Iran : Trump annonce unilatéralement un cessez-le-feu qui acte le recul stratégique des États-Unis
Fri, 12 Jun 2026 16:09:02 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès avoir suspendu son dernier ultimatum, Trump a annoncé la signature d'un accord avec l'Iran, ce que Téhéran n'a pas confirmé, qui ratifierait les nouveaux rapports de force dans la région et ouvrirait sur un nouveau cycle de négociations à haut risque.

Après avoir menacé, jeudi 11 juin, de lancer des frappes plus destructrices contre l'Iran, de s'emparer de l'île de Kharg et du pétrole de la nation iranienne, Donald Trump a suspendu une nouvelle fois son ultimatum colonial dans la soirée, avant d'annoncer qu'un mémorandum était en passe d'être validé par l'Iran. D'après Axios, les clauses du texte comprennent la réouverture sans péage du détroit d'Ormuz, un allégèment des sanctions et un cessez-le-feu de 60 jours sur tous les fronts, ouvrant la voie à une nouvelle séquence de négociations sur le nucléaire. D'après le média iranien Mehr, il mentionnerait également le retrait des forces étasuniennes de la périphérie immédiate de l'Iran, la levée du blocus, le dégel de certains avoirs et la fin de toutes les sanctions contre ses exportations pétrolières et pétrochimiques.
Alors que Trump a annoncé que le texte serait probablement signé dans les jours qui viennent en Europe, les dirigeants iraniens n'ont toujours pas confirmé ses annonces. Quoi qu'il en soit des négociations, les termes du mémorandum constituent une traduction diplomatique de l'échec stratégique des États-Unis en Iran : le retour à la situation qui prévalait avant la guerre, lancée le 28 février dernier, s'accompagnerait d'une levée de certaines sanctions qui écrasent le pays depuis 47 ans. Ces dernières semaines, le camp néoconservateur s'est insurgé contre un tel accord qui pourrait permettre à l'Iran de disposer d'une marge de manœuvre nouvelle dans la région, notamment au détriment d'Israël.
L'annonce de Trump survient après une semaine sous haute tension. Alors que la fébrilité de l'impérialisme étasunien est palpable, plusieurs récits commencent à émerger au sujet des négociations. Pour Hassan Ahmadian, professeur à l'université de Téhéran, « les termes initiaux iraniens, qui avaient déjà été acceptés en principe, ne laissaient à Trump aucune marge pour revendiquer une victoire claire. Après cet accord préliminaire, il est donc revenu sur sa position, renvoyant à Téhéran, par l'intermédiaire des médiateurs, ses propres amendements. Mais l'Iran n'a pas répondu. Au contraire, il l'a laissé plusieurs jours dans l'expectative, tout en signalant qu'il était prêt à reprendre la guerre. En réponse, Trump a tenté d'exercer une pression militaire […]. Mais l'Iran a réagi lors des deux nuits d'escalade, frappant deux fois plus de cibles que celles touchées sur son propre territoire. […] À ce stade, Trump semble avoir perdu tout espoir de contraindre Téhéran à accepter ses conditions. L'annonce d'un accord constitue en réalité l'annonce d'un recul – un retour à ce qui avait déjà été convenu auparavant. »
Pour d'autres analystes, les manœuvres de Trump visaient moins à obtenir des termes plus favorables qu'à donner l'illusion d'une victoire étasunienne sur le régime, obtenue grâce à une nouvelle séquence de frappes, offrant ainsi une issue à Trump pour sortir de son impasse stratégique. C'est en tout cas cette ligne de communication que la Maison Blanche a adopté tout au long de la soirée d'hier après la suspension du dernier ultimatum de Trump : face aux journalistes, Trump a déclaré qu'il s'agissait d'un « memorandum très solide » et qu'il y « avait vraiment eu un changement de régime », les nouveaux dirigeants iraniens se montrant, selon lui, plus « raisonnables ». Un bricolage rhétorique alors que les États-Unis n'ont réalisé aucun de leurs objectifs stratégiques et que le texte prend acte de la nouvelle position de force dont jouit l'Iran.
Symptomatiquement, le ton du communiqué israélien témoigne du malaise d'Israël face au texte : « Bien qu'Israël ne soit pas partie au protocole d'accord, le Premier ministre a exprimé sa gratitude envers le président Trump pour son engagement à ce que l'accord final issu des négociations comprenne le retrait des matières nucléaires enrichies, le démantèlement des infrastructures d'enrichissement, des limitations à la production de missiles, ainsi que la fin du soutien de l'Iran à ses groupes armés alliés dans la région, qualifiés d'organisations terroristes. » Avec une certaine langue de bois, le communiqué réaffirme les exigences maximalistes d'Israël, qui ne sont pas contenues dans le texte dont il se délimite d'un même geste, sans s'opposer frontalement à Trump.
En effet, un accord avec l'Iran représenterait un camouflet pour Netanyahou alors que l'Iran tente d'imposer une nouvelle « équation stratégique » et n'hésite plus à s'interposer entre Israël et le Liban agressé. S'il reste à voir combien de temps la bourgeoisie iranienne suivra cette ligne, il s'agit d'un signe clair que la marge de manœuvre d'Israël est désormais plus réduite, notamment au Liban, où Israël a échoué à remplir ses objectifs stratégiques en dépit de l'extrême violence de ses méthodes génocidaires.
En parallèle, la relation des États-Unis et d'Israël ne cesse de se détériorer. Tandis que Netanyahou a mis en danger les négociations, en outrepassant la ligne rouge établie par Washington et Téhéran et en bombardant Beyrouth dimanche dernier, Trump s'est contenté d'appeler au calme après la riposte iranienne. Ce mercredi, c'est J.D. Vance qui s'est exprimé au sujet de la relation des États-Unis avec Israël, notant qu'« il arrive parfois que nos intérêts coïncident parfaitement et parfois qu'ils divergent. » « Ce que j'ai constaté chez le Premier ministre, c'est qu'il défend avec vigueur les intérêts de son pays. Parfois, cela signifie que nous sommes sur la même longueur d'onde, et parfois que nous ne le sommes pas » explique-t-il.
La situation demeure dans tous les cas ouverte alors que les négociateurs iraniens n'ont apporté aucune réponse aux annonces de Trump et que Téhéran pourrait être tenté d'attendre encore dans le but d'obtenir davantage comme le souligne Hamidreza Azizi : « Outre la structure horizontale du processus décisionnel dans la République islamique après Ali Khamenei, qui exige du temps pour parvenir à un consensus, une autre considération est la manière de présenter tout accord de façon à le rendre acceptable aux yeux de la base politique la plus dure du régime. »
D'autre part, Trump lui-même, face aux contradictions ouvertes par l'échec des États-Unis, semble déjà vouloir revenir sur certains points de l'accord, accusant l'Iran d'avoir publié des termes différents des siens. Dans un message sur X, ce vendredi, Trump a indiqué que « les termes que l'Iran a laissés filtrer… n'ont absolument RIEN à voir avec les termes qui ont été convenus, par écrit. Ce qu'ils ont déclaré, y compris leur communiqué faible et pitoyable affirmant qu'un accord avait été conclu, n'a aucun rapport avec la vérité. Ce sont des gens très peu honorables avec qui négocier. » Un potentiel revirement de dernière minute, pour tenter de trouver une autre issue qui lui permettrait de dissimuler son échec, n'est donc pas impossible alors que Trump n'a aucune bonne option pour sortir de la guerre.
Et quand bien même le texte serait signé, la nouvelle séquence de négociations de 60 jours autour du nucléaire iranien – qui exclut la question des missiles et le soutien aux différents alliés de Téhéran dans la région que Trump mettait au centre de ses buts de guerre – témoigne à la fois du recul des États-Unis en même temps qu'elle pourrait se conclure comme les séquences précédentes, c'est-à-dire par la reprise des combats. Si Washington semble s'être résigné à reculer sur certaines exigences face à l'échec stratégique de la guerre, rien ne dit qu'Israël ne tentera pas de perturber ces négociations à haut risque pour éviter un recul majeur. D'ores et déjà, Israël a lancé des raids aériens contre le peuple palestinien à Gaza dans la nuit de jeudi à vendredi, menaçant de relancer une guerre génocidaire de haute intensité, comme pour se venger de son échec face à l'Iran et au Liban.
Dans tous les cas, alors que les effets de la défaite étasunienne se font déjà sentir et que Washington tente de restaurer sa crédibilité en menaçant d'envahir Cuba et en renforçant ses pressions sur la Bolivie, où le gouvernement pro-Trump de Rodrigo Paz est en très grande difficulté face à une puissante rébellion ouvrière et populaire, il y a plus que jamais urgence à construire un grand mouvement anti-impérialiste qui se prononce pour la défaite des États-Unis et d'Israël en Iran et dans toute la région, en toute indépendance du régime iranien et des directions qui lui sont alliés, et qui lutte pour la fin du génocide du peuple palestinien.