États-Unis : Kohen Wiley, un enfant noir d'un an tué par la police
Tue, 23 Jun 2026 15:29:22 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa police étasunienne est à nouveau impliquée dans le meurtre d'un enfant noir : celui de Kohen Wiley, tué d'une balle devant sa mère dimanche dernier. Six ans après la mort de George Floyd, la police et le racisme d'Etat continuent de tuer.

Ce 14 juin, la police de Senatobia, qui avait été appelée pour un supposé vol de couches pour enfants, a tiré sur une voiture qui s'apprêtait à quitter le parking d'un Walmart. Dans la voiture, Vellesiya Wiley, une mère de famille, accompagnée de son fils d'un an, Kohen et d'une de ses amies, qui conduisait le véhicule. Les tirs ont tué l'enfant et ont gravement blessé la conductrice, alors que la voiture s'éloignait des policiers.
La version policière tente de son côté d'imposer un récit selon lequel la voiture avait foncé vers les agents et failli percuter l'un d'eux, version qui a été démenti par plusieurs témoins, à commencer par Vellesiya Wiley elle-même. Dans une vidéo relayée par AJ+, Wiley raconte que les policiers ont d'abord contrôlé son amie à la sortie du Walmart, tandis qu'elle et son enfant se dirigeaient vers la voiture.
Après que son amie soit rentrée dans la voiture, le véhicule commençait à se diriger vers la sortie du parking quand les policiers se sont mis à courir vers lui. Les voyant sortir leurs armes, Vellesiya a essayé de signaler la présence de son enfant en le montrant par la vitre, côté passager. Une enquête menée par la police de l'État du Mississippi, où est située la ville, a par la suite révélé que les policiers « avaient formellement repéré l'enfant avant même que le groupe ne monte dans le véhicule », d'après AJ+.
Mais au moment où Vellesiya Wiley dépose son bébé sur ses genoux, plusieurs coups de feu ont déjà été tirés, l'un d'entre eux touchant Kohen au niveau du thorax, conduisant à sa mort. La conductrice est quant à elle touchée à la cuisse et au bras. L'un des officiers impliqué dans la mort de Kohen a quant a lui été suspendu, une pratique courante dans les affaires de violences policières qui permet à l'institution policière de se protéger en prétendant sanctionner ses agents, tandis que ceux-ci conservent leurs salaires, comme ça avait été le cas en France pour le meurtrier de Nahel Merzouk.
Comme le dit Associated Press, les circonstances de la mort de Kohen ne sont pas sans rappeler celles de la mort de Ta'Kiya Young, une femme enceinte qui avait été tuée par un policier à Columbus dans l'Ohio en 2023. Comme la conductrice de la voiture dans laquelle se trouvait Kohen, elle avait été suspectée de vol. Elles rappellent aussi les circonstances de la mort de George Floyd, qui avait suffoqué sous le genou d'un policier pour avoir prétendument utilisé un faux billet de 20 dollars dans une épicerie minneapolitaine. Ces trois homicides illustrent une nouvelle fois l'impunité policière sur fond de racisme d'État, qui continue de tuer en premier lieu les personnes les plus précaires et les personnes racisées.
Dans la ville de Senatobia, la police ne cesse de multiplier les violences policières. En 2025, Breshari Faulkner, une femme noire, avait été menacée par un officier de police puis forcée de s'allonger et arrêtée pour une question de place handicapée, dans le même parking où Kohen est mort. Deux ans auparavant, en 2023, un officier avait arrêté un enfant de dix ans au prétexte qu'il avait uriné sur un autre parking.
Depuis la mort de Kohen, les institutions protègent les siens et n'ont fait que montrer leur mépris pour la famille et pour les manifestants anti-racistes qui ont demandé des informations autour de la mort de l'enfant d'un an. Un journaliste de la chaîne d'information Action News 5, Jared Thomas, raconte qu'ils ont dû, sans surprise, « prendre l'affaire en charge eux-mêmes » étant donné que la ville « refuse de communiquer le nom de l'officier ». Le journaliste s'est effectivement heurté au silence du maire et du chef de police de Senatobia, qui n'ont même pas daigné le rencontrer au prétexte qu'ils étaient tous les deux « en réunion ». Pire encore, une manifestation du mardi 16 juin à l'endroit même de la mort de Kohen a été gazée et réprimée par la police.
Mais la population organise déjà la solidarité au sein de la ville. En plus des manifestations qui regroupent plusieurs centaines de personnes, une cagnotte de solidarité à destination de la famille a été mise en place par un restaurant. Une veillée est également prévue ce samedi 20 juin, pour soutenir la famille qui vient de subir le racisme de l'État au travers de l'une de ses institutions les plus brutales. Cette solidarité qui s'exprime au sein de la communauté doit être la base qui permet d'élargir le combat, qui cherche à aller plus loin et s'inspire des précédentes expériences des mouvements anti-racistes de masse comme Black Lives Matter ou la lutte contre l'ICE, pour qu'enfin fleurissent mille Minneapolis.