Marseille : effondrement des planchers d'un immeuble, symbole d'une mairie qui n'a rien réglé au mal-logement
Fri, 19 Jun 2026 20:45:02 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalJeudi soir, plusieurs planchers d'un immeuble en travaux se sont effondrés en plein centre-ville de Marseille, à Noailles. Dix-sept personnes évacuées, trois intoxiquées, presque huit ans après le drame de la rue d'Aubagne qui avait tué huit personnes. À nouveau, c'est tout le système du mal-logement marseillais et la responsabilité de la mairie qui sont en cause.

Vers 21 heures jeudi 18 juin, plusieurs planchers d'un immeuble de cinq étages en cours de rénovation se sont effondrés au 5 rue Halle Delacroix, dans le quartier de Noailles, en plein 1er arrondissement de Marseille, à deux pas de la rue d'Aubagne, tristement connue depuis le drame du 5 novembre 2018. L'immeuble, inoccupé, était en travaux et l'effondrement de ces planchers a soulevé un épais nuage de poussière.
Trois passants qui se trouvaient dans la rue au moment des faits ont été intoxiqués par cette poussière et hospitalisés. Par mesure de sécurité, cinq immeubles voisins et leurs dix-sept occupants ont été évacués. Soixante-dix marins-pompiers, vingt-et-un engins et d'immenses effectifs de la police nationale et municipale ont été déployés sur place.
Une police surtout présente pour appliquer les consignes du maire Benoît Payan, qui a immédiatement demandé à la population de ne pas se rendre sur place, et qui demandait de ne prendre d'image de ce nouveau symbole du mal-logement dans le quartier de Noailles.
Noailles, encore : la mairie n'a rien réglé depuis 2018
Car le lieu n'a rien d'anodin. Le 5 novembre 2018, à quelques mètres de là, les immeubles du 63 et du 65 rue d'Aubagne s'effondraient entièrement, faisant huit morts et provoquant l'évacuation, dans les mois qui ont suivi, de plus de 4 500 habitants logés dans 578 immeubles jugés dangereux. Un procès hors normes s'est ouvert en novembre 2024 pour juger les responsables de ce drame : propriétaires privés, syndic défaillant, le bailleur social Marseille Habitat - filiale de la Ville - et un ancien adjoint au maire de l'époque, Jean-Claude Gaudin. Ce procès a mis en lumière une chaîne de responsabilités remontant à 2014, des alertes ignorées pendant des années par des propriétaires peu pressés d'engager des travaux et par une mairie qui n'a jamais réagi et qui a continué à protéger les bailleurs et les spéculateurs immobiliers.
Six ans après le drame, et alors même que la municipalité a changé de couleur politique en 2020, les mêmes dynamiques persistent. Pourtant, le Printemps Marseillais est justement parvenu à gagner la ville en surfant sur le dégagisme du « système Gaudin » que l'effondrement de la Rue d'Aubagne avait inspiré à la population marseillaise. Les espoirs suscités par la coalition dominée par le PS et soutenue par EELV et le PCF se sont bien vite transformés en désillusions. Suite au drame et à la colère sociale qui s'était exprimée dans les rues, un rapport commandé par le ministère du Logement évaluait déjà à 100 000 le nombre de Marseillais vivant dans des conditions dangereuses pour leur santé ou leur sécurité. Un chiffre resté stable depuis, le nombre de rénovations compensant à peine celui des immeubles qui se dégradent chaque année. À cela s'ajoutent environ 3 000 personnes vivant en squat par nécessité et 16 000 sans-abri recensés à Marseille, un nombre en hausse constante.
Derrière des annonces cosmétiques, le Printemps Marseillais a continué à organiser la spéculation immobilière et la hausse des loyers, alimentée par la multiplication des locations Airbnb, pendant que la construction de logements sociaux reculait, alors que des dizaines de milliers de demandes restent en attente. Le système clientéliste mis en place par la clique de Gaudin pendant plus de 20 ans n'a pas disparu, il a simplement été repeint en rose. Pour les habitants et les classes populaires, les problèmes de pauvreté et d'insalubrité chroniques, le vernis des socialistes s'est très vite écaillé. La réquisition des logements vides, pourtant promise dans le programme municipal de 2020, n'a jamais été mise en œuvre.
Un plan d'urgence pour faire face à la crise sociale
Cet épisode, qui aurait pu virer au drame, est un avertissement et un rappel douloureux pour les habitants du quartier. Face à l'ampleur du mal-logement et du sans-abrisme à Marseille, il est urgent de réquisitionner les logements vides, pour reloger dignement toutes celles et ceux qui en ont besoin. Cette mesure doit s'accompagner d'un grand plan de rénovation et de réhabilitation de l'habitat indigne, financé par les grandes fortunes et les propriétaires bailleurs, et non par l'austérité imposée aux classes populaires, et placé sous le contrôle de la population et des habitants des quartiers concernés. C'est avec ce programme, qui ne pourra s'arracher que par l'organisation des travailleurs et des habitants en indépendance de l'État, que Mathilde Lanté a récolté plus de 7 % des voix aux dernières élections municipales du 4e et 5e arrondissement de Marseille, juste au-dessus de Noailles. Preuve que ces revendications trouvent un écho important auprès des classes populaires et de la colère contre les politiciens professionnels qui organisent le mal-logement.
Tant que le logement restera une marchandise aux mains des propriétaires et que les mairies se contenteront de communiqués rassurants après chaque alerte, Marseille continuera de jouer avec la vie de ses habitants les plus précaires.