Airbus. « Le PDG attaque nos conditions de travail au nom de la guerre et de la militarisation »
Thu, 18 Jun 2026 12:23:50 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDans une lettre adressée aux employés, le PDG d'Airbus annonce une restriction importante du télétravail et un recentrage sur « les priorités fondamentales ». Des attaques contre les travailleurs qu'il justifie au nom d'un contexte géopolitique complexe marqué par la guerre.

Début juin, le PDG d'Airbus, Guillaume Faury, a envoyé une lettre à l'ensemble des salariés. En trois pages, le dirigeant du géant de l'aéronautique déroule un argumentaire qui articule les enjeux de la situation internationale et les difficultés de l'entreprise. L'objectif ? Convaincre les travailleurs d'Airbus que c'est à eux de faire les efforts pour affronter cette situation internationale convulsive. L'attaque centrale, c'est la baisse drastique du temps de télétravail pour les ingénieurs, qui devrait passer à un jour par semaine maximum à partir de septembre.
Dès les premiers mots, la couleur est annoncée : « Dans un contexte géopolitique et économique qui reste complexe, et marqué par un premier trimestre décevant (…) je souhaite aborder avec vous certains points majeurs pour améliorer notre collaboration au sein dʼAirbus ». Le langage bien lissé masque mal l'idée que c'est aux travailleurs de payer les conséquences de la situation.
Une pression sur les travailleurs qui se fait au nom de la militarisation. En effet, dans sa lettre, Guillaume Faury souligne que « les gouvernements font face à des menaces sur la sécurité en Europe et au-delà » et qu'ils attendent désormais de recevoir leurs équipements « plus rapidement ». Derrière cette formulation, le message est clair : Airbus entend profiter de la marche à la guerre en se positionnant à l'avant-garde de la militarisation pour répondre aux besoins de l'impérialisme français et européen.
Cette réorientation s'accompagne déjà d'une remise en cause de certaines activités. Ainsi, le PDG affirme qu'« une bonne idée qui n'est pas alignée sur nos priorités est en réalité une mauvaise idée », une formule qui annonce le recul des projets environnementaux et la baisse des budgets de recherche et développement. « Cela fait quatre ans que le projet ZEROe subit d'énormes coupes budgétaires. On nous impose des deadlines ultra-serrées pour qu'à chaque fois ces projets soient abandonnés petit à petit. On a l'impression de travailler pour rien », souligne un travailleur d'Airbus. Un abandon des projets qui, jusque-là, jouaient un rôle de « greenwashing » de la multinationale, au bénéfice des projets militaires.
De plus, le dirigeant d'Airbus évoque un « premier trimestre décevant » pour justifier ses attaques. Il appelle les salariés à réussir « le plus gros second semestre de notre histoire ». Pour y parvenir, il remet au goût du jour les recettes habituelles du patronat : hausse des cadences, remise en cause des acquis sociaux et pression accrue sur les salariés. Il revendique notamment le projet RELOAD, qui avait déjà attaqué les rémunérations, les congés et le temps de travail.
Il appelle les salariés à être plus « rapides et efficaces » et dénonce un « absentéisme élevé », faisant ainsi porter aux travailleurs la responsabilité des difficultés rencontrées par le groupe. Dans le même temps, la direction entend s'attaquer au télétravail, présenté comme un obstacle à la performance collective. Là encore, la logique est claire : accroître le contrôle sur les salariés et augmenter encore leur disponibilité au service de l'entreprise.
« Les annonces sont claires. Le PDG attaque nos conditions de travail au nom de la guerre et de la militarisation », dénonce un salarié.
Pour relever ce défi qu'il impose lui-même aux salariés, Guillaume Faury invoque l'esprit d'équipe de la « Team Airbus ». Mais derrière la rhétorique sur « les collaborateurs » de la « Team Airbus », il existe une différence fondamentale. Les salariés d'Airbus n'ont pas les mêmes intérêts que leur PDG et les actionnaires. Loin d'être des collaborateurs, les actionnaires et dirigeants d'Airbus exploitent le travail des salariés qui produisent les richesses mais sont loin d'en profiter.
Guillaume Faury a du mal à cacher une vérité crasse : quand les travailleurs voient leurs primes de participation diminuer de moitié et leurs conditions de travail se dégrader, le salaire du PDG a augmenté de 33 % et les actionnaires ont vu leurs dividendes progresser. Derrière les appels à l'unité se cachent des intérêts de classe opposés.
La mobilisation inédite depuis 2010 qui a secoué l'entreprise ces dernières semaines contre la baisse de la prime de participation montre qu'il existe une colère profonde chez les travailleurs d'Airbus.
Ce jeudi 18 juin, la CGT Airbus a appellé à la mobilisation contre cette attaque contre le télétravail.
Face à une direction qui veut faire payer aux travailleurs la militarisation de l'économie et la course aux profits, la défense des salaires, des primes et des conditions de travail ne peut être dissociée de la lutte contre la marche à la guerre.
En effet, le patronat de l'aéronautique défend un véritable projet politique pour défendre ses intérêts, un projet guerrier face auquel les travailleurs doivent chercher à s'organiser en défendant au contraire leur propre politique : celle de la solidarité entre travailleurs par-delà les frontières, contre la guerre et contre ceux qui en tirent profit.