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Bolivie : Paz négocie avec le FMI et prépare de nouvelles attaques anti-ouvrières et anti-paysannes

Wed, 24 Jun 2026 21:49:28 CEST

Révolution Permanente

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Face à la colère ouvrière, paysanne, indigène et populaire, Rodrigo Paz a déclaré l'état d'exception en profitant de la trahison de la COB qui a passé un accord avec le gouvernement haï de la population. Mais derrière le discours de la « stabilisation » se prépare un plan d'ajustement, de répression et d'ouverture des ressources stratégiques boliviennes aux transnationales.

Alors que Paz a décrété l'état d'exception, en profitant de la porte de sortie inespérée que lui a fourni la Centrale ouvrière bolivienne, après qu'elle a trahi la mobilisation pour passer un accord vide avec le gouvernement pro-Trump haï par la population, Rodrigo Paz avance dans son offensive économique et se rapproche d'un accord avec le FMI. Mercredi 27 mai, Rodrigo Paz annonçait en effet que son gouvernement allait entamer des négociations avec le FMI autour d'un accord de financement d'environs 5 milliards de dollars pour la Bolivie.

Les rapports issus de ces réunions précisent le contenu de ce potentiel accord qui fait du pillage des ressources naturelles boliviennes par les capitaux impérialistes et de la soumission de la production nationale aux intérêts impérialistes comme une porte de sortie de la crise économique et sociale que traverse le pays depuis janvier.

Ces éléments sortent tout droit d'un rapport publié par le Growth Lab de Harvard, une sorte « Think Tank » universitaire spécialisé dans les politiques économiques. Growth Lab a produit une feuille de route économique destinée à rendre les secteurs stratégiques boliviens plus accessibles aux investisseurs privés et étrangers. Sous le vocabulaire technique du « déblocage » et de la « complexité économique » , il contribue à donner une légitimité académique à une offensive de restructuration néolibérale en présentant « des mesures visant à libérer le potentiel productif dans des secteurs stratégiques tels que les hydrocarbures et l'énergie, l'industrie minière, le lithium, l'agriculture et le tourisme. »

Le plan ainsi publié identifie comme principal blocage au développement minier la réglementation actuelle : c'est à dire la présence de l'État dans le secteur minier. En d'autres termes, le FMI et Paz veulent s'attaquer aux conquêtes successives du mouvement ouvrier, arrachées au cours d'une histoire de luttes des classes très intenses, de l'expropriation des mines, placées sous contrôle ouvrier, au lendemain de la révolution de 1952, à l'opposition ouvrière à la dictature de Barrientos et à la reprise des mines par la lutte sous le gouvernement militaire de Torres, en passant par les luttes des années 2000, comme la guerre du gaz et de l'eau.

Depuis sa fondation en 1944 suite aux accords de Bretton Woods, le FMI fonctionne en proposant des prêts économiques en échange de mesures politiques, de libéralisation des secteurs publics, de privatisation des ressources naturelles et d'attaques anti-ouvrières. L'objectif est de restructurer l'économie nationale selon les intérêts de l'impérialisme. Sa fonction véritable est d'éviter que des crises économiques et sociales ne mettent en péril les affaires des grandes multinationales.

Le gouvernement bolivien s'aligne avec des offensives potentielles de ce type, qui lui permettraient de montrer sa bonne volonté à l'égard de Washington tout en utilisant les fonds pour accorder d'éventuelles concessions partielles sous forme de subventions aux secteurs les plus touchés par la crise. Pour preuve, la nomination au ministère de la défense d'Ernesto Justiniano, ancien député podemos et très proche de la DEA, est un signe de plus de la volonté du gouvernement de se rapprocher des États-Unis pour trouver une issue à la crise sociale. Ce dernier n'a en effet pas attendu plus de dix jours après son entrée au gouvernement pour se rendre aux Etats-Unis discuter avec des fonctionnaires du gouvernement Trump et de la DEA.

Mais ces mesures pourraient cependant provoquer une nouvelle explosion sociale alors que le mouvement, malgré l'entrée en vigueur de l'état de siège et la mobilisation de l'armée pour débloquer les routes, n'a pas encore essuyé une défaite décisive. De fait, le rapport de forces n'est pas tranchée et les défaites du gouvernement, comme à San Julian, ont montré la capacité de résistance déterminée des masses. L'application du plan rédigé par Growth Lab impliquerait en effet d'imposer un ensemble de mesures austéritaires qui pourraient s'avérer encore plus violentes que celles qui, aujourd'hui, sont à l'origine de la colère du peuple bolivien.

Dans tous les cas, cette nouvelle offensive réactionnaire est inséparable des plans de Trump pour l'Amérique latine. Alors que l'administration Trump réactualise les postulats réactionnaires de la Doctrine Monroe et tente de restaurer l'influence et l'hégémonie des États-Unis en Amérique latine face aux « concurrents non-hémisphériques » de Washington, la mise sous tutelle financière des économies latino-américaines constitue un levier important de la stratégie étasunienne. En Bolivie, son nom concret est le FMI : une dette accordée à condition que le pays rouvre ses ressources minières et son lithium au capital transnational.

Alors que l'hégémonie américaine décline à l'échelle internationale – en témoigne la défaite militaire de Trump en Iran – cet accord serait aussi un moyen pour Washington de réaffirmer son contrôle sur l'arrière cour latino américaine. L'impérialisme étasunien cherche en effet à compenser son affaiblissement international par une nouvelle offensive sur l'Amérique Latine.

C'est pourquoi la mobilisation ouvrière, paysanne, indigène et populaire qui secoue la Bolivie depuis plusieurs mois porte déjà, dans les faits, des revendications profondément anti-impérialistes. Chaque barrage, chaque cabildo, chaque manifestation contre le gazolinazo, contre la vie chère, contre la répression et contre l'accord avec le FMI exprime un refus profond de faire payer la crise aux travailleurs, aux communautés paysannes et aux secteurs populaires pour garantir les profits des capitalistes boliviens et des puissances impérialistes.

Le renversement du gouvernement de Paz, le rejet de l'accord avec le FMI et la mise sous contrôle ouvrier et paysan des ressources naturelles constitueraient ainsi une nouvelle défaite avec le FMI. Après la trahison de la COB et la déclaration de l'état d'exception, c'est par la construction d'une direction politique en indépendance de classe, par la mobilisation et par l'unité ouvrière, paysanne, indigène et populaire que pourra s'ouvrir une véritable issue progressiste pour le peuple bolivien. Alors que le gouvernement menace de lancer de nouveaux massacres, tous nos regards doivent se tourner vers le peuple bolivien.

Une victoire de la rébellion bolivienne changerait la situation sur l'ensemble du continent en montrant qu'une contre-offensive ouvrière, paysanne, indigène et populaire contre l'austérité et le pillage impérialiste est capable de faire tomber tous les laquais de l'impérialisme de la région, de l'extrême droite en difficulté au Chili ou en Argentine, et les gouvernements dit « progressistes » qui regardent l'impérialisme avancer à Cuba ou au Venezuela sans rien faire.

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