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Bolivie : la COB trahit le mouvement, Rodrigo Paz décrète l'état d'exception

Sat, 20 Jun 2026 10:49:09 CEST

Révolution Permanente

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Après 50 jours de mobilisation, la COB a tourné le dos aux paysans et à toutes celles et ceux qui ont tenu les blocages, manifesté et fait savoir en assemblée qu'ils refusaient de négocier. Alors que l'accord avec le gouvernement ne repose sur aucune mesure concrète, Paz en a profité pour décréter l'état d'exception.

Mario Argollo, secrétaire de la Centrale ouvrière bolivienne, et le reste des dirigeants de l'organisation ont choisi ce vendredi de céder et se soumettre au gouvernement de Rodrigo Paz, comme l'avaient fait ces derniers jours les bureaucraties des mines de Huanuni et de Colquiri. Malgré ses déclarations des derniers jours, Mario Argollo a signé un accord avec le gouvernement, sans même que l'ensemble des prisonniers politiques arrêtés pour leur combat aient été libérés et avec comme seul contenu la mise en place future de « commissions de révision ».

L'accord prévoit en effet de mettre en place des commissions de travail pendant 90 jours, ce qui revient à stopper les mobilisations sans rien de concret sur la table. « L'accord consiste à travailler en commissions pour répondre aux besoins de chaque secteur » a déclaré Mario Argollo. En réalité, cette décision constitue un ralliement de facto au projet de brader le pays à l'impérialisme, abandonnant à leur sort les paysans, les militants autonomes, les travailleurs et les femmes qui ont montré leur détermination à lutter contre l'austérité et le pillage des ressources.

Non contents de conclure un pacte avec le gouvernement, les bureaucrates de la COB ont eu le culot d'appeler la Tupac Katari, organisation paysanne, au calme et à lever les barrages qu'ils maintiennent depuis plus de 50 jours. Un appel d'autant plus scandaleux que le dialogue entamé par la COB n'a pas permis d'obtenir la moindre concession. Le texte réaffirme seulement des clauses générales telles que le respect de la Constitution politique de l'État, une commission de travail chargée d'examiner au cas par cas la situation des prisonniers, le fait de « ne pas encourager » les privatisations ou la promesse vague de respecter les engagements de campagne de Paz ou de rendre compte des négociations sur les prêts internationaux, qui pourraient être souscrits auprès du FMI.

Aucun des décrets déjà adoptés n'est non plus abrogé ou annulé, ce qui met encore davantage à nu toute cette mascarade. Paz a déjà mis en œuvre une partie de son programme néolibéral et, désormais, grâce à la COB, et avec son soutien, il pourra aller bien plus loin. Enfin, pour couronner le tout, cet accord intervient alors que le gouvernement a rapidement adopté la loi n° 1742, modifiant les dispositions pénales pour faciliter les opérations policières sous couverture, et annoncé la dévaluation imminente du boliviano, qui pèsera sur le budget des familles, ainsi que la signature d'un accord avec l'ambassade américaine qui permettrait aux États-Unis d'intervenir dans le pays sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue.

Argollo est passé du slogan « La Bolivie n'est pas à vendre » à l'idée que toute question relative au pouvoir économique doit être « traitée par le dialogue ». En signant cet accord trompeur, la COB ne fait qu'abandonner à leur sort le mouvement paysan, la FDUTCLP « Tupac Katari », les groupes autonomes, etc., en ouvrant la voie à leur répression. En ce sens, Rodrigo Paz s'est empressé de déclarer l'état d'exception, expliquant : « Après avoir épuisé toutes les voies du dialogue, conclu des accords avec ceux dont les revendications étaient légitimes et identifié ceux qui utilisaient la violence pour tenter de déstabiliser la Bolivie, nous avons pris la décision de déclarer l'état d'exception sur l'ensemble du territoire national ».

Un saut répressif sans précédent qui permet au gouvernement pro-Trump de déployer l'armée sur le territoire pour débloquer les routes tout en octroyant un blanc-seing aux forces armées, légalement irresponsables de leurs actes dans le cadre de la nouvelle loi sur l'état d'urgence. Ce coup de force pourrait se solder par des massacres sur les routes alors qu'une cinquantaine de points de blocage restent actifs dans le pays.

Cependant, l'offensive pourrait générer des résistances importantes, comme celles qui ont permis de défaire les attaques de groupe d'extrême droite ces dernières semaines. Nous apportons toute notre solidarité au peuple bolivien en lutte. Face à l'offensive répressive à venir, tous les yeux doivent être rivés sur la Bolivie et la solidarité internationaliste et anti-impérialiste doit être de mise. Dans le même temps, la trahison de la bureaucratie de la COB envers la mobilisation rappelle l'importance de l'auto-organisation, des assemblées ouvertes et des conseils de village comme espaces de prise de décision. Ce sont précisément les secteurs de base, qui se sont opposés aux directions bureaucratique traîtresses et ont formé des comités de blocage, d'autodéfense et d'approvisionnement qui détermineront l'issue de la lutte.

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