L'État interdit la Pride sous prétexte de canicule : un précédent dangereux pour le droit de manifester
Fri, 26 Jun 2026 22:08:45 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalInstrumentalisant la crise climatique et la canicule dont il est lui-même responsable, l'État a interdit aujourd'hui la tenue de la Marche des fiertés de Paris. Un précédent dangereux qui laisse l'État arbitrer la tenue ou non des manifestations politiques.

Ce vendredi 26 juin, le préfet de police de Paris a « demandé aux organisateurs » de la Marche des fiertés d'annuler la manifestation qui devait se tenir ce samedi le 27 juin, en invoquant la « canicule exceptionnelle qui dure depuis le 21 juin ». Dans son communiqué de presse, le préfet ajoute que si les organisateurs ne consentent pas à l'annulation de leur évènement, il l'interdirait par arrêté. L'Inter-LGBT, qui organise la Pride de Paris, a annoncé dans la foulée le report de la marche à une date pour l'instant inconnue en automne.
Un précédent dangereux
Cette décision de l'État constitue une atteinte inquiétante contre le droit de manifester. Alors que l'Inter-LGBT a déclaré dans la presse d'avoir préparé en collaboration avec la Mairie de Paris un dispositif contre la chaleur, la préfecture a tout de même pris la décision d'annuler la marche, tout comme le festival Solidays dédié à la récolte de fonds pour la lutte contre l'épidémie VIH/Sida.
Le timing de l'annulation interroge. Début semaine, le média Problematik révélait que le président de l'association Alexandre Schon avait été convoqué en mars dernier par la Direction de la police judiciaire pour des « pour des faits de provocation publique et directe non suivie d'effet à commettre une atteinte volontaire à la vie ou à l'intégrité de la personne commis le 03/06/2025 dans le cyberespace » en lien avec une affiche d'appel à la Marche des fiertés 2025 qui mettait l'accent sur la lutte contre l'extrême droite. Fin semaine, le préfet annonce l'annulation de l'édition de 2026.
Avec cette interdiction, l'État français franchit en réalité un nouveau cap. Il s'arroge le droit de décider de la tenue des manifestations politiques dans des conditions météorologiques extraordinaires. Pourtant, dans le contexte d'une crise climatique qui ne cesse de s'aggraver en raison des politiques écocides menées par l'État et les grandes entreprises depuis des décennies, l'État aura de multiples occasions d'invoquer de tels prétextes pour empêcher la tenue de différentes manifestations.
Surtout, cette décision n'a rien d'anodine, puisqu'elle intervient après toute une série d'attaques de la police et de l'État contre la liberté de manifester des mouvements féministes et LGBTI : des offensives répétées qui visaient par exemple à imposer la présence de l'extrême droite et des soutiens d'Israël lors des marches du 8 mars et du 22 novembre à la tentative de la préfecture de police de Paris d'interdire la marche féministe du 7 mars 2025, en raison de la présence de collectifs soutenant la cause palestinienne. Encore récemment, l'État a réprimé le cortège pour la Palestine au sein de la Pride de Montpellier et l'a exfiltré de la manifestation.
Comme l'explique la militante du collectif féministe et LGBTI Du Pain et Des Roses Sasha Yaropolskaya, « la décision de maintenir ou non la marche dans les conditions de la canicule doit revenir aux collectifs qui s'apprêtent à manifester, pas à l'Etat qui nous réprime et qui joue un rôle central dans la destruction du climat. Ce n'est pas possible de comparer la décision des organisateurs des Prides à Lyon et à Marseille de reporter leurs marches, et la situation à Paris, où c'est le préfet qui met l'Inter-LGBT devant le fait accompli. Il faut le dire clairement : l'État n'a pas à s'immiscer dans nos luttes ! »
Le deux poids deux mesures face à la crise climatique
En effet, si les très fortes chaleurs constituent évidemment des risques pour la santé des travailleurs, de la jeunesse, des retraités et des classes populaires et s'il est nécessaire que les organisateurs de diverses manifestations en tiennent compte pour adapter des parcours et des horaires des manifestations, l'intervention directe de l'État est aussi autoritaire qu'hypocrite.
Alors que le gouvernement fait l'autruche face aux conséquences de la canicule et que le système de santé est saturé, rappelant de manière sinistre la situation qui prévalait pendant le Covid-19, il est pourtant le principal responsable de la situation en cours. Alors que la préfecture de police fait appel à l'excuse d'un « risque élevé de sur-sollicitation du dispositif sanitaire », l'État qui a méthodiquement détruit le système de santé en imposant des milliards de coupes austéritaires et la fermeture de lits par milliers à l'hôpital public.
Alors qu'il interdit des évènements politiques pour des motifs de santé public, l'État met dans le même temps en danger la santé de millions de travailleurs qui n'ont le droit qu'au mépris de classe du gouvernement. Le ministre du Travail et ancien président de la SNCF est même allé sur RTL pour expliquer que la canicule ne justifiait pas « de mettre le pays à l'arrêt » alors même que les conditions de travail sont devenues insoutenables dans de très nombreuses entreprises, notamment dans les transports ou sur les chaînes de production automobiles.
Le gouvernement français ne se soucie à aucun moment du bien-être de la population face à la crise climatique mais plutôt du maintien des profits du patronat. Tandis qu'il maintient les activités non essentielles, refuse de modifier les conditions de travail et de diminuer le temps de travail, les travailleurs meurent sur leurs lieux de travail, s'épuisent dans des conditions insupportables ou sont retrouvés morts chez eux. En outre, l'État français n'est pas en reste lorsqu'il s'agit de son bilan écocidaire. Il est directement responsable du dérèglement climatique, à travers son soutien matériel et actif à de grandes entreprises comme Total, Airbus et d'autres mais aussi à son implication dans des guerres et des génocides comme celui à Gaza. Face à la crise, ce qu'il finit par sacrifier, c'est une marche revendicative pour les droits LGBTI, jamais les intérêts du grand patronat.
Le mouvement LGBT n'a rien à attendre de cet État réactionnaire et écocide qui détruit les conditions de vie des travailleurs, et qui utilise chaque occasion qu'il a pour réprimer les manifestations politiques. La lutte féministe et LGBTI doit se construire en toute indépendance de l'État qui cherche à prendre contrôle de notre mouvement mais aussi contre le système capitaliste responsable de la crise climatique en cours. Près de six décennies après les révoltes de Stonewall, l'heure est de redonner à la Pride et au mouvement LGBTI la combativité et la radicalité qui animaient ses origines.