Elon Musk, premier « billionaire » de l'histoire : l'indécence au cœur de l'impérialisme décadent
Wed, 17 Jun 2026 21:10:08 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAvec une fortune désormais estimée à 1 200 milliards de dollars, Elon Musk devient le premier « billionaire » de l'histoire. Un record vertigineux, symptôme d'un système barbare qui n'a jamais tant exploité qu'aujourd'hui.

Depuis que vous avez cliqué sur cet article, Elon Musk a gagné plus que vous ne toucherez de toute votre vie. La fortune de l'homme d'affaires, estimée à 800 milliards de dollars par Forbes il y a encore deux semaines, aurait en effet atteint ces derniers jours 1.2 billions de dollars. Soit une augmentation d'entre 1 et 2 millions toutes les minutes, qui fait de lui le premier billionaire (trillionnaire en anglais) de l'histoire.
Rappelons tout de même les origines de cette richesse colossale : Musk est issu d'une famille afrikaner ayant tiré bénéfice du régime d'apartheid en Afrique du Sud. Son père, un ingénieur fortuné, a possédé une mine d'émeraude en Zambie, source de la fortune conséquence de la famille. Loin du mythe du self-made man qu'il se plaît à entretenir, les premiers « exploits » entrepreneuriaux d'Elon Musk trouve leurs fondements dans la ségrégation raciste et coloniale d'Afrique du Sud dont sa famille a bénéficié et grâce à laquelle elle a obtenu sa fortune – la première entreprise d'Elon Musk a vu le jour grâce à un prêt de plusieurs dizaines de milliers d'euros de son père.
Or, ces dernières semaines, la richesse de Musk, qui trônait déjà en tête des classements de Forbes, a connu une nouvelle augmentation spectaculaire, suite à l'introduction en bourse de son entreprise SpaceX le week-end dernier. Le premier billionaire de l'histoire possède en effet 42% de l'entreprise, valorisée à environ 1 600 milliards de dollars depuis vendredi.
Alors que l'entreprise est déficitaire depuis sa création, elle est donc parvenue à atteindre directement le top 10 des entreprises les plus valorisées du monde. Bénéficiant de la décorrélation à peu près totale entre la bourse et les dynamiques économiques réelles, l'entreprise a atteint une telle place essentiellement grâce à l'influence politico-médiatique de son PDG, aux afflux massifs d'argent public étasunien (38 milliards en 20 ans) et à des jeux de boursicotages entre grands capitalistes, dont chacun parie que les prix des actions continueront de grimper et qu'ils sauront les revendre avant que le château de carte ne s'effondre.
Il y aurait de quoi rire devant cette démonstration de la bêtise et de l'absurdité qui sous-tend le système économique capitaliste qu'on nous vend comme la fin de l'histoire, si seulement ceux qui en subissent invariablement les conséquences n'étaient pas comme toujours ceux d'en bas. En effet, lorsque la prochaine bulle financière éclatera, ça n'est pas Musk qui en paiera le prix, pas plus que les grands banquiers qui ne manqueront pas d'être secourus par les Etats. Ceux qui subiront la crise seront les travailleurs et leurs familles comme en 1929, comme en 1973, comme en 2008 et comme en 2020.
D'ailleurs, sans même en venir à une future crise, c'est d'ores et déjà les classes populaires qui trinquent face à l'enrichissement vertigineux de Musk. L'économie est en effet un jeu à somme nulle, c'est à dire que ce que certains gagnent, d'autres le perdent nécessairement.
Or, il convient, pour mieux comprendre les ordres de grandeurs des valeurs vertigineuses dont on parle, de leur donner une valeur concrète en termes du temps de travail qu'elles représentent. Si on retranscrit la hausse fulgurante de patrimoine de Musk sur les deux dernières semaines, il a gagné autant que la richesse intégralement produite par 333 millions de travailleurs sur la même période, ou bien encore, si l'on veut encore tenter de visualiser l'absurdité d'une telle somme, l'équivalent de 3 millions d'années de travail réalisé par un seul travailleur. Elon Musk est assis à lui tout seul sur l'exploitation servile de l'équivalent de 5% de l'humanité. Un chiffre délirant et volontairement rendu intangible par la terminologie officielle du capitalisme.
Si les classes dominantes font tout pour rendre ce constat dur à dresser c'est parce qu'elles en sont d'autant plus conscientes. Pour conserver justement cet état de fait et permettre à son système barbare de survivre, Musk n'hésite pas à investir une part conséquente de cette richesse accumulée par l'exploitation pour renforcer cette même exploitation. C'est ainsi que l'homme d'affaires s'est spécialisé dans le financement, partout dans le monde, de forces politiques d'extrême droite, dédiées à la stigmatisation de certaines franges des classes populaires afin de diviser les travailleurs et ainsi détourner l'attention des véritables bénéficiaires de notre exploitation. C'est dans cet objectif qu'il avait été un soutien actif de la campagne de Trump aux États-Unis, et qu'aujourd'hui il finance par exemple le parti d'extrême droite AFD en Allemagne, ou soutient les lynchages racistes en Irlande du Nord. Une stratégie de division élémentaire mais bougrement efficace.
A l'heure où les classes populaires continuent de vivre très largement dans la misère et l'exploitation, où des millions de personnes meurent chaque année de la malnutrition, de maladies qu'on sait soigner ou du manque d'eau, il est plus évident que jamais que ces millions de morts et ces milliards de personnes plongées dans la pauvreté ne le sont pas par fatalité et sans raison. Elles le sont parce qu'une poignée de grands patrons, dont Elon Musk, peuvent continuer de s'enrichir sur le dos des travailleurs, à récolter le fruit du travail de milliards de personnes exploitées grâce à un système capitaliste bâti de longue date, à coup de guerres, de colonisation ou d'esclavagisme, mais loin d'être sans faille.
Face à ce règne de la spoliation et du vol organisé de notre force de travail par quelques grands parasites, il est plus pressant que jamais de militer pour un changement radical de système, pour abattre le capitalisme et restituer aux travailleurs tant le fruit de leur travail que leur droit à diriger eux-mêmes leurs vies. En 1916, le monde accueillait le tout premier milliardaire de son histoire, le magnat du pétrole étasunien John D. Rockefeller. L'année suivante, la Russie basculait dans la toute première révolution ouvrière réussie de l'histoire. C'est désormais le tout premier billionnaire que le monde accueille...