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Lyon. La nouvelle métropole de droite veut jeter à la rue 280 femmes et leurs enfants

Wed, 17 Jun 2026 21:14:18 CEST

Révolution Permanente

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À Lyon, la Métropole veut expulser 280 femmes et enfants qui occupent un immeuble qu'elle laisse vide. À l'audience du 12 juin, sa nouvelle majorité de droite réclamait leur mise à la rue. Une attaque brutale, qui prolonge l'offensive nationale contre les plus précaires.

Depuis le 6 mars 2026, le collectif Solidarité entre Femmes à la rue occupe un immeuble au 25 place de Milan, à Lyon. Le bâtiment compte 40 appartements. Il appartient à la Métropole de Lyon, qui le laissait vide. Plus de 280 personnes y vivent aujourd'hui : des femmes isolées, des enfants de moins de trois ans, des enfants scolarisés, des demandeuses d'asile, des personnes malades. Elles ont ouvert ce lieu faute d'hébergement public.

La Métropole a porté l'affaire devant la justice. Une première audience s'est tenue le 29 mai 2026. Le juge l'a renvoyée au 12 juin. Selon le collectif, la Métropole refuse tout dialogue malgré ses sollicitations répétées. Le 29 mai, jour de cette première audience, le courant a été coupé dans tout l'immeuble. Lyon vivait alors un épisode de canicule. Des personnes sous respirateur, des malades et des enfants scolarisés se sont retrouvés sans électricité. Le collectif a interpellé la Métropole, mais celle-ci n'a donné aucune réponse.

Ce vendredi 12 juin, une cinquantaine de personnes du collectif Solidarité entre femmes à la rue et ses soutiens étaient alors réuni·es devant le tribunal judiciaire de Lyon pour dénoncer la procédure engagée par la Métropole de Lyon visant à expulser les occupant·es du lieu. Le jugement sera rendu le 21 août. D'ici là, une visite du juge accompagné d'expert·es est prévue pour attester de la dangerosité présumée du bâtiment. Les habitant·es du lieu sont donc à l'abri jusqu'au délibéré du juge. Cependant, quelle que soit l'issue du procès, la mobilisation devra se poursuivre pour garantir leur droit à un logement. À l'issue de l'audience, une assemblée générale réunissant les habitant·es et le collectif s'est tenue afin de discuter des suites de la procédure et de l'occupation.

Cette situation est inacceptable. En effet, la Métropole a pourtant la responsabilité légale de mettre à l'abri les mères isolées et leurs enfants. Au lieu d'assumer cette obligation, elle poursuit en justice celles qui se sont abritées par leurs propres moyens, tout en laissant vacant un immeuble de quarante logements. Le scandale est total. L'hypocrisie est d'autant plus grande que le bâtiment aujourd'hui occupé était à l'origine destiné à des logements à loyers modérés, alors que la Métropole prévoit désormais sa démolition pour laisser place à des logements plus coûteux et moins accessibles aux ménages modestes.

La Métropole fonde sa demande d'expulsion sur un seul argument : la prétendue dangerosité du bâtiment. Cet argument ne tient pas. Les conclusions de l'expertise d'Architectes Sans Frontières et de l'Alpil contestent les affirmations de la Métropole concernant l'état de sécurité des lieux. Les occupantes ont en outre pris les mesures de sécurité nécessaires. La « dangerosité » sert donc de prétexte et cache en réalité une décision politique. Derrière cet argument technique se cache donc un choix politique : celui de remettre en cause un lieu d'hébergement qui permet aujourd'hui à des femmes et des enfants de ne pas dormir à la rue.

La coupure d'électricité ne fait qu'empirer la situation. Priver de courant des femmes, des enfants et des malades, en pleine canicule, relève de l'intimidation, si ce n'est de la mise en danger consciente. Personne n'a réagi du côté de la Métropole. De fait, cette méthode vise à rendre la vie impossible aux occupantes pour les pousser dehors.

Le calendrier souligne le rôle de la nouvelle majorité de droite. Véronique Sarselli a été élue présidente de la Métropole le 26 mars 2026, avec le soutien de Jean-Michel Aulas. Elle a succédé à l'écologiste Bruno Bernard. Quelques semaines plus tard, son exécutif lance les poursuites. Le signal est clair.

Ce qui se joue place de Milan dépasse cet immeuble. C'est toute la politique du logement portée par la majorité qui s'y révèle : privilégier la répression des plus précaires plutôt que leur mise à l'abri, protéger des bâtiments vides plutôt que d'y accueillir des familles.

Mais cette logique ne date pas de l'arrivée de la droite à la tête de la Métropole. Sous le précédent mandat, dirigée par les Écologistes, des expulsions tout aussi brutales avaient déjà visé les plus précaires. Des mères et leurs nouveau-nés avaient été remis·es à la rue par cette même collectivité -> https://www.revolutionpermanente.fr/La-metropole-de-Lyon-dirigee-par-Les-Ecologistes-remet-des-meres-et-leurs-nouveaux-nes-a-la-rue , alors présentée comme « de gauche ». Un campement de sans-abris avait été évacué violemment par la Métropole et la mairie écologistes, qui avaient livré les personnes présentes à la police aux frontières -> https://www.revolutionpermanente.fr/Lyon-La-metropole-et-la-mairie-ecologistes-expulsent-violemment-un-campement-de-sans-abris. Plus récemment encore, près de 250 mineurs isolés ont été contraints de dormir dehors par températures négatives -> https://www.revolutionpermanente.fr/Lyon-pres-de-250-mineurs-isoles-contraints-de-dormir-dehors-avec-des-temperatures-negatives, une situation qui perdure aujourd'hui pour les jeunes hébergés au jardin des Chartreux. Que la majorité soit de droite ou écologiste, la même logique s'applique : chasser les plus précaires et protéger la propriété privée. Le changement de couleur politique à la tête de la Métropole ne fait qu'accentuer une politique déjà existante.

Par ailleurs, cette attaque locale s'inscrit dans une offensive nationale. La loi Kasbarian-Bergé, votée le 27 juillet 2023, a transformé le squat en délit pénal -> https://www.revolutionpermanente.fr/Loi-anti-squat-comprendre-l-offensive-contre-les-precaires-de-la-macronie. Elle a raccourci les délais d'expulsion. Surtout, elle permet d'écarter la trêve hivernale. Quand le juge qualifie l'occupation de voie de fait, les occupants perdent les délais et la protection en hiver. Cette loi vise les plus pauvres et s'ajoute à la criminalisation des migrants et demandeurs d'asile.

Ainsi, la place de Milan n'est pas une exception. Elle applique localement une offensive de classe. L'État criminalise la pauvreté. Les collectivités de droite suivent. Les premières victimes sont des femmes, des enfants et des exilées.

Pourtant, les habitantes ne plient pas. Selon leur communiqué, elles resteront sur place quelle que soit le délibéré du 21 août. Elles tiendront, même devant la police. Cette position est un exemple. Elle montre la force de l'auto-organisation et de la solidarité. Mais empêcher la mise à la rue de 280 personnes nécessitera d'élargir la mobilisation et de faire de cette occupation un symbole d'une politique ciblant les plus précaires au profit des intérêts des spéculateurs et des grands propriétaires. Il faudra une réponse collective et par le nombre pour bloquer l'expulsion et initier un mouvement plus large pour faire face à la crise du logement sciemment entretenue par les dirigeants politiques.

Contact du collectif : solidaritefemmesrue@proton.me

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