Bordeaux : un directeur d'école catholique mis en cause pour viols aggravés sur un enfant de 7 ans
Wed, 24 Jun 2026 22:29:15 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalA Bordeaux, le directeur d'une école catholique est accusé de viols aggravés sur un enfant de 7 ans. Ses parents ont témoigné dans la presse locale et sur les réseaux, dénonçant la protection du directeur de l'école maternelle et primaire par la direction du groupe scolaire.

Début février, une affaire glaçante de violences sexuelles est révélée dans la presse à Bordeaux : le directeur d'une école maternelle et primaire catholique a fait subir pendant deux ans des viols et agressions sexuelles répétées à un petit garçon de 7 ans. Le Centre médico-psychologique de l'enfant et de l'adolescent (CMPEA) effectue un signalement judiciaire, révélant aux parents les raisons de la détresse de leur enfant, qui répétait depuis plusieurs mois vouloir mourir.
Après le signalement du 4 février 2026, le directeur est placé en garde à vue le 23 février. Il est remis en liberté le lendemain et se met en arrêt de travail. Comme le rapporte Info ici, la mère du petit garçon a raconté l'histoire devant les grilles de l'école la semaine suivante. Le directeur, qui nie les faits, a alors porté plainte pour diffamation.
Dans un article paru le 13 juin sur Actu Bordeaux, les parents témoignent des horreurs subies par leur fils, isolé chaque matin dans le bureau du directeur qui prétendait l'aider à « gérer son anxiété ». L'article d'Actu Bordeaux rapporte des faits d'une violence extrême : « L'enfant raconte lors de son audition à la brigade des mineurs comment l'adulte le soumet verbalement. Il le malmène aussi physiquement, lui tire les cheveux, le plaque au sol et lui bloque les bras ou les jambes. L'horreur va jusqu'à la sodomie. ».
Face aux parents d'élèves inquiets, la direction a balayé l'affaire en quelques mots, faisant porter la responsabilité sur l'enfant lui-même. Ainsi, quelques jours après la garde à vue, le père de famille a reçu un appel de l'école lui signifiant que son fils aurait tenu des « propos diffamatoires » sur l'établissement, qu'il n'était pas en état d'être scolarisé, et qu'il vaudrait mieux ne pas en parler à la presse. Juliette (prénom modifié), la mère du petit garçon témoigne : « L'établissement nous traîne dans la boue, nous humilie et nous jette dehors du jour au lendemain. C'est honteux, enrage-t-elle. Avec son petit frère, on a dû leur trouver en catastrophe une autre école. » Elle ajoute que le directeur n'en est probablement pas à son coup d'essai : « Combien d'autres victimes avant lui ? Combien après lui ? »
Cette tentative d'étouffement n'est pas un incident isolé. Elle s'inscrit dans une omerta systématique que l'institution catholique entretient de longue date. À Bétharram, les violences sur des enfants ont été couvertes pendant des décennies par les responsables de l'établissement et les notables locaux. L'Institut francophone pour la justice et la démocratie (IFJD) a mené une enquête évoquant jusqu'à 1500 victimes potentielles dans l'établissement. À Saint-Genès, il y a quelques mois à peine, des affaires de violences sexistes et sexuelles ont refait surface : 36 victimes, dont 17 viols sur des fillettes de 9 à 11 ans, un signalement étouffé dès 2011 par la direction qui avait préféré parler de « maladresse ».
À chaque fois, la même mécanique se met en place : protéger la réputation de l'établissement et son image d'excellence au détriment des enfants qui y sont scolarisés. Mais cette omerta ne repose pas uniquement sur les choix des directions d'établissement. Elle bénéficie aussi du soutien matériel de l'État, qui continue de financer ces institutions malgré le caractère répété et systémique des violences qui y sont révélées.
À Bordeaux, comme ailleurs, ce soutien prend des formes très concrètes : les établissements catholiques sous contrat voient leurs enseignants rémunérés par l'État et reçoivent des financements publics pour leur fonctionnement. En assurant ainsi leur pérennité, l'État participe à la reproduction d'institutions qui véhiculent et protègent des rapports de domination touchant en premier lieu les enfants, les femmes et les minorités de genre. Et lorsque les scandales éclatent, il se charge de détourner les regards du caractère systémique des violences. Comme dans l'affaire Lyhanna, où des responsables du gouvernement ont invoqué le manque de moyens de la justice plutôt que de nommer ce qui crève les yeux : les violences faites aux enfants ne relèvent pas de quelques défaillances individuelles ou institutionnelles. Les chiffres de la CIIVISE montrent au contraire l'ampleur du phénomène : 160 000 enfants sont chaque année victimes de violences sexuelles en France ; soit un enfant toutes les trois minutes ; et 5,4 millions d'adultes déclarent en avoir été victimes durant leur enfance. Loin d'être des faits isolés, ces violences constituent un phénomène systémique dont les mécanismes de domination, de silence et d'impunité continuent d'être entretenus par les institutions de l'État.
Face à cette justice de classe qui ne s'attaque jamais aux racines du système patriarcal, nous portons des revendications concrètes : des commissions d'enquête sur les violences sexistes et sexuelles dans les lieux d'étude et de travail, indépendantes des directions d'établissement et de l'État, composées de parents d'élèves et de travailleur·euses ; des moyens massifs pour la santé et l'éducation publiques, afin de détecter les comportements à risque et de prévenir les violences ; la déconfessionnalisation des écoles privées sous contrat ; une véritable éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) dès le plus jeune âge, assurée par des professionnels de santé et de l'éducation, pour que les enfants connaissent leur corps et surtout leurs droits.
Contrairement à ce que prétendent les conservateurs et les réactionnaires, cette éducation ne se réduit pas à des questions de sexualité : elle couvre aussi des dimensions affectives, sociales et éthiques qui permettent de construire des relations respectueuses, d'apprendre les bases de la prévention sanitaire et, surtout, de donner aux enfants les mots pour nommer ce qu'ils vivent. À l'heure où le nombre de victimes d'inceste révélées ne cesse d'augmenter, connaître ses droits est une condition pour se protéger des violences et de la désinformation qui les entoure. Mais il faudra aussi se battre contre l'austérité, dont les conséquences sont en premier lieu sur les femmes et les enfants : à Bordeaux, l'ARS supprime la totalité de sa subvention au Planning Familial, qui est ainsi menacé de fermeture à très court terme.
En s'inspirant de la mobilisation en cours en Argentine suite au meurtre d'Agostina Vega, jeune fille de 14 ans assassinée le 24 mai dans la ville de Córdoba, il est aujourd'hui nécessaire de construire depuis nos lieux d'étude et de travail une grande mobilisation féministe où toutes ces revendications pourraient se discuter par en bas. Un mouvement qui prendrait en charge, par ses propres méthodes d'organisation et de lutte, le combat contre toutes les violences de genre, en l'articulant à une perspective anticapitaliste visant à s'attaquer au problème à sa racine.