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Mexique : le mondial de football fait émerger les sujets mis sous le tapis par le gouvernement

Fri, 19 Jun 2026 10:28:44 CEST

Révolution Permanente

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Pendant que le Mexique célébrait ses victoires sur le terrain contre l'Afrique du Sud, une autre réalité s'imposait dans les rues : des manifestations d'enseignants, des collectifs de mères et des familles des 43 étudiants disparus de l'école d'Ayotzinapa étaient réprimés par le gouvernement.

Dans une déclaration cynique et contradictoire qui cherchait à nier les mobilisations en cours au Mexique, la présidente Claudia Sheinbaum déclarait dans sa matinale du 10 juin dernier : « Au Mexique il n'y a pas un problème […] il n'y a pas un sujet qui a un rapport avec un mécontentement social ». Pourtant, le gouvernement peine à masquer les problèmes sociaux graves que l'organisation commune de la Coupe du monde avec les Etats-Unis et le Canada était sensée cacher. Au contraire, l'événement international est en train de faire émerger sur la scène publique deux sujets, mis sous le tapis par le gouvernement : d'un côté, les disparitions de milliers de Mexicains et l'absence de résolution du cas des 43 étudiants d'Ayotzinapa disparus ; de l'autre, le maintien des politiques néolibérales par le gouvernement, les attaques sur l'éducation publique et sur le système des retraites.

De l'argent pour la Coupe du monde, l'austérité pour les classes populaires

Depuis des décennies, les assassinats et les disparitions forcées constituent l'une des plaies les plus profondes de la société mexicaine. Une réalité qui s'est maintenue sous les gouvernements successifs, y compris sous celui d'Andrés Manuel López Obrador (AMLO), malgré les promesses de changement formulées par Morena. Claudia Sheinbaum s'était elle aussi engagée à s'attaquer à cette crise.

Dans les faits, ce sont toujours les familles et les collectifs de mères de personnes disparues qui sillonnent le territoire à la recherche d'indices, de fosses clandestines ou de restes humains susceptibles de permettre l'identification de leurs proches. De son côté, l'État se contente de réponses largement insuffisantes, tant en matière de financement que de suivi des enquêtes et des recherches. Cette passivité, qui confine à la complicité, montre que seule la mobilisation des familles est en mesure de faire avancer la vérité et d'arracher la justice.

À l'approche de la Coupe du monde, la question des disparitions revient cependant sur le devant de la scène. Les préoccupations des autorités ne portent pas sur la crise humanitaire elle-même, mais sur l'image du pays et la sécurité autour des infrastructures qui accueilleront la compétition. Depuis la fin de l'année 2025, de nombreux médias rapportent ainsi la découverte de fosses clandestines à quelques kilomètres du stade Akron de Guadalajara, l'un des sites retenus pour le Mondial.

Les membres du collectif Guerrero Buscadores de Jalisco soulignent eux-mêmes que ces découvertes attirent désormais l'attention parce qu'elles se situent à proximité d'un stade qui accueillera la Coupe du monde. À Guadalajara, les militantes dénoncent parallèlement un vaste processus de « nettoyage » urbain destiné à embellir la ville aux yeux des visiteurs et des médias internationaux, bien plus qu'à répondre aux besoins de ses habitants.

Cette priorité apparaît également dans les choix budgétaires du gouvernement. Les travaux d'infrastructure réalisés dans les trois principales villes hôtes (Mexico, Guadalajara et Monterrey) représentent près de deux milliards d'euros, soit presque trois fois les montants consacrés à la recherche des personnes disparues. Sheinbaum a tenté de minimiser cet investissement en le présentant comme un simple soutien aux infrastructures publiques. Mais le message envoyé est limpide : les exigences de la FIFA passent avant celles des familles de disparus.

Avant même le coup d'envoi du tournoi, le Mexique détenait ainsi un triste record : celui des disparitions forcées, avec plus de 133 000 personnes portées disparues. Pour faire entendre leurs revendications, des familles et des collectifs ont manifesté aux abords du stade Azteca lors de la cérémonie d'ouverture. Leur mobilisation rejoint celle des proches des 43 étudiants de l'école normale d'Ayotzinapa, disparus avec la complicité de l'État mexicain. Mais c'est surtout la mobilisation nationale des enseignants regroupés au sein de la Coordination nationale des travailleurs de l'éducation (CNTE) qui a révélé une autre facette de la politique menée par le gouvernement.

La grève des enseignants met le gouvernement sous pression

Parmi les engagements de campagne de Claudia Sheinbaum figurait l'abrogation de la réforme de l'ISSSTE de 2007, l'une des mesures emblématiques de l'offensive néolibérale contre les retraites des travailleurs du secteur public, en particulier dans l'éducation. Cette réforme a ouvert la voie au système des Afores, qui confie la gestion de l'épargne retraite à des institutions financières privées. Parmi les principaux bénéficiaires figurent des groupes mexicains comme Banco Azteca, propriété du magnat Ricardo Salinas Pliego, Banorte ou Coppel, mais également de grands acteurs de la finance internationale comme BlackRock.

Depuis le début du mois de juin, près de 50 000 enseignants se sont mobilisés dès les premières journées de grève. Le conflit s'inscrit dans une bataille engagée depuis plusieurs mois. En mars dernier, les enseignants avaient déjà contraint le gouvernement à retirer une proposition de réforme rejetée par la profession. Mais la revendication centrale demeurait inchangée : l'abrogation complète de la loi ISSSTE de 2007. Cette exigence s'appuie notamment sur les promesses formulées par Sheinbaum elle-même durant sa campagne présidentielle, lorsqu'elle affirmait vouloir revenir sur les réformes des retraites héritées de la période néolibérale.

Le contraste est saisissant. D'un côté, les cérémonies fastueuses liées à la Coupe du monde, leurs feux d'artifice et leurs opérations de communication. De l'autre, les mobilisations des enseignants, des collectifs de mères de disparus et des familles d'Ayotzinapa confrontées à une répression croissante. Le bilan de la répression est lourd : plusieurs enseignants ont été grièvement blessés lors des manifestations et l'un d'entre eux a perdu la vue après avoir été touché par des tirs policiers. Tandis que les travailleurs réclament le respect des engagements pris par le gouvernement, la réponse apportée est celle de la répression. Afin d'empêcher les manifestations d'atteindre les lieux les plus symboliques du pouvoir, les autorités ont même fait ériger des barrières autour du Zócalo.

Parallèlement, le gouvernement mène une offensive médiatique visant à discréditer le mouvement enseignant. Sa principale ligne de défense consiste à présenter les mobilisations de la CNTE comme une tentative de déstabilisation orchestrée par la droite et par le magnat Salinas Pliego. Une argumentation qui peine à masquer le fond du problème. D'un côté, le gouvernement affirme défendre les travailleurs ; de l'autre, il refuse de satisfaire l'une de leurs principales revendications tout en réprimant les mobilisations.

Dans le même temps, Sheinbaum multiplie les déclarations célébrant l'image d'un Mexique joyeux et uni autour de la Coupe du monde, alors que les conflits sociaux se multiplient à travers le pays.
Sous couvert d'appels à manifester « pacifiquement » afin de ne pas perturber un événement présenté comme essentiel pour le peuple mexicain et pour les visiteurs étrangers, le gouvernement cherche surtout à esquiver toute réponse concrète aux revendications des enseignants, des familles de disparus et des proches des étudiants d'Ayotzinapa.

Jusqu'à présent, Sheinbaum a également évité d'ouvrir des négociations directes avec la CNTE. Les discussions ont été renvoyées vers le ministère de l'Intérieur et le ministère de l'Éducation, chargés de présenter une proposition qui ne remet nullement en cause la loi ISSSTE de 2007. Les modifications avancées se limitent à quelques ajustements administratifs, sans toucher à l'architecture générale du système. La CNTE a rejeté cette proposition. En réponse, la présidente a menacé de contourner les directions syndicales en s'adressant directement aux enseignants, école par école. Une démarche qui témoigne du peu de considération accordée par le gouvernement aux travailleurs mobilisés.

Pour qui gouverne Claudia Sheinbaum ?

Alors que l'argent public est déversé au profit de la FIFA, des ONG dénoncent : « Le Mexique "paie" les coûts de la Coupe du monde tandis que la FIFA en concentre les bénéfices ». Du côté des retraites, les représentants de la CNTE dennoncent que 25 millions de personnes sont affiliées à l'Afore Azteca du magnat Salinas Pliego, soit un quart de la totalité des comptes. Le discours peut se prétendre de gauche ; les faits, ne mentent pas. Face à cette réalité, la CNTE crie : « La dignité des enseignants et du peuple travailleur vaut plus que votre Mondial et vos gains ». Une Coupe du monde qui n'est pas pour la majorité des Mexicains. Avec un salaire de 280 euros par mois dans l'informalité, il faudrait travailler presque deux ans sans dépenser un centime pour acheter un billet.

Ce que révèle finalement la préparation du Mondial, c'est le refus d'un gouvernement qui se présente comme progressiste à rompre avec les mécanismes fondamentaux hérités du néolibéralisme. Face à cette situation, les enseignants de la CNTE, les collectifs de mères de disparus et les familles d'Ayotzinapa ont rappelé une réalité essentielle : c'est dans la mobilisation et dans la rue que s'expriment aujourd'hui les principales résistances aux politiques néolibérales avec lesquelles le gouvernement du MORENA n'a pas rompu.

Crédits photo : Wikimedia Commons

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