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Amazon s'attaque à un syndicat combatif : un procès décisif le 18 juin pour Sud Amazon Brétigny

Sun, 14 Jun 2026 15:19:27 CEST

Révolution Permanente

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Le 18 juin se tiendra une nouvelle audience cruciale pour le syndicat Sud Amazon Brétigny pour défendre son droit à exister dans les instances de représentation du personnel et bénéficier de moyens syndicaux renforcés.

Un marathon judiciaire pour entraver un syndicat combatif

Le 7 mai dernier, le syndicat Sud Amazon Brétigny était au Tribunal de Paris pour une nouvelle étape dans le marathon judiciaire qui l'oppose à la direction d'Amazon Brétigny et un autre syndicat. Depuis décembre 2024 ces derniers ont tout tenté pour exclure Sud Amazon Brétigny des élections professionnelles de juin 2025, et donc des instances de représentation du personnel, les privant ainsi de leur représentativité, de leurs mandats et de leurs moyens syndicaux. Sud Amazon Brétigny est pourtant l'un des plus gros syndicats du site, avec plus de 450 adhérent·es sur environ 5 800 travailleur·euses sur place. C'est aussi l'un des plus combatifs, avec des démonstrations organisées lors du mouvement du 10 septembre pour dénoncer leurs conditions de travail et contre la répression le 28 novembre, jour du Black Friday.

En début d'année, la cour de cassation a cassé la dernière décision du tribunal d'Évry qui était défavorable à Sud Amazon Brétigny et jugeait leur liste non-recevable aux élections. Le Tribunal de Paris devait alors trancher sur les conséquences de cette décision quant aux élections professionnelles. Sud Amazon Brétigny, défendu par l'avocate de l'Union Syndicale Solidaires, plaide pour l'annulation des élections dont ils ont été exclus. Face notamment aux demandes de la direction d'Amazon et du syndicat adverse, l'audience a été reportée au 18 juin.

Entraves et répressions syndicales

Amazon semble tenter de jouer la montre. En effet, après octobre les élections ne pourront plus être annulées (passé ce délai, il restera moins d'un an avant la fin du mandat du CSE). À la sortie du tribunal, Rita, syndicaliste à Sud Amazon Brétigny, témoigne : « Ils ne veulent pas qu'il y ait d'annulation des élections parce que Solidaires fait peur. On fait peur parce que nous sommes le seul syndicat qui manifeste. Nous avons eu pas mal de manifs sur le site et même devant le siège d'Amazon. Et ça, ça ne plaît pas. Ils veulent tout faire pour nous éliminer. Ils ne veulent pas nous voir. Ils veulent nous faire disparaître parce qu'ils veulent des syndicats qui sont avec eux, qui sont pro-patronat, qui font ce qu'ils veulent, qui font leur volonté à eux. Et non, nous sommes là pour les salariés. Nous sommes là pour le bien-être des salariés. Et ça, ça ne changera pas. »

De nouvelles élections pourraient en effet permettre à Sud Amazon Brétigny de retrouver une place dans les instances de représentation et donc des mandats qui leur offriraient plus de moyens syndicaux (délégué syndical, représentant syndical, etc.). Cela leur permettrait de renforcer leur travail syndical sur le site et de changer le rapport de force, alors que la direction d'Amazon réprime de plus en plus les voix qui se lèvent. Joseph, secrétaire du syndicat, explique les enjeux derrière ces élections : « Ça nous permettra aussi de pouvoir vraiment bien se positionner par rapport à notre lutte contre notre employeur Amazon, qui ne cesse de nous oppresser, de nous opprimer. On se bat par rapport à ça parce que nous voulons récupérer certaines armes qui pourront nous permettre de bien mener notre lutte. »

En effet, après avoir licencié des grévistes lors du mouvement du 10 septembre, pour des raisons chaque fois fallacieuses, la direction commence à s'en prendre au noyau de l'équipe syndicale et aux salarié·es protégé·es. Certaines personnes de l'équipe ont commencé à recevoir des avertissements, voire des mises à pied de plusieurs jours, pour des motifs comme des retards de 3 minutes, des manœuvres sur le parking de l'entreprise ou des absences faussement déclarées comme injustifiées. Joseph par exemple « a reçu deux avertissements dans la même semaine pour des histoires qui n'ont même pas eu lieu. Il avait posé des congés payés et ils lui ont donné un avertissement pour absence non justifiée, ce qui n'est pas vrai. »

Les salarié·es savent très bien ce que cherche Amazon. « Nous voyons que sur le terrain la répression continue et je pense que ça c'est vraiment un objectif pour Amazon, de nous oppresser et de montrer l'exemple à d'autres salariés, de se dire regardez ceux qui sont mandatés vous voyez ce qu'il leur arrive. Maintenant si vous osez voilà ce qui va vous arriver. Donc c'est pour cela que nous on est resté combatifs, on ne lâche pas l'affaire puisque nous sommes là pour défendre les salariés, défendre les travailleurs, en fait nous sommes la voix des sans voix. Si on se décourage, si on baisse les bras, ça sera catastrophique pour les travailleurs sur le site d'Amazon Brétigny » explique Joseph.

Cette situation de répression syndicale n'est d'ailleurs pas isolée ni restreinte au site de Brétigny. L'entreprise est la pointe avancée de la répression patronale. À Metz, elle a par exemple été récemment condamnée pour avoir licencié une gréviste et Médiapart a recensé de nombreuses discriminations syndicales sur les différents sites de l'entreprise. Amazon utilise notamment des avenants au contrat de travail pour les horaires décalés (nuits ou week-end) comme moyen de pression sur ses salarié·es.

Le 12 février dernier, plusieurs syndicats et sections syndicales d'Amazon faisant partie de l'Union Syndicale Solidaires, dont Sud Amazon Brétigny, s'étaient rassemblées devant le siège d'Amazon pour dénoncer la répression syndicale. Ces pratiques d'entrave syndicale sont même internationales, comme le montrent le départ du géant américain du Québec pour éviter la syndicalisation de ses employé·es ou de la répression qu'elle a mobilisée contre les travailleurs étasuniens qui voulaient créer des syndicats.

Le procès du 18 juin va donc être crucial pour permettre à Sud Amazon Brétigny de regagner des mandats syndicaux et de renforcer la lutte face à la répression et pour les conditions de travail de plus en plus dégradées qui règnent sur le site.

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