Journée la plus chaude de l'histoire : construire une réponse ouvrière à la crise climatique
Tue, 23 Jun 2026 22:48:11 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa France vient de connaître la journée la plus chaude jamais mesurée. La chaleur tue, brûle la végétation et menace notre avenir. Face au gouvernement et au patronat qui continuent à défendre leurs intérêts, le mouvement ouvrier doit s'organiser pour imposer une réponse ouvrière et populaire à la crise et mettre fin à l'engrenage du réchauffement climatique.

Ce mardi a été la journée la plus chaude jamais enregistrée en France. Moins d'un mois après un premier épisode caniculaire inédit par sa précocité, et déjà, par sa virulence. Cette fois, Sébastien Lecornu parle d'un « triste fléau ». Derrière leur fausse peine pour nos morts se dresse la responsabilité des multinationales prêtes à tout pour maintenir « en marche » l'économie, défendre leurs profits et un système qui n'en finit plus de dérègler le climat.
De tous les avis scientifiques et météorologiques, cette nouvelle canicule va largement dépasser en intensité celle d'août 2003, qui avait fait au moins 15 000 morts rien qu'en France. On ne sait pas la durée de cette canicule, « incertaine » d'après Météo-France, mais on sait déjà qu'elle tue, et qui elle tue.
Aucun doute que dans les prochaines semaines et mois, le bilan humain connu de ces épisodes ne cessera de s'alourdir. Dans les cinq derniers jours, on décompte 40 noyades, alors que les corps cherchent à échapper des températures qui, dans la nuit du lundi au mardi, ont atteint des records jamais vu depuis le début des enregistrements en 1947. Température minimale : 21,6 °C.
Le gouvernement, de l'autruche à la négation climatique
La chaleur tue, et elle tue vite. En France, nous vivons aujourd'hui un épisode caniculaire inédit. En face, le gouvernement se montre pris au dépourvu, annonce des réunions de crise et appelle à la « vigilance » individuelle. Alors que l'été ne fait que commencer, la réponse à la crise se résume surtout à quelques mesures de façade : cartographie des établissements scolaires et des logements vulnérables à la chaleur, rappel des mesures existantes, interdiction d'évènements festifs et sportifs. Le ministre du Travail demande lui au patronat de « prendre des mesures » pour protéger les travailleurs. Hypocrisie complète quand on sait que les entreprises se contentent de renvoyer au niveau individuel la responsabilité de se protéger de la chaleur, tout en forçant les travailleurs à continuer leurs besognes quelles que soient les conditions. C'est ce qu'a encore récemment rappelé la mort d'un jeune couvreur de 19 ans dans la nuit il y a un mois, après un malaise sur le toit d'un chantier, et pour laquelle la responsabilité directe du patronat est pointée par l'inspection du travail.Si des arrêtés locaux visent à reporter certaines activités particulièrement exposées comme le BTP, il n'est pas aucunement question d'arrêter la production. Il ne faudrait surtout pas mettre en danger les profits du patronat. Cette gestion quasi-inexistante, erratique du gouvernement, qui revient à laisser la responsabilité aux individus vulnérables et exposés, rappelle les effets d'annonce au début de la pandémie du Covid-19.
Au-delà du gouvernement, c'est toute la classe politique qui y va de sa proposition pour nous faire accepter sans broncher le cauchemar actuel. De son côté, le RN présente son grand « plan clim », véritable enfumage qui prétend financer la climatisation massive des établissements publics (écoles, hôpitaux…). Sauf que les chiffres, les méthodes de financement, l'articulation avec le plan rénovation, sont inexistants : un véritable enfumage donc, mais qui a servi à enclencher un grand débat sur l'efficacité de la climatisation, source de surconsommation et de production d'îlots de chaleur.
En Ile-de-France, Valérie Pécresse avait recommandé aux travailleurs de « ne pas se déplacer » et emprunter les transports et de privilégier le télétravail. Les mêmes fausses mesures que durant la crise du covid-19, qui laissent exposer les travailleurs essentiels qui font tourner la société derrière l'apparence d'une politique de protection de la part de l'Etat.
En mettant au premier plan les adaptations partielles et surtout individuelles à la crise, l'ensemble de l'échiquier politique ne se contente pas de proposer des réponses insuffisantes, il agite un leurre qui permet d'éviter de discuter des racines de la crise et d'en pointer les véritables responsables. Une façon de mettre sous tapis la responsabilité du grand patronat qui cherche à nous faire travailler « quoiqu'il en coute » et plus largement d'un système capitaliste pourrissant, responsable de la crise climatique.
Et le patronat ne s'en cache même plus et assume sa position de classe. Pour Patrick Martin, président du Medef, l'instauration d'un congé climatique n'est pas envisageable. « Même si les canicules sont éprouvantes pour les personnes, avant même de l'être pour l'économie, (ce serait) un cercle vicieux » expliquait-il en marge d'une conférence de presse. Adapter le travail aux conditions réelles voudrait dire « qu'on travaille moins, on produit moins, on a moins d'argent : donc comment va-t-on financer l'électrification, que ce soit des véhicules, des logements, des Ehpad, des écoles, l'installation de pompes à chaleur ? » Un discours que le président de la Banque de France, récemment nommé par Macron, s'est empressé de relayer pour défendre les profits du patronat. La principale préoccupation pour Emmanuel Moulin ? Que les températures anormales aient un impact sur le taux de croissance.
Une logique qui met en exergue la racine même de la crise, pur produit du capitalisme : au fond, ce qui prime, c'est de continuer à faire tourner le système. « Quoi qu'il en coûte ». Face à l'évidence, la catastrophe climatique ne peut plus être niée. Le rôle du système qui la produit, si.
Une canicule historique en Europe à laquelle les travailleurs doivent répondre
Ceux qui travaillent sur des chantiers sous 40°C, qui passent la journée dans des camions à livrer des colis, qui sont détenus dans des prisons étouffantes, qui donnent des cours dans des salles bondées ou travaillent dans des hôpitaux surchauffées ne connaissent pas le déni climatique. La réponse à la crise ne viendra pas des discours paternalistes sur la « vigilance » de la part du même qui a remis la légion d'honneur au patron de TotalEnergies, qui a passé la loi Duplomb en force, et qui a réprimé les militants écologistes dans le sang.
Et la France n'est pas la seule concernée par cette vague de chaleur sans précédent. Comme l'explique Sébastien Léas de Météo-France à l'AFP, « une poche d'air très froid installée en altitude au large du Portugal sert de pompe à chaleur et fait remonter de l'air chaud d'Afrique du nord » sur toute l'Europe de l'Ouest. En Italie, une alerte rouge a été décrétée dans 15 villes, dont Rome et Milan. En Espagne, la quasi-totalité du pays est en alerte chaleur mardi, dont certaines zones en alerte rouge. Même à Londres, les températures pourraient dépasser les 40 degrés cette semaine, et l'Angleterre s'apprête à battre ses records de chaleurs sur un mois de juin. En France et dans tout le pourtour méditerranéen, les pompiers craignent de nouveau départ de feux de forêt, après un premier incendie sur 5000 hectares dans les environs de Marseille. Les travailleurs et les classes populaires de l'Ouest de l'Europe sont tous concernés par cette nouvelle séquence inédite de la crise climatique, et doivent s'affronter aux mêmes responsables.
En France, pays le premier touché avant que la canicule ne s'étende davantage, le gouvernement est en position particulièrement délicate et cette nouvelle crise vient le fragiliser davantage. En pleine affaire Lyhanna, le gouvernement cherche avant tout à se maintenir et à se protéger, sans trop nourrir la colère sociale.
Alors que la classe politique et le patronat sont en train de voir comment continuer à faire fonctionner la société à la normale, aucun travailleur n'échappe aux conséquences de la canicule. Il existe pourtant un autre horizon que celui des pics de température éternels, des morts au travail et dans la rue. Face aux fortes chaleurs, tant que les solutions seront individuelles, ce seront toujours les travailleurs et les classes populaires qui seront en première ligne. Face au réchauffement climatique, il est clair que la réponse ne viendra pas d'en haut ou de l'Etat. Et si la CGT pointe les bons constats dans son communiqué, en affirmant que « la santé des travailleuses et des travailleurs ne peut plus attendre », la stratégie proposée pour agir apparaît toutefois largement insuffisante et en décalage avec l'ampleur de la crise. En effet, ce n'est pas en « convoquant » une « table ronde de l'ensemble des organisations syndicales au ministère du Travail » afin d'engager de simples « discussions » que pourra émerger une véritable réponse ouvrière et populaire.
À rebours du « dialogue social », il faut réaffirmer qu'aucune confiance ne peut être accordée au gouvernement. C'est dans l'indépendance vis-à-vis de l'État que pourra s'imposer une issue propre aux travailleurs, permettant de protéger leurs conditions de vie et de travail, en articulant ce combat avec une lutte contre le patronat, à l'image de la CGT Stellantis Mulhouse qui vient de déposer un préavis de grève de mardi à dimanche pour dénoncer les conditions de travail sous la chaleur insoutenable.
Pour imposer un plan d'urgence, il faudra faire payer le patronat pour rénover le bâti scolaire, pour améliorer l'isolation dans les logements, les hôpitaux, et les transports. Mais ces épisodes caniculaires de plus en plus intenses et de plus en plus fréquents posent une question centrale : celle de l'organisation de la société, au profit de qui, dans les intérêts de qui. Face aux chaleurs records, il faut imposer la baisse des cadences de travail, la diminution du temps de travail ou encore un aménagement de sites de production adapté aux fortes chaleurs, mais aussi, en cas de nécessité, l'arrêt de la production non essentielle. C'est à ceux qui font tourner la société de décider. Mais pour en finir durablement avec ces épisodes extrêmes, il faudra articuler ce combat pour nos vies avec une lutte contre l'ensemble du système capitaliste qui nous conduit à la catastrophe.
Crédit photo : Météo France