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L'Université de Montpellier signe un partenariat permettant à TotalÉnergies d'évaluer les étudiants

Fri, 19 Jun 2026 14:30:04 CEST

Révolution Permanente

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Malgré l'opposition des étudiants et enseignants, la présidence de l'Université de Montpellier a imposé un partenariat avec TotalEnergies, dans le master Énergie, donnant des pouvoirs d'évaluation à l'entreprise. Derrière ce nouveau cadeau fait à la multinationale écocide, ce sont les liens croissants entre l'université et les intérêts privés qui apparaît.

Le 11 juin dernier, la présidence de l'Université de Montpellier a signé une convention de partenariat avec TotalEnergies pour plusieurs parcours du master Énergie de la Faculté des Sciences. Une décision qui a suscité une vive opposition parmi les étudiants, les doctorants et une partie du personnel enseignant. Malgré cette contestation, la convention a finalement été adoptée au terme d'un vote particulièrement serré : 14 voix pour, 14 voix contre. « C'est la voix prépondérante du président de l'université qui a permis son adoption », raconte un étudiant de l'UM.

Derrière ce vote se cache bien davantage qu'un simple partenariat pédagogique. En accordant à TotalEnergies un rôle direct dans la formation et l'évaluation des étudiants, l'Université de Montpellier franchit un nouveau pas dans la soumission de l'enseignement supérieur aux intérêts des grandes entreprises privées.

TotalEnergies au cœur de la formation des étudiants

Présenté par la présidence comme un moyen de rapprocher l'université du monde professionnel, le partenariat prévoit en réalité une implication directe de la multinationale pétrolière dans plusieurs enseignements du master Énergie.

La convention indique ainsi que TotalEnergies participera à la rédaction de plusieurs unités d'enseignement portant notamment sur les « enjeux énergétiques », le « développement durable », la « qualité, sécurité, environnement » ou encore le « management de projets ». Les salariés et retraités de l'entreprise, réunis dans le dispositif « TotalEnergies Professeurs Associés », assureront également une partie des enseignements.

Mais le point le plus scandaleux concerne l'évaluation des étudiants. L'article 2 de la convention prévoit explicitement que les professionnels de TotalEnergies « participeront aux contrôles des connaissances » et « noteront les étudiants en partenariat avec les enseignants ».

Autrement dit, une multinationale dont l'activité repose principalement sur l'exploitation des hydrocarbures pourra participer à l'évaluation des étudiants censés développer leur esprit critique sur les questions énergétiques et environnementales.

C'est précisément ce que dénoncent les signataires d'une pétition lancée ces derniers jours, qui a déjà recueilli plus de 500 signatures malgré une université largement désertée par les étudiants en raison des vacances universitaires. Les signataires soulignent notamment qu' il est impossible de « former des étudiant·es à une véritable indépendance de pensée : comment peut-on émettre des critiques envers un acteur comme TotalEnergies lorsque l'obtention de son diplôme en dépend ? ».

Le caractère problématique de cette convention apparaît d'autant plus clairement que son préambule reprend à son compte plusieurs éléments de communication de TotalEnergies, notamment l'affirmation selon laquelle l'entreprise aurait pour ambition de devenir « un acteur majeur de la transition énergétique » et d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Une rhétorique de greenwashing qui a pourtant déjà valu à l'entreprise d'être condamnée pour pratiques commerciales trompeuses.

Une présidence qui préfère passer en force

Cette convention ne tombe pas du ciel. Depuis plusieurs mois, des étudiants, doctorants et enseignants alertent sur les conséquences de ce partenariat et réclament un véritable débat sur la place des entreprises privées au sein de l'université.

Selon plusieurs militants impliqués dans la mobilisation, la présidence a systématiquement refusé d'ouvrir une discussion de fond sur le sujet. Au cours de l'année, plusieurs blocages ont été organisés contre les partenariats de l'université. La contestation a donné lieu à des interventions policières sur le campus ainsi qu'à des menaces de sanctions disciplinaires contre les étudiants mobilisés.

Pour de nombreux opposants au partenariat, cette attitude illustre le fonctionnement de plus en plus autoritaire des directions universitaires lorsqu'il s'agit d'imposer des projets favorables aux intérêts patronaux. Alors même que la convention soulève des questions majeures concernant l'indépendance de l'enseignement et de la recherche, la présidence a préféré utiliser sa voix prépondérante pour faire passer le texte plutôt que de répondre aux exigences de transparence sur le sujet.

La situation est d'autant plus frappante que le master concerné ne représente qu'une petite partie de l'Université de Montpellier. Avec ses dizaines de milliers d'étudiants répartis sur plusieurs campus et composantes, beaucoup ignorent encore l'existence même de ce partenariat. Une réalité qui explique en partie les difficultés rencontrées jusqu'ici par la mobilisation : « Les étudiants se sentent pas concernés par ce qui se passe ailleurs [que dans leur UFR], alors que c'est la même université ! », témoigne un étudiant.

Derrière Total, toute la question de l'emprise des intérêts privés sur l'université

Mais la multinationale pétrolière constitue surtout la partie visible d'un problème beaucoup plus large. Dans les bâtiments de l'université, les logos de grands groupes privés sont omniprésents. Thalès, Safran, Capgemini ou encore Sanofi entretiennent eux aussi des liens étroits avec différents laboratoires, formations ou projets universitaires.

Cette évolution n'est d'ailleurs pas propre à Montpellier. À Strasbourg, TotalEnergies avait accordé plusieurs millions d'euros de financements en échange d'une participation directe à la vie universitaire. À Paris 8, des étudiants ont dénoncé les liens entre plusieurs formations et des entreprises du complexe militaro-industriel comme Thalès. À Bordeaux, une large coalition d'organisations avait exigé la rupture des partenariats entre l'université et des groupes d'armement tels que Safran, Dassault ou Thalès, complice du génocide à Gaza.

Partout, la même logique est à l'œuvre : face à des universités toujours plus asphyxiées budgétairement, les gouvernements encouragent le recours aux financements privés et renforcent les liens entre l'enseignement supérieur et les grandes entreprises. Les groupes industriels ne se contentent plus de financer quelques projets – ils interviennent désormais dans les orientations de la recherche, dans la définition des formations et parfois même dans l'évaluation des étudiants.

Pour ces entreprises, l'enjeu est double. Il s'agit d'abord de former une main-d'œuvre adaptée à leurs besoins. Mais aussi de redorer leur image auprès de la jeunesse en se présentant comme des acteurs responsables et engagés dans les grandes transformations sociales ou écologiques.

Le cas de TotalEnergies est particulièrement révélateur. Alors que l'entreprise multiplie les projets fossiles à travers le monde et fait régulièrement l'objet de critiques pour leurs conséquences sociales et environnementales, elle cherche parallèlement à se présenter comme un champion de la transition énergétique. Son implantation au sein des universités participe directement de cette stratégie de légitimation.

Construire la mobilisation à la rentrée

Malgré l'adoption de la convention, la bataille est loin d'être terminée. Le succès rapide de la pétition, le soutien d'une partie des enseignants et des doctorants ainsi que les mobilisations déjà organisées ces derniers mois montrent qu'une opposition existe au sein de l'université. Pour de nombreux militants, l'enjeu sera désormais de transformer cette contestation en une mobilisation plus large à la rentrée.

Car la question posée par le partenariat avec TotalEnergies dépasse largement le cadre d'un seul master ou d'une seule composante. Elle concerne l'ensemble des étudiants et personnels de l'Université de Montpellier. Derrière la présence de Total se pose en effet une question fondamentale : celle de l'indépendance de l'enseignement supérieur face aux intérêts des grandes entreprises.

Dans un contexte marqué par les coupes budgétaires, la multiplication des partenariats privés et la progression de l'emprise du complexe militaro-industriel sur les universités, la lutte contre cette convention peut devenir un point d'appui pour remettre en cause plus largement la transformation de l'université au service des intérêts patronaux.

De ce point de vue, l'enjeu n'est pas seulement d'obtenir la rupture du partenariat avec TotalEnergies. Il est aussi de construire un rapport de force permettant de s'opposer à l'ensemble des partenariats avec les groupes écocidaires et militaristes qui cherchent à faire de l'université un outil au service de leurs profits plutôt qu'un lieu de production de savoirs indépendants au service des besoins de la société.

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