Fautes d'orthographe sanctionnées au bac : une nouvelle mesure pour renforcer le tri social
Sun, 14 Jun 2026 21:51:13 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ quelques semaines du baccalauréat, le ministre de l'Éducation a imposé de nouvelles exigences en orthographe et grammaire. Présentée comme un retour à l'exigence, cette mesure s'inscrit en réalité dans une politique de tri social, et cible en premier lieu les élèves issus des milieux populaires.

Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, a annoncé le 19 mai 2026, à quelques semaines seulement des épreuves écrites du baccalauréat, que de nouvelles exigences en orthographe, syntaxe et grammaire entreraient en vigueur pour les épreuves de mi-juin.
Évoquées en avril dans certains médias et confirmées à peine un mois avant le bac sans qu'aucune consigne ne soit encore transmise aux enseignants, ces annonces ont pour principal effet une plus grande incertitude autour des critères d'évaluation et une montée de l'angoisse chez les élèves pris de court.
Un stress qui s'ajoute à celui des notes permanentes durant l'année et à l'anxiété provoquée par Parcoursup dont les places proposées sont en baisse et la sélection s'accroit. Une souffrance psychique qui intéresse peu le ministre dont la volonté est avant tout de sélectionner, une fois de plus, par des voies toujours plus élitistes.
Une mesure présentée comme réponse à la baisse du niveau
Cette nouvelle exigence s'inscrit dans le fameux discours des « fondamentaux ». Le ministre justifie cette réforme par une logique simple : le bac doit sanctionner un niveau minimal de maîtrise de la langue, et une copie trop fautive ne devrait donc plus pouvoir obtenir la moyenne..
Derrière cette rhétorique de l'exigence, la responsabilité est déplacée : les difficultés scolaires ne viennent plus des politiques d'austérité, mais des élèves eux-mêmes. L'État répond ainsi à la crise qu'il a produite par plus de sélection, pas par plus de moyens.
L'école comme outil de sélection et de tri social
Derrière la défense du « niveau », le gouvernement poursuit sa politique de tri social. Comme les groupes de niveau proposés dans la réforme du « choc des savoirs », la sanction accrue des fautes d'orthographe vise moins à faire progresser les élèves qu'à mieux les classer en les mettant en situation d'échec. En avril, Édouard Geffray assumait déjà sa volonté d'une « chute assez drastique du taux de réussite » au brevet et d'œuvrer au développement d'une école à deux vitesse.
L'institution scolaire n'est pas neutre : elle est un espace de reproduction des rapports sociaux, où les inégalités sont maquillées en « mérite individuel ». L'orthographe n'est pas une compétence universelle, mais une compétence directement liée à l'origine socio-culturelle. Selon le rapport Évolution des inégalités sociales de compétences au fil du temps et de la scolarité, « en 2022, 41 % des enfants de cadres ont de bons résultats en français, contre 10 % des enfants d'ouvriers et 6 % des enfants d'inactifs ». Les enquêtes de l'OCDE montrent ainsi régulièrement que la France est l'un des pays où l'origine sociale pèse le plus sur la réussite scolaire.
Les écarts de performance ne relèvent donc pas de simples différences en termes d'investissement scolaire et de travail individuel de chaque élève, mais de la structure de classe de la société. Un·e élève issu·e d'un milieu favorisé dispose de ressources culturelles qui le rendent mécaniquement avantagé face à un·e élève des classes populaires, d'autant plus que les conditions d'apprentissage sont souvent encore plus dégradées dans les quartiers populaires (classes surchargées, manque de moyens, absence de suivi…). On estime qu'un·e élève du 93 perd en moyenne une année de cours sur l'ensemble de sa scolarité.
Une hypocrisie totale : qui détruit l'école publique ?
Les résultats scolaires dépendent de la classe sociale, mais aussi des politiques d'austérité qui organisent la destruction de l'école publique (en particulier pour les quartiers populaires et la ruralité), encore récemment illustré par la suppression de 4 000 postes à la rentrée 2026..
Cette austérité participe à entretenir les inégalités qu'elle prétend corriger : moins de moyens, moins de suivi, moins d'accompagnement, et donc mécaniquement plus d'échec scolaire. Cette logique dépasse les élèves : elle touche aussi l'ensemble des personnels de l'Éducation nationale, soumis à la précarisation et à la dégradation des conditions de travail.
C'est pourquoi nous devons non seulement exiger les moyens nécessaires pour que toutes et tous puissent avoir un droit égal à l'éducation, mais aussi, plus largement, dénoncer une école au service du patronat, qui assume de plus en plus ouvertement son rôle de tri social au détriment des classes populaires et des plus précaires.
Crédits photo : capture d'écran France 24