Retour

Double séisme au Venezuela : les classes populaires en première ligne de la catastrophe

Thu, 25 Jun 2026 21:57:41 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Dans la nuit du 24 juin, deux séismes consécutifs de magnitude 7,2 et 7,5 ont ébranlé le nord du Venezuela. Le bilan humain pourrait représenter des dizaines de milliers de personnes. Alors que le pays subit les conséquences du blocus et des sanctions imposées par les États-Unis, sa capacité à faire face à la catastrophe est limitée.

Au Venezuela, la terre a tremblé deux fois en moins d'une minute. Une première secousse de magnitude 7,2 est survenue à 18h04, heure locale, à une profondeur de 21,9 km, à environ 200 km à l'ouest de Caracas, suivie d'une deuxième de magnitude 7,5 à 10 km de profondeur, enregistrée 39 secondes plus tard à 45 km de là, puis d'une vingtaine de répliques.

Le bilan officiel s'élève, pour l'instant, à au moins 164 morts et plus de 1000 blessés. Mais le Service géologique des États-Unis (USGS) a publié un rapport dans lequel il estime à 42 % la probabilité que le nombre de victimes des tremblements de terre se situe entre 10 000 et 100 000, principalement dans la capitale et à La Guaira, région côtière proche et la plus sévèrement touchée. L'aéroport international de Caracas, particulièrement endommagé, a été fermé. Les autorités vénézuéliennes ont coupé l'alimentation en gaz et font face à des pannes d'électricité dans la capitale. La secousse s'est même ressenti jusqu'à Bogotá en Colombie. L'état d'urgence nationale a été décrété. Les images qui parviennent montrent des façades éventrées, des blocs de béton effondrés sur la chaussée, des familles entières à la rue dans une chaleur étouffante.

Une catastrophe sociale approfondie par la crise

Comme le souligne la Izquierda Diario Venezuela, membre du réseau international de journaux dont fait partie RP, le problème n'est pas seulement la magnitude du séisme, mais les conditions dans lesquelles il frappe. Les impacts du désastre se concentrent dans les secteurs les plus pauvres, là où la dégradation urbaine et la précarisation des conditions de vie s'accumulent depuis des années.

Les données de l'Enquête Nationale sur les conditions de vie au Venezuela (ENCOVI) en 2025 sont accablantes : environ 68,5 % des foyers vivent en situation de pauvreté, et près d'un tiers en pauvreté extrême. Plus de la moitié de la population affronte une pauvreté multidimensionnelle associée non seulement aux revenus, mais aussi à des carences en logement, emploi, santé, éducation et services de base.

Des millions de familles travailleuses survivaient déjà avec des revenus insuffisants, des services publics dégradés et d'énormes difficultés pour accéder à un logement sécurisé. Une minorité seulement des foyers disposait d'une alimentation en eau continue. Dans ces conditions, une urgence naturelle n'affecte pas également l'ensemble de la population : ceux qui vivent dans la précarité font face à des risques plus élevés, une capacité d'évacuation moindre et davantage d'obstacles pour reconstruire leur vie. La vulnérabilité n'a pas surgit pas avec le tremblement de terre, il ne fait que la rendre visible.

Trump, le pompier pyromane

Difficile de ne pas être saisi par un certain cynisme face aux déclarations de Washington. Donald Trump a affirmé que « les États-Unis sont prêts et disposés » à venir en aide au Venezuela, qualifiant les Vénézuéliens de « formidable peuple » et a même ajouté : « Nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis ».

Des propos profondément hypocrites alors que le 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené des frappes militaires contre le Venezuela et capturé le président Nicolás Maduro. Les bombardements ont touché des zones résidentielles dans la capitale, ainsi que dans les États de Miranda, d'Aragua et de La Guaira. C'est cette dernière région qui est précisément la plus dévastée par le séisme d'aujourd'hui. Trump propose désormais d'offrir une aide humanitaire à un pays qu'il a bombardé et dont il a kidnappé son président.

C'est la même logique impérialiste qui dévaste, puis qui « aide », conditionnant son assistance à des intérêts géopolitiques et économiques bien précis, dans le contexte d'une recomposition du Venezuela soumis aux intérêts de Washington. Le visage humanitaire affiché s'inscrit donc dans le cadre de la soumission du pays à l'impérialisme et fonctionne comme un instrument de pression, non comme un acte de solidarité.

Une solidarité de classe face à la catastrophe

Dans un pays en proie depuis des années à une crise économique et subissant de plein fouet les conséquences du blocus et des sanctions imposées par les États-Unis, la capacité à faire face à des situations d'urgence de cette ampleur est fortement limitée. C'est pourquoi le débat sur les opérations de sauvetage et la reconstruction qui s'ensuivra ne peut être dissocié des contraintes matérielles existantes, ni de la nécessité d'orienter les ressources allouées à l'urgence vers les besoins sociaux urgents de la population.

Face à cette tragédie, il faut faire preuve d'une solidarité sans faille envers les familles touchées et le peuple vénézuélien. Une aide immédiate est indispensable pour mener les opérations de sauvetage, soigner les blessés et soutenir ceux qui ont tout perdu. Mais parallèlement à cette urgence, il est nécessaire de dénoncer les conditions sociales qui transforment un phénomène naturel en une catastrophe majeure pour les classes populaires.

Car le séisme est imprévisible. Mais l'abandon de l'État, la précarité du logement et les inégalités sociales, dans un contexte de restrictions économiques et de pressions internationales qui amplifient ses conséquences, ne le sont pas.

Crédits photo : capture d'écran France 24

/ / / / / /