Allemagne. Succès de la soirée de solidarité avec Anasse Kazib au Karl-Liebknecht-Haus de Berlin
Wed, 24 Jun 2026 19:34:46 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDans le cadre de la campagne internationale de solidarité avec Anasse Kazib et les réprimés de la cause palestinienne, une table-ronde a fait salle pleine ce 23 juin à Berlin. La répression n'a pas de frontière, notre solidarité non plus !

Alors qu'Anasse Kazib et un autre militant de Révolution Permanente passent en procès ce jeudi 25 juin à Paris, poursuivis en raison de leur engagement pour la Palestine, des rassemblements et des événements de solidarité ont lieu dans plusieurs pays cette semaine. Ce 23 juin, à Berlin, la salle de conférence du Karl-Liebknecht-Haus, siège de Die Linke était pleine à craquer pour assister à une table-ronde organisée par Klasse gegen Klasse, les groupes de solidarité avec la Palestine au sein Die Linke (BAG Pali Soli) et la section de jeunesse de die Linke de Neukölln, sur le thème de la répression contre le mouvement de soutien à la Palestine.
Animé par Fabian Lehr, un podcasteur connu de la gauche radicale allemande, le débat réunissait une députée de Die Linke, Cansın Köktürk, notamment expulsée d'une session du Parlement pour avoir porté un t-shirt Palestine, Timo Winter, avocat membre de RIO, organisation sœur de Révolution Permanente, Ramsis Kilani, militant de Sozialismus von unten et expulsé de Die Linke par la bureaucratie du parti sous des accusations calomnieuses d'antisémitisme, Julian Hundt, professeur mis à pied pour son soutien à la Palestine, ainsi qu'un militant de Révolution Permanente, venu discuter des parallèles entre la répression en France et en Allemagne.
L'État allemand joue certainement, au coude à coude avec les États-Unis, pour la palme de la répression la plus féroce des soutiens pour la Palestine. Cette semaine, l'État fédéral rappelle toute sa férocité dans le procès des cinq de Ulm, des activistes qui se sont filmés en train de saboter une usine d'Elbits System sur le même mode d'action que Palestine Action au Royaume-Uni : emprisonnés préventivement et traités comme des terroristes, ces militants sont privés de leurs droits les plus élémentaires comme celui de pouvoir parler librement à leur avocat depuis des mois. Entre dissolutions d'organisations, répression brutale de manifestations, perquisitions à domicile et licenciements de nombreux travailleurs de la fonction publique, l'État allemand tape très dur. C'est notamment ce qu'a rappelé Julian Hundt, enseignant suspendu pour du contenu posté sur son profil Instagram.
Comme l'a rappelé Fabian Lehr en introduction, Macron arrive parfois encore étrangement à maintenir une réputation de « libéral » à l'étranger. L'occasion donc de rétablir les faits et de témoigner de la répression brutale du soutien à la Palestine depuis fin 2023. Dans une vidéo de salutation, Anasse Kazib a ainsi rappelé qu'il se retrouve accusé de la même manière que de nombreuses personnalités, de militants de la cause palestinienne et même de personnes lambda. Dans cette situation, ce procès doit servir non seulement à serrer les rangs, à se regrouper pour montrer une solidarité autour de chaque cas de répression mais aussi repasser à l'offensive et en faire le procès du génocide et de la criminalisation du soutien à la Palestine.
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La discussion se tenait au siège de Die Linke, à l'endroit même où une conférence sur la flottille avec Emma Foureau de la France Insoumise y avait été annulée en novembre dernier par la direction du parti. Elle a permis d'ouvrir des discussions stratégiques sur la manière de faire face à la répression. En effet, depuis 2023, Die Linke s'est illustrée par son silence sur le génocide, et même sa complicité avec la répression. Le parti vient seulement de reconnaître officiellement qu'il s'agit d'un génocide lors de son congrès tenu ce 21 juin… 2026 ! Il a fallu attendre l'automne 2025, après le « cessez-le-feu » et la reconnaissance de l'État palestinien par la France et la Grande-Bretagne pour que Die Linke appelle à une manifestation.
En attendant, l'organisation avait dès le 12 octobre 2023 participé à l'Union sacrée anti-Palestine en votant au Parlement avec la droite et l'extrême droite des motions pour interdire Samidoun ou permettre la déportation de militants palestiniens. Des figures historiques de la droite du parti dénoncent les vidéos des massacres en Palestine comme de la propagande du Hamas ou estiment que l'afflux de militants « avec une certaine origine migratoire » risque de changer le programme du parti sur la Palestine. Des militants sont encore aujourd'hui expulsés pour leur soutien à la Palestine, tandis que la direction du parti n'hésite pas à hurler avec les loups de la presse bourgeoise pour dénoncer ses propres militants, comme cela a été le cas récemment lors du vote d'une motion critique du sionisme en Basse-Saxe ou lors d'une récente « investigation » fallacieuse contre la jeunesse de Die Linke.
Pourtant, début février 2025, des dizaines de milliers de jeunes adhérents souvent politisés sur la cause palestinienne ont rejoint le parti autour des élections de février 2025, face à la montée de l'AfD. Avec d'autres secteurs, ils mènent une lutte politique contre les tendances sionistes à l'intérieur de leur parti. Discuter de la répression contre la Palestine, c'est en fait aussi discuter de la manière de faire face à la « raison d'État » de l'État allemand et à l'autoritarisme grandissant. La gauche allemande est en effet traversée actuellement par des débats sur la manière de faire face à la montée de l'AfD (désormais première force dans les sondages). Dans Die Linke, la ligne majoritaire dans le parti défend ainsi le soutien à des gouvernements de la droite dure contre l'extrême droite, et se propose dans certains États fédéraux comme à Berlin à co-gouverner avec des partis patronaux et pro-sionistes comme le SPD ou les Verts – une discussion similaire à celle du front républicain ou de la NUPES/NFP en France.
Ce débat a donc aussi été l'occasion de réaffirmer que face à un capitalisme en crise qui marche vers la guerre, toujours plus brutal et autoritaire, il n'est possible de faire face de manière conséquente à la répression qu'en toute indépendance des institutions capitalistes, de l'État et en préparant la riposte de notre camp social. C'est avec cette perspective que nous appelons à se rassembler pour le procès d'Anasse Kazib le 25 juin à 11h devant le tribunal à porte de Clichy à Paris !
Crédits photo : Révolution Permanente.