populaire, construite par en bas, est à même d'imposer un plan à la hauteur de la crise en cours.
[1] Les « coups de chaud », c'est-à-dire des températures corporelles supérieures à 40°C qui se traduisent par des défaillances d'organes).