« 40° dans les dortoirs » : au Mans, la canicule met en lumière le silence de la mairie socialiste face à l'urgence climatique
Wed, 24 Jun 2026 22:19:55 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalIsolation vétuste, élèves en difficulté, personnel épuisé… L'état des lieux des écoles au Mans en cette période de canicule est alarmant. Pourtant la mairie socialiste ne réagit pas à la hauteur des enjeux climatiques et de santé publique.

Le 19 juin dernier, des parents d'élèves du Mans ont lancé une pétition en ligne intitulée « Alerte rouge dans les écoles du Mans » afin de sommer la municipalité d'agir et d'investir rapidement et massivement pour des conditions d'accueil des élèves adaptées aux changements climatiques. Ils réclament « des mesures d'urgence pour limiter et dissiper la chaleur » ainsi que « des mesures de planification et de transparence pour les mois à venir ».
Isolation du bâti : Une alerte qui ne date pas d'hier
Alertée depuis plusieurs années par les enseignants et les parents d'élèves sur l'état du bâti et des équipements de régulation thermique, la mairie socialiste de Stéphane Le Foll ne répond pas par des mesures à la hauteur des enjeux de santé publique que ces conditions d'accueil génèrent.
A l'automne dernier déjà, plusieurs écoles dénonçaient des conditions d'accueil dégradées en raison de problèmes thermiques : « À l'école Éluard-Sablonnière, comme dans d'autres écoles, les températures oscillent entre 12 et 16 degrés depuis octobre, obligeant les enfants à travailler en manteau et en bonnet. » Devant le peu de prise en compte des demandes de chauffage, enseignants, élèves et parents d'élèves de cette école avaient alors investi l'hôtel de ville pour se faire entendre. Et cet exemple ne fait pas exception pour montrer l'insalubrité de certains bâtiments, puisqu'au même moment, plusieurs écoles mettaient en cause la municipalité pour son inaction face à la présence de nuisibles.
Sans surprise, les passoires thermiques d'hiver deviennent des fours en été. Avec les changements climatiques en cours, les difficultés augmentent et se généralisent, relevant le caractère systémique du problème.
Canicules : Quand l'exception devient la règle, la réponse doit être à la hauteur des enjeux !
Ce matin, devant l'école maternelle Berthe Hubert des quartiers Sud du Mans, une maman témoigne : « À 8h30, l'ATSEM de la classe de petite section de mon fils m'a dit qu'il faisait déjà 32° dans le dortoir, c'est à dire plus chaud qu'à l'extérieur ! Alors imaginez à 14h ? Ce bâtiment a des fenêtres partout et sans volet, c'est une véritable serre. Je vais devoir mettre mon enfant chez la nounou le reste de la semaine mais ça veut dire la payer ! Et comment vont faire les parents qui travaillent et qui n'ont pas de solution de repli : Faire le choix de mettre leur enfant à l'école dans un dortoir à plus de 40° avec des adultes en grande difficulté également, c'est honteux ! »
Enseignants, ATSEM, AESH, personnels des périscolaires, toutes et tous doivent gérer des enfants fatigués et énervés par la chaleur avec des moyens faibles ou inexistants, en étant eux même affaiblis par les conditions météorologiques. Car si les conditions de travail en temps normal sont déjà particulièrement difficiles dans les écoles (classes surchargées, personnels sous payés ou manquants), l'éducation nationale et les pouvoirs publics locaux ne prévoient pas de renforts en situation d'alerte rouge. Ces conditions d'accueil ne laissent alors plus aucune place aux apprentissages. Les personnels, dans des situations de stress intense, gèrent les enfants « en mode survie » : verres d'eau, limitation des mouvements, gestion des coups de chaud…
Depuis l'école voisine, une enseignante de primaire nous partage également ses difficultés : « Je suis épuisée, j'ai des maux de tête et la nausée. Mon état de santé, dûe aux fortes chaleurs continues, ne me permet pas d'assurer le bien-être des élèves et la communication avec les familles. Nous avons reçu de la part de la mairie deux ventilateurs et un rafraichisseur d'air pour toute l'école, ce qui est largement insuffisant. Nous n'avons aucun recoin de fraîcheur : minimum 35° l'après-midi dans les classes et jusqu'à 48° dans la cour goudronnée avec peu d'arbres. »
Un problème de santé publique délaissé par la municipalité
Fraîchement réélu pour son second mandat à la mairie du Mans et président de Le Mans Métropole, Stéphane Le Foll a fait campagne en mettant la jeunesse au centre de ses priorités. Pourtant il a démontré lors de son précédent mandat que sa priorité allait aux entreprises et aux événements vitrines et touristiques.
Cette inaction s'inscrit dans la continuité de la dynamique droitière du Préfet de la Sarthe qui a annoncé le non-report des examens en collèges et lycées cette semaine. Comme dans beaucoup d'autres crises, comme celle du COVID par exemple, la priorité a été donnée au maintien de l'activité économique et sociale, malgré le risque que cela représente pour des centaines de mancelles et manceaux.
La canicule n'a rien d'un simple épisode estival que le gouvernement pourrait gérer à coups de consignes individuelles, en appelant chacun à boire de l'eau ou à rester à l'ombre. La fréquence et l'ampleur de ces vagues de chaleur ne peuvent être séparées de l'aggravation de la crise climatique, dont les travailleurs, les jeunes et les classes populaires paient le prix en première ligne. Elles sont le produit d'un système capitaliste qui organise la société en fonction des profits, et de gouvernements qui refusent toute mesure à la hauteur pour ne pas toucher aux intérêts du patronat.
Résultat, ce sont toujours les mêmes qui trinquent : les travailleurs, la jeunesse et les classes populaires. Dans un département déjà largement affaibli par un système de santé en extrême tension : pénurie de médecins traitants et de spécialistes, système hospitalier maltraité, la gestion des conséquences des canicules présentes et à venir devient un réel enjeu de santé publique que quelques ventilateurs ne pourront pas résoudre. Il faut une réponse par et pour les travailleuses et les travailleurs, les habitants et les habitantes qui risquent leurs vies et ne se contenteront pas de mesures de façade.
Crédits photo : capture d'écran France 3 Régions