« On ne va pas mettre le pays à l'arrêt » : le ministre du Travail au secours du patronat en pleine canicule
Thu, 25 Jun 2026 18:27:17 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalMercredi 24 juin, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a exprimé son mépris à l'égard des centaines de milliers de personnes qui travaillent et se mettent en danger en pleine canicule. Tandis que le gouvernement s'affiche ouvertement en défense des intérêts patronaux, il y a urgence à opposer une réponse ouvrière à la hauteur.

Ce mercredi 24 juin, au micro de RTL, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou n'avait qu'un objectif en tête : justifier par tous les moyens possibles qu'il faut « permettre à l'économie de fonctionner » malgré la chaleur. En d'autres termes, non seulement le gouvernement propose des mesures cosmétiques, mais il affiche son plein soutien au patronat en l'encourageant à ne surtout pas arrêter le travail.
Alors que le journaliste l'interroge sur la possibilité de fixer une température maximale au-dessus de laquelle il ne serait pas possible d'aller travailler, Jean-Pierre Farandou répond : « Le fixer à quel niveau ? S'il est trop bas, on arrêterait la France ! (…) On ne va pas mettre le pays à l'arrêt parce qu'il fait 30 degrés, ça ne marche pas ». En plus de minimiser la gravité de la situation, avec des chaleurs qui dépassent 40°C dans de nombreux endroits en France, le ministre affiche son indifférence quant à la santé et aux conditions de travail des personnes vivant en France.
« On est en train de découvrir que nous sommes devenus un pays européen chaud comme l'Espagne ou la Grèce » a-t-il déclaré, minimisant ainsi directement la responsabilité des gouvernements successifs et des multinationales dans la crise climatique. Selon lui, il faut « s'habituer et prendre en compte le fait que de juin à septembre, on aura des épisodes de chaleur important ». Dans ce contexte, la priorité est que l'économie continue de fonctionner : « Nous devons adapter les conditions de travail pour que les salariés puissent continuer à produire ».
Pour ce faire, Jean-Pierre Farandou renvoie à la « responsabilité des employeurs », et à un décret datant de l'année dernière qui oblige les entreprises à adapter leurs conditions de travail au niveau de vigilance du territoire. Une politique qui ne peut qu'encourager le patronat à poursuivre dans la même voie. Des déclarations sans effet, destinées à faire passer la pilule, mais surtout à nous imposer de travailler quel qu'en soit le coût. On le sait : les entreprises trancheront toujours en faveur de leurs profits plutôt que de nos vies. Non seulement celles-ci sont les premières responsables de la crise climatique, mais elles n'hésitent pas à faire travailler leurs salariés jusqu'à la mort, comme c'est le cas de cet homme mort à 19 ans par hyperthermie, pour avoir travaillé sur un toit.
Concernant la pertinence du congé climatique, proposé par Europe Écologie les Verts, sa réponse a été sans détours, affirmant que ce n'était « pas la solution », dans la droite lignée du président de la Banque de France, ou des déclarations de Patrick Martin du MEDEF, qui expliquait, en marge d'une conférence de presse : « Même si les canicules sont éprouvantes pour les personnes, avant même de l'être pour l'économie, (ce serait) un cercle vicieux ».
Les propos scandaleux de Jean-Pierre Farandou illustrent la politique actuelle du gouvernement face à la canicule : faire l'autruche, renvoyer à la responsabilité individuelle et, surtout, défendre coûte que coûte les profits du patronat. Et si le gouvernement met en scène une prétendue gestion de crise en évoquant des mesures symboliques comme la « suppression des vacances des ministres », cela sert avant tout à faire passer la pilule. Pendant ce temps, les travailleurs se retrouvent en première ligne face à la crise, contraints de continuer à travailler dans des conditions parfois dangereuses, au risque de leur santé. Une fois encore, ce sont eux qui supportent les conséquences d'un système où la préservation des profits passe avant la protection des vies. La décision scandaleuse du ministère de l'Éducation nationale de maintenir les épreuves du brevet de ce 26 juin jusqu'au 30 juin s'inscrit dans cette même logique.
Alors que la classe politique et le patronat sont en train de voir comment continuer à faire fonctionner la société à la « normale » pour éviter un décrochage économique de la France et de ses patrons, il faut réaffirmer qu'aucune confiance ne peut être accordée au gouvernement. Pour imposer un plan d'urgence, il faudra faire payer le patronat pour rénover le bâti scolaire, pour améliorer l'isolation dans les logements, les hôpitaux, et les transports. Il faut imposer par en bas la baisse des cadences de travail, la diminution du temps de travail ou encore un aménagement de sites de production adapté aux fortes chaleurs, mais aussi, en cas de nécessité, l'arrêt de la production non essentielle.
Crédits photo : Capture d'écran RTL