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« Perpétuité réelle incompressible » : après Lyhanna, combattre la surenchère pénale d'extrême droite

Sat, 20 Jun 2026 18:05:53 CEST

Révolution Permanente

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Instrumentalisant l'émotion suscitée par le meurtre de Lyhanna, le RN défend la perpétuité réelle incompressible. Une proposition qui lui permet d'apparaître comme une force de gouvernement tout en réactualisant son vieux programme ultra-réactionnaire.

Quelques jours après les rassemblements qui ont réuni des milliers de personnes devant les tribunaux du pays pour réclamer justice pour Lyhanna et une loi cadre intégrale portée par une coalition des organisations autour de la Fondation des femmes, la question qui sature les plateaux de télévision est celle du degré de sévérité des sanctions à appliquer.

Dans la roue du gouvernement, le RN mise sur la « perpétuité réelle incompressible »

Dans une tentative de désamorcer la crise, Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin ont présenté leurs regrets tout en rejetant une part de la responsabilité sur les magistrats, avant de défendre la perpétuité pour les violeurs en série de mineurs. Appuyant cette surenchère, Édouard Philippe a proposé de rétablir la possibilité pour le garde des Sceaux de donner des instructions individuelles directement aux procureurs dans les procédures judiciaires.

Du côté de la droite et de l'extrême droite, Bruno Retailleau et Eric Zemmour appellent tous les deux à la castration chimique des pédocriminels.

De son côté, le RN érige l'affaire en symbole d'un système « défaillant », qu'il conviendrait de « remettre à plat » pour rétablir la « confiance, aujourd'hui terriblement entamée, dans la justice du pays ». Pour ce faire, le parti d'extrême droite reste fidèle à son logiciel répressif en défendant notamment la « perpétuité réelle incompressible » pour les auteurs de crimes sexuels sur mineurs.
Cette peine, qui consiste à condamner une personne à la réclusion criminelle à perpétuité, c'est à dire en rendant quasi impossible toute possibilité de sortir un jour, permet au RN d'occuper une position particulière dans la séquence politique actuelle.

Convaincu de pouvoir capitaliser politiquement sur l'émotion suscitée par l'affaire, le parti mise sur la continuité et évite toute surenchère à l'égard du gouvernement Lecornu. Tout en dénonçant les dysfonctionnements de la justice, il ne s'est pas associé aux appels réclamant la démission de Gérald Darmanin. Jordan Bardella a certes jugé que le ministre « aurait dû, par honneur, présenter sa démission », mais Marine Le Pen s'est dite prête à « soutenir » des mesures du gouvernement.

Une stratégie qui vise à cultiver une image de « responsabilité » face à la crise. Elle intervient à quelques encablures d'une échéance judiciaire majeure pour le parti : le 7 juillet, la cour d'appel doit rendre sa décision dans l'affaire des assistants parlementaires européens, contexte dans lequel le RN a déjà commencé à adopter une stratégie conciliatrice vis-à-vis de l'institution judiciaire.

D'autres figures à l'extrême droite tentent cependant de capitaliser sur ce positionnement en appelant à défendre ouvertement le rétablissement de la peine de mort. Le député UDR Alexandre Allegret-Pilot s'est déclaré favorable à son rétablissement pour les « crimes les plus graves », assimilant au passage l'avortement à un homicide. Nicolas Dupont-Aignan a réclamé un référendum sur la peine capitale, estimant que la perpétuité réelle constituerait un « leurre » pour les crimes commis contre les enfants, tandis que Robert Ménard a lui aussi jugé nécessaire de « rouvrir le débat ».

Face à cette pression sur sa droite, Laurent Jacobelli (RN) a d'abord adopté une position d'ouverture en déclarant : « Si la population demande un référendum et que la peine de mort en sort, nous respecterons la volonté populaire », avant de devoir préciser la ligne du parti 2 jours plus tard, affirmant : « Nous sommes pour la perpétuité réelle et incompressible, et nous sommes contre la peine de mort ».

Cette séquence montre ainsi comment le RN tente de se présenter comme une force plus « raisonnable » que les courants les plus ouvertement réactionnaires qui gravitent à sa droite. Mais cette modération apparente ne remet nullement en cause son orientation fondamentale : elle consiste à défendre un durcissement maximal de la répression tout en le rendant compatible avec les contraintes politiques du moment.

Pour lutter contre l'extrême droite, rompre définitivement avec le punitivisme

Pour faire barrage à l'extrême droite et à un gouvernement qui reprend une partie de ses propositions, il est indispensable de rompre avec toute surenchère pénale et carcérale, qui s'inscrit dans une logique répressive. Il est hors de question de laisser la droite et l'extrême droite instrumentaliser le meurtre de Lyhanna au service de leur projet sécuritaire, raciste et réactionnaire, visant à transformer une colère légitime en soutien à un programme de répression toujours plus brutal.

Parce que la logique carcérale ne constitue pas une réponse aux violences patriarcales, pas plus que l'État n'est notre allié pour apporter une réponse à la violence patriarcale. L'accumulation continue de lois pénales toujours plus sévères n'a jamais empêché la persistance des violences faites aux femmes et aux enfants, qui explosent dans une société traversée par la domination patriarcale, l'explosion de la précarité et la destruction des services publics censés protéger les personnes les plus vulnérables.

Et si la droite et l'extrême droite prétendent aujourd'hui découvrir la gravité des violences sexistes et sexuelles, c'est de manière très sélective. Elles s'en saisissent pour stigmatiser les étrangers, les musulmans et assimilés ou les classes populaires, tout en défendant un ordre social fondé sur la famille nucléaire traditionnelle, le recul des droits des femmes et LGBTI, et les rapports de domination qui nourrissent ces violences.

Mais il faut aussi regarder autre chose en face : si les revendications les plus punitives de l'extrême droite peuvent aujourd'hui trouver un certain écho, c'est parce qu'elles s'appuient sur un climat politique où la répression est présentée comme la réponse naturelle à tous les problèmes sociaux, notamment dans une grande partie du mouvement féministe institutionnel qui revendique un durcissement pénal.

Pourtant, faire de la prison et des tribunaux l'horizon unique de la lutte contre les violences revient à ouvrir la voie à une surenchère sécuritaire dont les forces les plus réactionnaires sont toujours les principales bénéficiaires.

Face aux violences faites aux femmes et aux enfants, il faut sortir du paradigme de la justice pénale et s'attaquer aux racines du problème par des mesures urgentes de prévention : une véritable éducation au genre et à la sexualité dès le plus jeune âge, sous contrôle des travailleurs de l'éducation et de la santé ; des services de santé et d'éducation entièrement gratuits et accessibles à tous pour reconnaître et traiter les comportements à risque ; des logements d'urgence et sans condition de plainte pour les femmes et les enfants victimes de violences dans leur foyer. Des mesures féministes qui supposent de remettre en cause la propriété privée capitaliste, et qui pour cette raison ne peuvent être obtenues qu'en indépendance de l'État, de sa justice et de sa police.

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