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Un peu de clim face au réchauffement climatique ? Le RN ou l'écologie au service des patrons

Wed, 24 Jun 2026 22:08:04 CEST

Révolution Permanente

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Face aux conséquences dramatiques de la canicule qui frappe en ce moment la France, le RN brocarde son écologie sur les plateaux. Mais son « plan clim » trahit une écologie au service des patrons, exigeant l'adaptation des travailleurs pour mieux masquer les causes réelles de la crise climatique.

Ce mardi 23 juin était la journée la plus chaude jamais enregistrée en France, avec une température maximale moyenne de 38,2°C. Plus de 90% des Français ont été exposés à des chaleurs extrêmes. Un épisode caniculaire inédit qui frappe en premier lieu les plus précaires : travailleurs du BTP, chauffeurs, détenus, élèves du primaire et du secondaire… Mais le gouvernement ne cherche qu'à protéger les intérêts du patronat et à s'assurer que la société continue à fonctionner « normalement ».

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Dans ce contexte, nombreuses sont les voix qui s'élèvent pour pointer du doigt l'impréparation manifeste de l'exécutif et la faiblesse des mesures mises en place face à la vague de chaleur. C'est notamment le cas du Rassemblement national, qui s'est empressé de ressortir de ses cartons son « grand plan d'équipement pour la climatisation », mentionné initialement de manière anecdotique lors des épisodes caniculaires de l'été dernier.

Catastrophe climatique : le RN propose de mettre la clim'…

C'est peu de le dire, l'écologie n'a jamais été un cheval de bataille du parti de Marine Le Pen. Pire, le parti a longtemps surfé avec une rhétorique climato-sceptique, avant de récemment opérer un tournant face à l'évidence du réchauffement climatique – et dont la canicule actuelle est une des manifestations. Mais pas plus tard qu'en 2023, de nombreux cadres du parti raillaient allègrement le GIEC, dont le rapport annuel sur le changement climatique est le fruit d'un consensus scientifique incontestable dans ses éléments de diagnostic. « Catastrophe pour le moral déjà très bas des Français », « propagandistes [qui] ont un côté effrayant », « tendance à exagérer », « ayatollahs verts », ou encore « trop alarmiste » – ces derniers mots sont de Marine Le Pen, voilà les termes qu'employaient les membres du parti d'extrême droite pour décrire les scientifiques du GIEC.

Douce ironie (ou non), ce sont aujourd'hui ces mêmes rapports que citent les porte-paroles du parti de Jordan Bardella pour critiquer le gouvernement. Non pas qu'ils aient subitement ouvert les yeux sur la réalité de la crise climatique, évidemment, mais bel et bien par opportunisme politique pur et simple. Face l'impossibilité de nier le réchauffement climatique, ressenti dans leur chair par les millions de travailleurs et jeunes depuis plusieurs jours, le RN veut se positionner comme seul parti porteur d'une « voix raisonnable », d'une écologie de la « juste raison », pour reprendre les mots du député Laurent Jacobelli.

Mais à quoi peut donc bien ressembler cette « écologie de la juste raison » ? Les cadres du RN brandissent leur « grand plan d'équipement pour la climatisation », finançable par leur programme « 100 % Rénov' » (supposé remplacer le programme « MaPrimeRénov' » du gouvernement, jugé trop coûteux). En clair, un plan d'installation de climatisation financé avec 20 milliards d'euros de prêts, dont les intérêts seraient pris en charge par l'État, et conditionné ou non – les déclarations des membres du RN se contredisent sur le sujet – à un plan de rénovation énergétique plus large de l'habitation. Pour le financer, le parti de Jordan Bardella ne manque pas d'idées : suppression d'une partie du « fond vert » pour les collectivités, diminution d'un tiers des subventions allouées aux associations environnementales, ou encore démantèlement des agences de l'eau, de l'agence de la transition écologique (ADEME), ou de l'Office national de la biodiversité. Le vernis « écolo » du RN n'aura pas tenu bien longtemps.

Pour faire face aux conséquences humaines désastreuses de la canicule, la climatisation peut être un recours nécessaire, que ce soit pour les hôpitaux, les écoles où les travailleurs essentiels dont les lieux de travail deviennent parfois des fournaises. Mais en faire la panacée face à la catastrophe climatique signifie recourir à une solution qui produit autant de problèmes qu'elle n'en résout. De nombreuses études scientifiques ont depuis longtemps soulevé son impact environnemental néfaste : fuite de fluides et mauvais recyclage provoquent plus de 4,4 millions de tonnes de CO2 émises par an en France, alors que les rejets d'air chaud induisent une multiplication des phénomènes d'îlots de chaleur urbains. Mais surtout, les « solutions » apportées par le RN s'intègrent dans une rhétorique de « l'adaptation » sans jamais remettre en question, et c'est loin d'être une surprise, les causes structurelles du réchauffement climatique. Le tout pour mieux protéger les intérêts du grand patronat.

Le RN toujours un parti anti-écologie au service des patrons

Nul ne sera surpris d'apprendre que le RN s'est systématiquement opposé à tous les projets de loi menaçant, ne serait-ce qu'un peu, de contrevenir aux intérêts des grandes entreprises ou de l'industrie agro-alimentaire, ou constituant une avancée, même limitée, dans la protection de l'environnement. Il suffit de faire l'historique des positions du parti d'extrême droite au Parlement européen ou à l'Assemblée : détricotage de la loi luttant contre l'artificialisation des terres en 2022, volonté d'assouplir l'interdiction de location des passoires thermiques, initiative pour supprimer les zones à faibles émissions (ZFE), vote pour la déréglementation d'une nouvelle génération d'OGM en 2024, vote en faveur de la loi Duplomb en 2025… liste non exhaustive. Parce qu'il défendra toujours en dernière instance les intérêts du grand patronat, le RN ne peut donner son aval à quelque action, aussi minime soit-elle, en faveur de l'environnement, précisément parce qu'elle entrerait en contradiction avec les activités des grandes entreprises ou de l'agro-business, premières responsables du dérèglement climatique à l'œuvre.

C'est pour cette raison que le RN s'évertue à prôner l'ajustement individuel ou les solutions technologiques comme la climatisation face aux conséquences du réchauffement climatique. « Adaptons-nous, faisons en sorte que les conséquences sur le quotidien des gens soient moindres. […] L'être humain s'est adapté à tout », déclare avec aplomb Laurent Jacobelli sur France Info. S'adapter, pour mieux passer sous silence les responsables.

Et s'il faut se résigner à nommer des causes, elles sont toutes trouvées : la « mondialisation », qui est la « cause essentielle du dérèglement climatique », toujours selon le député de Moselle. Un discours qui s'inscrit dans une vision économique et écologique plus générale du RN : celle du localisme, terme qui sous la plume des anciens frontistes ne signifie rien d'autre que l'opposition à la « mondialisation » et la défense de la production et des intérêts « locaux », autrement dit « français ». Cette idéologie qui au fond n'est qu'une reformulation du nationalisme du RN, sert un double intérêt.

D'une part, donner un fondement pseudo-scientifique à leur rhétorique xénophobe. En 2019, l'ancien députée européen Hervé Juvin, promulgateur d'une « écologie identitaire » au sein du RN, expliquait sans filtre sur France Info : « Tout écologue sait bien qu'un système vivant complexe ne survit pas aux espèces invasives. […] Quand on est écolo, on fait en sorte qu'il n'y ait pas d'immigration ». Ou bien encore : « On ne répondra aux problèmes écologiques actuels qu'avec des États en pleine possession de leur territoire, qui contrôlent l'économie et leurs frontières ». Si depuis, Hervé Juvin a été écarté et que ce type de discours s'est raréfié chez les porte-paroles du RN, le « localisme » demeure bel et bien un principe structurant du discours pseudo-écologique du parti.

D'autre part, dénoncer la mondialisation permet de justifier la défense d'un protectionnisme économique, à travers le « [développement de] circuits courts [pour] lutter contre la concurrence déloyale » ou bien encore la remise en question des traités de libre-échange de l'Union européenne, mesure phare du RN. Nous avions déjà écrit par le passé sur ce « protectionnisme vert », une orientation qui entretient l'illusion de la possibilité de résoudre la crise écologique et sociale à partir du cadre national, tout en se soumettant en dernière instance aux intérêts du patronat national. Une orientation, notons-le, pleinement cohérente avec le caractère bourgeois et pro-patronal du Rassemblement national.

Ce caractère pro-patronal se ressent pleinement dans les interventions du RN sur l'épisode caniculaire de cette semaine. Laurent Jacobelli, dans la même interview, explique vouloir « de vraies mesures qui protègent la population, qui protègent notre économie ». De la même manière que le gouvernement cherche à s'assurer que la société continue à tourner – pour les intérêts patronaux, bien sûr –, le RN veut avant tout que la canicule ne vienne pas perturber le bon fonctionnement de l'économie nationale… Une aspiration qui transparaît à travers tout l'entretien. Lorsqu'il fustige « l'écologie dingo » et ceux qui « vont trop loin en disant : restez claquemurés chez vous, ne produisez plus, ne travaillez plus », en défendant « une voix raisonnable pour faire en sorte que la France produise ». Des propos tout simplement scandaleux alors qu'un ouvrier de 19 ans est décédé en mai dernier au travail, en pleine canicule

Le caractère profondément anti-travailleurs du RN n'est plus à démontrer. Maintes fois, le parti d'extrême droite a multiplié les gages en direction du patronat, poursuivant sa quête de respectabilité en vue des présidentielles 2027. Ses réactions à l'épisode de chaleur extrême qui frappe la France depuis plusieurs jours ne constitue qu'une preuve de plus de sa soumission aux intérêts des classes dominantes au mépris total de la protection la plus élémentaire des conditions de vie et de travail des classes populaires.

Les canicules à répétition soulèvent pourtant une question centrale : comment s'attaquer directement aux causes du dérèglement climatique ? Pour répondre à cette nécessité, nul autre choix que de s'attaquer de front aux intérêts de ceux qui profitent du productivisme effréné inhérent au système capitaliste, et qui nous conduit droit à la catastrophe. Aujourd'hui, face à cette l'urgence de la situation, il est nécessaire de lutter pour la baisse des cadences de travail, la diminution du temps de travail, et même l'arrêt de la production non essentielle. Au-delà, notre première revendication devrait être un large plan de rénovation du bâti scolaire et hospitalier, des bouilloires thermiques ou des transports, financé directement par les profits du patronat.

Crédits photo : Capture d'écran YouTube France Info.

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