Bolivie. Plusieurs syndicats de mineurs trahissent la mobilisation et signent un accord avec le gouvernement
Fri, 19 Jun 2026 17:50:06 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que des milliers de travailleurs, de paysans et d'habitants poursuivent leur mobilisation depuis près de 50 jours, les directions syndicales des principaux centres miniers viennent de trahir le mouvement en signant des accords avec Rodrigo Paz.

Article initialement paru dans la Izquierda Diario Bolivia, le journal de la Ligue ouvrière révolutionnaire, la section bolivienne du Courant Révolution Permanente.
Au moment où le président bolivien Rodrigo Paz a le plus besoin de montrer qu'il reprend l'initiative politique face à la mobilisation qui ne faiblit pas, il reçoit une bouée de sauvetage de la part des directions syndicales des mineurs d'étain de Huanuni et Colquiri.
Chaque jour et à chaque point de barrage, la volonté de lutter de la base se réaffirme, les travailleurs votent pour renforcer et étendre la mobilisation ainsi que pour consolider et faire progresser l'unité des secteurs mobilisés. Mais à l'inverse, au sommet, une autre orientation a commencé à s'imposer. La direction du plus grand syndicat du pays, la COB, a en effet abandonné la revendication de la démission de Paz, a mis fin à la perspective d'une grève générale effective avec arrêt de travail et a entamé des négociations avec le gouvernement. Aujourd'hui, les directions de Huanuni et de Colquiri font un pas de plus dans cette même voie.
Cette nouvelle manœuvre de Paz, menée parallèlement à une autre discussion avec le secrétaire exécutif de la COB Mario Argollo, lui permet de se placer dans une position plus favorable. Argollo se retrouve en effet particulièrement affaibli, privé du soutien des paysans qui l'accusent de trahison, et sans celui de sa propre base ouvrière, dont les principaux syndicats locaux viennent de se livrer au gouvernement.
Paz n'a d'ailleurs pas tardé à tirer un avantage politique de la situation, mercredi avec le syndicat de Huanuni, jeudi avec celui de Colquiri. Si les premiers se sont vendus pour une prime de 5 000 bolivianos (environ 630€) par travailleur, les seconds se sont vendus en échange de la promesse d'une… meilleure ouverture aux investisseurs étrangers.
Ce que vient de faire le syndicat minier de Colquiri, tout comme celui de Huanuni, contraste fortement avec la tradition des travailleurs boliviens. On peut par exemple penser aux thèses de 1957 de Colquiri, qui marquait la rupture définitive avec le MNR et défendait à nouveau la constitution de milices ouvrières pour imposer le contrôle ouvrier des mines cinq ans après la révolution de 1952. Ou encore l'expérience de 1961, lors du congrès de la FSTMB (la branche minière de la COB) qui avait approuvé les mêmes mesures sous pression de sa base. Rappelons-nous qu'à cette même époque, les travailleurs de base de Huanuni avaient chassé les armes à la main la bureaucratie gouvernementale et pendu son dirigeant sur la place du village.
Ce que viennent de faire les dirigeants actuels de Colquiri ferait honte à ces mineurs.
Le problème ne réside pas seulement dans la signature d'accords. Le problème, c'est le contexte politique dans lequel ils interviennent. Alors que le conflit reste ouvert, que des personnes sont toujours emprisonnées pour avoir lutté, que la répression n'a pas cessé et que les principales revendications populaires restent sans réponse, ces directions donnent de l'air à un gouvernement qui ne parvient pas à vaincre la mobilisation.
Les travailleurs de base, ceux qui ont un minimum de conscience de classe, ne peuvent accepter passivement la trahison de leurs dirigeants, commise hypocritement au nom des travailleurs de base. Il est urgent d'exiger une assemblée générale pour rejeter les accords qu'ils entendent conclure avec les multinationales minières. Il faut renverser les syndicats jaunes pour mettre en place des directions syndicales fidèles à leurs bases et à la lutte contre le gouvernement.