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Appui à la répression, soutien politique : Lula aux côtés du gouvernement Paz contre le peuple bolivien

Fri, 19 Jun 2026 17:45:46 CEST

Révolution Permanente

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Alors que le peuple bolivien se soulève contre le gouvernement réactionnaire de Rodrigo Paz et affronte une répression sanglante qui a déjà fait au moins six morts, le président brésilien Lula da Silva affiche un soutien sans équivoque aux classes dominantes boliviennes. Une position qui met une nouvelle fois en lumière l'impasse du « progressisme » latino-américain.

Depuis plusieurs semaines, la Bolivie est traversée par un mouvement de révolte populaire d'une ampleur inédite depuis des années. Des dizaines de milliers de paysans, d'ouvriers et de membres des peuples originaires ont lancé des blocages massifs à travers le pays, paralysant les principales artères économiques. Le gouvernement d'extrême droite de Rodrigo Paz a répondu par une répression féroce : gaz lacrymogène, balles en caoutchouc, arrestations massives, séquestration. Le bilan humain s'alourdit alors qu'au moins six manifestant·es ont perdu la vie.

Face à ce retour au premier plan de la classe ouvrière bolivienne, l'attitude du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva est particulièrement révélatrice. Celui qui se posait en rempart contre le néolibéralisme et en défenseur des peuples opprimés d'Amérique latine soutient aujourd'hui le projet austéritaire néolibéral du président bolivien.

Du discours anti-néolibéral au soutien d'un gouvernement d'extrême droite

La relation entre le Brésil et la Bolivie n'est pas un accident de parcours. Dès le 16 mars, Lula recevait Rodrigo Paz au palais du Planalto pour sa première visite officielle au Brésil, malgré la radicalisation palpable vers l'extrême droite pro-trumpiste d'un gouvernement élu sur la base d'un programme de centre-droit. La réception en grande pompe, présentée comme une discussion sur l'énergie et les investissements, envoyait un signal politique sans ambiguïté de validation par Brasília du nouveau pouvoir à La Paz.

S'il avait initialement émis quelques déclarations vagues appelant au respect du droit à la protestation, la suite a dissipé toute ambiguïté. Après avoir reçu un appel téléphonique de Paz le 25 mai, Lula a « réitéré sa solidarité au gouvernement et au peuple boliviens », en défendant que les deux parties « évitent le recours à la violence et privilégient le dialogue ». À la demande de Paz, il a en outre annoncé l'envoi d'« aide humanitaire » à la Bolivie. Mettre sur le même plan la répression d'État et la résistance populaire afin « d'éviter la violence » relève d'un choix politique délibéré. Cela alors qu'au même moment le gouvernement bolivien lui-même venait de confirmer la mort d'un manifestant lors de confrontations avec les policiers et les militaires.

Mais ce soutien ne se limite pas aux déclarations diplomatiques. Un avion de la Force aérienne bolivienne a par exemple décollé de l'aéroport international El Alto au début du mois en direction de Rio de Janeiro pour y récupérer du matériel anti-émeute fourni par l'entreprise brésilienne Cóndor, spécialisée dans la fabrication d'armes dites non létales. Grenades lacrymogènes, lanceurs, munitions de dispersion : c'est ce type d'arsenal qui tombe aujourd'hui sur les manifestant·es bolivien·nes. Le gouvernement de Lula a laissé faire sans opposer le moindre obstacle à cette transaction. Concrètement, c'est du matériel répressif brésilien, produit sous un gouvernement qui se réclame de la gauche, qui sert aujourd'hui à mater la révolte bolivienne.

Un « progressisme » qui craint que la mobilisation ne progresse

Ce n'est pas la première fois que Lula retourne sa veste face à une mobilisation populaire qui dérange l'ordre établi. Récemment reçu en grandes pompes à la Maison Blanche par Donald Trump, le président brésilien n'a pas prononcé un mot contre l'offensive impérialiste étasunienne au Venezuela ni contre le blocus criminel imposé à Cuba depuis des décennies, que l'impérialisme a durci ces derniers mois. Le Mexique de Claudia Sheinbaum, autre gouvernement dit « progressiste » de la région, défend la même logique : tout plutôt qu'une rupture avec Washington.

Ce tableau révèle l'impasse stratégique que représente ces gouvernements dits progressistes. Loin d'être des remparts contre le néolibéralisme, ils soumettent en réalité leurs pays aux exigences de l'impérialisme étasunien tout en cultivant l'image d'une gauche modérée et responsable. C'est pour cela que Lula et ses homologues « progressistes » craignent que la révolte bolivienne ne franchisse les frontières. Un peuple qui gagne et qui renverse un gouvernement réactionnaire par une lutte massive et qui impose ses exigences par les blocages et la grève, c'est un exemple vivant pour l'ensemble du continent.

Ce serait une onde de choc susceptible de remettre en question non seulement les gouvernements d'extrême droite, mais aussi les exécutifs dits modérés ou « progressistes » qui se font le relais de leur propre bourgeoisie et de l'impérialisme étatsunien en Amérique latine tout en se présentant comme la seule alternative à l'extrême droite. C'est pourquoi Lula pousse à la négociation car la révolte bolivienne fournit la preuve qu'il existe une autre voie à gauche que celle de la compromission.

Une victoire du mouvement, qu'il s'agisse du renversement du gouvernement Paz ou de la conquête d'avancées décisives, serait une onde de choc pour l'ensemble des travailleur·ses et exploité·es d'Amérique latine. La preuve vivante que la mobilisation des classes populaires est la seule capable d'affronter frontalement l'impérialisme et d'ouvrir une brèche dans l'ordre capitaliste que les « progressistes » s'emploient, eux, à préserver.

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