36 milliards de plus pour l'armée : les parlementaires entérinent le texte en Commission mixte paritaire
Fri, 26 Jun 2026 22:02:53 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe 23 juin, sénateurs et députés ont voté en Commission mixte paritaire la hausse de 36 milliards d'euros supplémentaires pour le budget militaire d'ici 2030. Une nouvelle accélération du réarmement et un consensus de fond entre la droite, le macronisme et la gauche institutionnelle.

Ce mardi 23 juin, sénateurs et députés se sont accordés en Commission mixte paritaire (CMP) sur un « compromis » à propos de la Loi de programmation militaire (LPM). Alors qu'en mai dernier, l'Assemblée nationale avait voté une hausse de 36 milliards d'euros pour le budget militaire, les sénateurs Les Républicains (LR) avaient surenchéri en proposant une augmentation de 50 milliards d'euros du budget militaire d'ici à 2030, avant que la proposition soit retoquée au Sénat.
Une nouvelle accélération de la militarisation
La Commission mixte paritaire a finalement validé la hausse du budget de 36 milliards d'euros, poussant le total des dépenses prévues pour l'armement de l'État français à 436 milliards d'euros entre 2024 et 2030. Le texte issu de la CMP reprend également plusieurs revendications de la droite. Ainsi, 1,2 milliard d'euros de dépenses initialement prévues pour 2029 et 2030 seront avancées à 2028. Une mesure qui vise à accélérer encore le rythme du réarmement et les profits des industriels de la guerre. Elle acte ainsi de nouvelles augmentations des crédits militaires lors des prochains exercices budgétaires.
En outre, les parlementaires ont prévu de mieux compenser les « surcoûts liés aux opérations extérieures ». Derrière cette formule technocratique, il s'agit de faire en sorte que les coûts des interventions militaires françaises à l'étranger ne pèsent plus sur les crédits des armées et qu'elle soit ainsi financé par des fonds extérieurs au budget de la défense.
Pour une partie des Républicains, cette nouvelle étape dans le financement de la militarisation impérialiste demeure cependant insuffisante. En effet, le sénateur LR Cédric Perrin regrette que les 50 milliards supplémentaires proposés par le Sénat n'aient pas été retenus et estime ainsi que l'accord ne fait que « reporter le problème ». Derrière les débats budgétaires se dessine un consensus de fond : consacrer davantage de ressources publiques au réarmement, en coupant les moyens dans les services publics et les besoins sociaux, afin de renforcer les capacités de projection de l'impérialisme français dans une situation internationale de plus en plus convulsive marquée par l'exacerbation des dynamiques de concurrence entre grandes puissances. De son côté, le Parti socialiste (PS), qui s'est déjà présenté comme un grand défenseur de la hausse de 36 milliards d'euros des budgets militaires, décrit ces amendements comme des « ajustements budgétaires nécessaires ».
Quant à l'extrême droite, elle s'est abstenue en arguant qu'il s'agit d'« une LPM de transition, pas à la hauteur, qui ne compte que pour les quelques mois qui viennent » selon les mots du député RN Laurent Jacobelli. Au-delà de sa volonté d'aller beaucoup plus loin dans le réarmement, elle a également motivé son refus en raison de formulations qui laissent ouvertes la possibilité de lancer des projets de développement d'un nouvel avions de combat avec d'autres États européens.
Cette fuite en avant militariste, qui fait consensus de l'extrême droite à la gauche institutionnelle, ne profite pas seulement aux états-majors. Elle constitue également une manne pour les industriels de l'armement. Relocalisation de la production de munitions, multiplication des commandes de missiles et de drones, investissements dans le spatial militaire, l'intelligence artificielle ou les systèmes de défense : l'ensemble de la stratégie de « réarmement » repose sur des transferts massifs d'argent public vers les grands groupes du secteur. Dassault, Thales, Safran, Naval Group, MBDA ou KNDS figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette politique.
Cette nouvelle LPM constitue ainsi un enjeu central pour les classes dominantes françaises alors que la centralité militaire française en Europe commence à être contestée par l'Allemagne. Sur fond de crise de son modèle économique, celle-ci cherche en effet à se doter de la « meilleure armée conventionnelle » en Europe. Dans un document stratégique inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'impérialisme allemand affirme ainsi son intention de renouer avec une approche « interventionniste », en calquant son armée sur le modèle expéditionnaire français. Cette nouvelle rivalité fait signe vers le climat ultra-réactionnaire qui règne en Europe, alors que la crise stratégique de l'impérialisme étasunien inquiète les principaux bénéficiaires du parapluie nord-américain et que les classes dominantes européennes cherchent à renforcer leur poids géopolitique, notamment pour défendre leurs intérêts réactionnaires dans la guerre en Ukraine et partout sur la planète.
Face au consensus militariste, quelle opposition ?
Du côté de la France insoumise, les députés « voteront contre » selon Le Monde, qui rapporte les propos d'Aurélien Saintoul. Mais cette opposition demeure profondément ambiguë. En effet, si LFI s'oppose, c'est qu'elle considère « que le texte ne répond pas sur le fond aux besoins d'un nouveau modèle d'armée ». Très loin de s'opposer au réarmement, LFI milite surtout pour une transformation de l'armée, en appelant à la fois à moderniser ses équipements tout en lui donnant une dimension plus massive. Déjà lors du vote du budget 2025, qui prévoyait une hausse de 7 milliards du budget de l'armée, LFI avait voté contre au nom de l'insuffisance de l'enveloppe dédiée au réarmement.
Si LFI veut accélérer l'acquisition de nouveaux équipements (avion de chasse nouvelle génération, dronisation, amélioration des systèmes radars, recherche quantique) pour pallier des « insuffisances » dans certains domaines, elle aspire surtout à donner plus de masse à l'armée française, pour affronter « la guerre larvée contemporaine qui domine les relations internationales » dans laquelle « nos amis sont en même temps des compétiteurs et nos rivaux », selon les termes du livret défense publié pendant l'élection présidentielle de 2022.
Dans le même texte, LFI note que « le modèle expéditionnaire qui a prévalu ces vingt dernières années ne répond pas à l'objectif de protection de la souveraineté de notre pays sur la totalité de son territoire, en particulier de notre domaine maritime ». Appelant à se « méfier de tout solutionnisme technologique », le programme de LFI défend ainsi une massification limitée de l'armée, exemplairement illustrée par la volonté de créer « une conscription citoyenne obligatoire, socle d'une Garde nationale citoyenne », d'une durée de 9 mois, et centrée sur des objectifs militaires, en intégrant « une formation militaire initiale […] au maniement des armes et aux manœuvres ».
Comme à son habitude, LFI justifie cette adaptation à l'impérialisme français en arguant que le renforcement de l'armée française vise à défendre la paix et un « monde ordonné », fondé sur le droit international et l'ONU. Invoquant les droits de l'homme, la République et la grandeur de la France sur les « cinq continents », LFI tente de présenter le réarmement français comme une politique qui sert « l'intérêt général humain ». Mais derrière ces euphémismes commodes, qui repeignent en blanc l'impérialisme français, sa 9ᵉ armée du monde, ses colonies et sa place réservée dans toutes les grandes institutions impérialistes de la planète, il s'agit plus banalement de défendre les intérêts de ses capitalistes, de ses multinationales et de son industrie d'armement, complice du génocide à Gaza, face à de potentiels rivaux sur la scène internationale.
Face à l'aggravation des tensions internationales et alors que l'impérialisme français se réarme pour défendre ses intérêts réactionnaires aux quatre coins de la planète, il n'y a pas de place pour une opposition aux budgets militaristes qui joue la surenchère sur le terrain guerrier. Les classes dominantes nous mènent à la catastrophe, comme à chaque fois que l'Europe s'est réarmée : face au retour brutal de ces tendances, il faut construire un mouvement anti-guerre et anti-impérialiste, qui ne nourrit aucune illusion dans l'État français, et qui se montre intransigeant avec les politiques mortifères du patronat, de l'armée et des élites politiques. La mobilisation de milliers de jeunes en Allemagne contre le retour du service militaire ou les grèves générales antimilitaristes et anticoloniales en Italie montre la voie pour lutter contre ces tendances réactionnaires. Dans cette situation, il faut exiger le retrait total du budget 2026 et de la LPM, la redirection des crédits de l'armée vers les services publics jusqu'au dernier centime et la reconversion civile des sites de production d'armement, sous le contrôle des travailleurs : pas un euro, pas une vie pour leurs guerres !