1000 personnes contre la répression du soutien à Gaza : une démonstration avant le procès d'Anasse Kazib
Fri, 19 Jun 2026 19:30:25 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe jeudi, près de 1000 personnes sont venues assister aux tables rondes puis à un concert de Médine contre la répression de la solidarité avec la Palestine. Un point d'appui pour construire le front le plus large possible et préparer le rassemblement devant le Tribunal de Paris du 25 juin à 11h, à l'occasion du procès d'Anasse Kazib.

Une semaine jour pour jour avant le procès de deux de nos camarades, dont Anasse Kazib, le 25 juin, Révolution Permanente organisait une grande soirée contre la répression du soutien à la Palestine, à Saint-Denis, ce jeudi, à la salle de la Légion d'honneur. Au total, ce sont près de 1000 personnes qui sont venues assister aux tables rondes, déambuler dans le village associatif puis assister à un concert de Médine. Une grande réussite et un point d'appui pour construire le bloc de forces le plus large possible pour affronter la répression d'État et préparer le grand rassemblement de jeudi prochain, devant le Tribunal de Paris.
Erreur ! Nom du fichier non spécifié. Salle comble pour la soirée contre la répression des soutiens de la Palestine à Saint-Denis !
Une semaine avant le procès de Anasse Kazib, la salle de la Légion d'honneur est pleine pour cette soirée de solidarité en présence de Ramy Shaath, Myriam Bregman et Elsa Marcel. pic.twitter.com/LXd5cebDc3
— Révolution Permanente (@RevPermanente) June 18, 2026
Comme l'a résumé en un mot Anasse Kazib : « Nous ne construisons pas seulement un front des militants pro-palestiniens réprimés, nous construisons un front international. » En effet, un arc de forces très large s'est exprimé tout au long de la soirée. À l'affiche, Myriam Bregman, députée argentine, membre de la direction du PTS et personnalité politique la plus populaire du pays, Ramy Shaath, militant palestinien et opposant au maréchal Sissi en Égypte, menacé d'expulsion par l'État français, Elsa Marcel, conseillère municipale de Saint-Denis et avocate d'Anasse Kazib, également à la tribune, mais également de représentants de la plupart des organisations du mouvement de solidarité avec la Palestine, comme l'UJFP, Europalestine ou la Global Sumud Flotilla.
Comme l'a rappelé Ramy Shaath, cette soirée intervenait alors que le génocide à Gaza n'a jamais cessé, malgré la propagande médiatique, et alors qu'Israël pourrait relancer une guerre génocidaire de haute intensité pour se venger de son échec en Iran : « Il n'y a jamais eu un cessez-le-feu. Dès le premier jour, il s'agissait de briser la résistance avec un blocus humanitaire qui touchait les équipements de santé. Il s'agissait également de manipuler la politique palestinienne avec le nouveau Conseil de la paix qui visait dès le départ à contrôler Gaza. »
Un bloc de résistance large et combatif face à la répression
Pendant les deux tables rondes, c'est la combativité face à la répression qui prime. En ouverture de la soirée, Xavier Bregail, co-secrétaire de Sud Rail Paris Nord, a adressé, de la part du syndicat, sa solidarité à son « camarade de lutte » face « à ce procès infâme » et a appelé au rassemblement du 25 juin devant le tribunal de Paris : « On ne croit pas beaucoup dans la justice. Mais si on est aussi déterminé et nombreux le 25 juin qu'aujourd'hui, évidemment ça peut faire pencher la balance. » Europalestine, dont la présidente Olivia Zemor a été condamné à deux ans de prison avec sursis et dont le vice-président sera en procès le 9 septembre prochain, le martèle : « Le génocide continue. Nos dirigeants veulent faire taire ceux qui refusent d'adopter le narratif des génocidaires. Ils veulent en faire des exemples. Mais qu'ils comprennent une chose, ils n'y arriveront pas car la Palestine est une question centrale dans la lutte que nous menons pour une autre société ».
Sofiane, qui s'est exprimé pour la campagne pour Ali, un réfugié palestinien enfermé depuis deux ans par l'État français sur la base d'accusations émises par l'État d'Israël, a rappelé la nécessité de « faire front face à la répression » qui touche les « soutiens de la Palestine » comme les « Palestiniens en exil ». De fait, comme le rappelait Geraldine Hornberg pour l'Union juive pour la paix, l'État français craint que les mobilisations anticoloniales pour Gaza ne finissent par s'étendre à d'autres sujets, qu'il s'agisse de la militarisation ou de ses propres pratiques coloniales. « La France a son propre agenda colonial : l'État agit contre nous parce que nous luttons contre l'impérialisme et le colonialisme » conclut-elle.
De son côté, Andreï Ilitch Khrjanovski, militant russo-israélien, avait également fait le déplacement et a raconté la répression à laquelle il assiste en Palestine dans le cadre du travail journalistique qu'il mène, sous le nom d'Andrey X, en Cisjordanie pour documenter l'avancée tragique de la colonisation, les attaques terroristes des colons et de l'armée et le nettoyage ethnique du peuple palestinien. Enfin, Yasmine de la Global Sumud Flotilla est revenue sur le courage des 500 militants enlevés par Israël dans les eaux internationales alors qu'ils tentaient de briser le blocus de Gaza, une nouvelle démonstration de « l'impunité totale » de l'État colonial.
Lors de la seconde table ronde, Elsa Marcel, avocate et conseillère municipale de l'opposition de gauche à Saint-Denis, est longuement revenue sur les instruments de la répression d'État et, plus particulièrement, l'apologie du terrorisme, cette « arme de destruction massive contre la dénonciation du génocide » : « Lorsque que le Parti socialiste a retiré cette infraction de la loi sur les délits de presse, on était loin d'imaginer les conséquences dramatiques que cela engendrerait. L'apologie du terrorisme, c'est une infraction magique et un piège que les classes dominantes ont construit qui permet de criminaliser très brutalement, en prononçant notamment des peines d'inéligibilité. » Un état des lieux de la répression, complété par Ramy Shaath qui a fait le parallèle entre la répression menée par le régime d'al-Sissi et le régime bonapartiste français : « Un point commun de la répression en France et en Égypte, c'est que les régimes autoritaires cherchent à nous effrayer et à nous distraire. Ils choisissent des noms connus parce que lorsqu'elles sont attaquées, les personnes moins connues ont peur. Nous devons nous battre collectivement jamais individuellement. »
Mais, malgré la violence de la répression, les procès contre la solidarité avec Gaza ne sont pas sans contradiction pour les classes dominantes. Des contradictions que la défense hors norme qui se prépare lors du procès d'Anasse Kazib entend bien utiliser pour retourner l'accusation et faire le procès du génocide et de ses complices :
La résurrection des délits d'opinion, c'est aussi le retour des procès politiques. Rima, Omar, Anasse ne sont pas accusés d'avoir fait quelque chose mais d'avoir dit quelque chose. Ils sont ainsi amenés à défendre et à assumer ce qu'ils disent et à donner beaucoup de poids à la cause palestinienne dans les salles d'audience. Il faut tisser des fils de continuité avec l'accumulation qui existe dans le patrimoine du mouvement ouvrier, du mouvement révolutionnaire, pour se défendre face à l'État et la justice. On sait qu'une relaxe dans le cas d'Olivia, d'Omar ou Anasse pourrait mettre un coup d'arrêt à la répression et faire un apport à la totalité du mouvement de solidarité. Ce qui se joue, c'est l'affrontement d'un ordre contre un autre. Pierre Stambul, Raphaëlle Maison, Alain Gresh, Eugénie Mérieau ont accepté d'être des témoins. Des avocats belges vont se déplacer du barreau de Bruxelles pour observer comment la justice française traite la liberté d'expression. Les avocats français adorent aller en Algérie, en Turquie ou en Thaïlande pour écrire des rapports mais cette fois-ci, c'est d'autres qui vont venir ici et voir comment la justice se rend en France.
Erreur ! Nom du fichier non spécifié. « La résurrection des délits d'opinion, c'est aussi le retour des procès politiques. En attaquant les gens pour ce qu'ils disent, l'État nous pousse à parler de la Palestine dans les tribunaux. Avec mes consœurs, on veut faire du procès un point d'appui et un apport pour le… pic.twitter.com/25pxibNS3k
— Révolution Permanente (@RevPermanente) June 18, 2026
Faisant un parallèle avec l'Argentine, Myriam Bergman a parlé du « triste mérite d'avoir pour président Milei qui se présente comme le plus sioniste du monde » : « Lors du débat présidentiel, lorsque j'étais candidate pour le Frente de Izquierda, nous avons exposé notre position et cela nous a vu une campagne extrêmement agressive de la part des organisations pro-Israël. C'est pour dénoncer le génocide que nous avons participé à la flottille. La gauche révolutionnaire en Argentine est la seule fois à avoir dénoncé le génocide pendant que le péronisme a maintenu un silence complice » a-t-elle ajouté. Elle a ensuite appelé au rassemblement devant le tribunal, le 25 juin : « J'espère qu'on sera des milliers. Il faut sortir de cette salle en expliquant à chaque travailleur, à chaque collègue, que ces procès ne visent pas simplement Anasse ou Ramy, que chaque attaque anti-démocratique se transforme nécessairement en une attaque contre tous les travailleurs. »
Un combat essentiel pour affronter l'autoritarisme et préparer une riposte
Mais le large arc de forces réunies dans la salle de la Légion d'honneur a également discuté, plus largement, de la manière dont il était possible de faire de la lutte contre la répression le point de départ d'une riposte plus large contre le durcissement autoritaire et les attaques de l'impérialisme. Anasse Kazib a rappelé la force des mobilisations impulsées par les dockers de Gênes et des grèves générales anticoloniales italiennes : « Giorgia Meloni n'est pas devenu un soutien de la Palestine lorsqu'elle a déployé un navire militaire pour escorter la flottille, lorsqu'elle dénonce à demi-mots ce qu'Israël est en train de faire. Son ADN, c'est de faire partie de cette internationale réactionnaire. Mais ce qui l'oblige à reculer, c'est le mouvement ouvrier qui a décidé d'en découdre et de répondre aux attaques contre ceux qui soutiennent la Palestine. »
De son côté, Myriam Bregman a souligné, dans le cas de l'Amérique latine, l'urgence de briser, dans un contexte marqué par « les crises, les guerres et les génocides », l'alternance entre l'extrême droite, qui ne parvient pas à gouverner, et des gouvernements dits « progressistes », impuissants à résister aux attaques de Washington, qui alimentent la désillusion des classes populaires et préparent le retour d'une droite encore plus radicale. C'est pourquoi elle a appelé les travailleurs et toutes les communautés opprimées à faire confiance dans leurs forces et à « lutter en indépendance des partis réformistes bourgeois » en suivant l'exemple des travailleurs boliviens :
L'exemple de la Bolivie ou des étudiants chiliens montre qu'il n'est pas facile pour les gouvernements d'extrême droite de s'implanter. La guerre impérialiste des États-Unis contre l'Iran montre aussi qu'il n'est pas facile même pour l'impérialisme yankee d'avancer. Nous faisons le pari que le processus qui s'ouvre en Bolivie, au-delà de la conjoncture politique, ouvre un nouveau cycle de lutte pour la classe ouvrière en Amérique latine et partout dans le monde. Mais soyons clair : la crise d'hégémonie des États-Unis ne signifient pas qu'ils seront moins violents, notamment en Amérique latine, comme on le voit au Venezuela ou à Cuba. Pour vaincre cette offensive de l'ultra-droite, l'intervention des masses est décisive.
Prenant la balle au bond, Anasse Kazib a insisté sur la nécessité de s'inspirer de ces luttes pour construire une riposte offensive : « On pourrait les coucher. Souvenez-vous lorsque mille raffineurs ont mis à sec l'ensemble des pompes à essence en trois semaines. Ajoutez maintenant aux raffineurs, les cheminots, les agents de la RATP, les énergéticiens, les gaziers, les enseignants, tous les secteurs de la classe ouvrière, l'ensemble de la jeunesse et des quartiers populaires, imaginez la situation dans le pays si cela existait ? »
« Si Meloni commence à reculer, c'est parce que le mouvement ouvrier a lancé une grève pour défendre la Palestine. Pourquoi les directions syndicales en France n'appellent à rien alors que l'État se réarme, alors que Jean-Paul Delescaut est réprimé ! Souvenez-vous des mille… pic.twitter.com/BOpRpPE4wE
— Révolution Permanente (@RevPermanente) June 18, 2026
Alors que les États-Unis ont signé un accord de capitulation avec l'Iran qui acte leur défaite militaro-stratégique et que la révolte bolivienne marque peut-être le début d'un mouvement de contestation plus large contre l'offensive nord-américaine en Amérique latine, il y a ainsi urgence à profiter des brèches et des fragilités de l'impérialisme. Il faut construire un bloc de résistance qui puisse servir de bouclier à tous ceux qui se battent contre le génocide et de point d'appui pour construire un mouvement anti-impérialiste et internationaliste puissant en soutien au peuple palestinien. C'est sur cet appel qu'Anasse Kazib a conclu la discussion : « Aujourd'hui, il y a toute une nouvelle génération anti-impérialiste qui s'est forgée autour du soutien au peuple palestinien et qui demain va se forger contre les plans guerriers qu'ils sont en train de mettre en place. Il faut que nous sortions de cette salle avec cette combativité et cette rage. Face à la répression, à l'autoritarisme, il faut répondre avec la radicalité révolutionnaire. »
Erreur ! Nom du fichier non spécifié. « Gaza, Gaza Soccer Beach, où les tirs se poursuivent même quand l'arbitre siffle. RDV le 25 juin pour soutenir Anasse Kazib et tous les réprimés ! »
SALLE COMBLE pour le concert de Médine, rappeur antiraciste et pro-Palestine à la salle de la Légion d'honneur à Saint-Denis. pic.twitter.com/PwEppB9xLS
— Révolution Permanente (@RevPermanente) June 18, 2026
La soirée s'est terminée dans une ambiance festive. Tandis que la cour de la Légion d'honneur avait été transformé en un espace de convivialité et qu'un village politique avait été organisé, le concert de Médine se déroulait au même moment. Alors que le chanteur reprenait « Gaza soccer beach », la salle s'est enflammée tandis que des centaines de personnes scandaient « Gaza, Gaza, Saint-Denis est avec toi ! » L'artiste a également appelé à soutenir Anasse Kazib, « à travers lui, c'est notre combat qui est porté », et à venir nombreux au rassemblement du 25 juin, devant le tribunal de Paris, à 11h. L'année dernière, plus de 2000 personnes s'étaient déjà rassemblées pour adresser leur soutien au cheminot réprimé, avant que l'audience ne soit renvoyée. Cette année, il faudra être encore plus nombreux pour défendre le droit de dénoncer un génocide.
Crédits Photo. Rémy El Sibaïe

