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Extrême droite : de Belfast à Liverpool, une nouvelle vague d'attaques racistes secoue le Royaume-Uni

Fri, 12 Jun 2026 20:35:22 CEST

Révolution Permanente

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De Belfast à Liverpool, une nouvelle vague d'attaques racistes a secoué le Royaume-Uni ces derniers jours. Derrière les incendies de logements, les listes d'adresses et les appels à la mobilisation de l'extrême droite, se dessine une offensive organisée qui confirme l'enracinement d'une extrême droite de rue parmi les plus agressives d'Europe.

Depuis trois ans, chaque été, le Royaume-Uni voit se répéter le même scénario : un fait divers tragique est transformé en carburant raciste par l'extrême droite, puis utilisé pour lancer des attaques ciblées contre des migrants, des personnes de confession musulmane ou assimilées comme telles, ou des personnes simplement perçues comme étrangères. De Southport à Southampton, de Belfast à Liverpool, Glasgow ou Londres, la méthode est désormais rodée : diffusion virale de vidéos, mensonges ou insinuations sur l'origine des suspects, appels coordonnés à descendre dans la rue, rassemblements devant des hôtels, listes d'adresses, attaques contre des logements, commerces et lieux d'hébergement de demandeurs d'asile. Les violences de Belfast ne relèvent donc pas d'une émeute spontanée, mais s'inscrivent dans une offensive raciste plus large organisée par l'extrême droite de rue.

Le prétexte immédiat de cette dernière vague a été l'agression au couteau contre Stephen Ogilvie, poignardé lundi soir dans le nord de Belfast par un homme présenté par la police comme un demandeur d'asile soudanais. L'attaque, partiellement filmée, a été largement diffusée par des figures de l'extrême droite britannique, dont Tommy Robinson. Le suspect a comparu mercredi devant la justice, mais cela n'a pas empêché les réseaux racistes de transformer un drame individuel en pogroms collectifs contre les immigrés de Belfast.

La famille de Stephen Ogilvie a publié une déclaration condamnant explicitement les violences racistes qui ont éclaté à Belfast où des groupes masqués ont attaqué des maisons, des commerces et des quartiers où vivent des familles migrantes. Un supermarché a été incendié ; un salon de coiffure turc a été attaqué ; des voitures ont été brûlées ; des cocktails Molotov ont visé des logements soupçonnés d'abriter des étrangers.

Des familles ont dû être évacuées par les pompiers alors que leurs maisons prenaient feu, avec des témoignages évoquant des enfants, parfois seulement de quelques mois, extraits en urgence de logements menacés. Dans certains quartiers, des gangs sont allés de porte en porte pour exiger le départ de personnes identifiées comme étrangères. Ces mêmes milices se sont aussi déployées dans les alentours de Belfast pour constituer des patrouilles et des checkpoints racistes, contrôlant l'origine et la couleur de peau des conducteurs.

Patricia McKeown, responsable régionale du syndicat Unison, a rapporté qu'une infirmière noire avait été poursuivie jusqu'à l'Ulster Hospital par quatre hommes masqués alors qu'elle était en service. Elle ajoute : « Nous avons des travailleurs qui sont fait arrêter par ces patrouilles dans les rues de Belfast, notamment devant les hôpitaux, qui contrôlent leur origine ethnique et filment leurs plaques d'immatriculation ». Le choix des hôpitaux n'est pas anodin, car ces derniers concentrent de nombreux travailleurs immigrés. Ce type de scène montre clairement la cible : les travailleurs immigrés et racisés, révélant le caractère profondément raciste et anti-ouvrier de ces attaques.

En conséquence, de nombreuses écoles et commerces ont fermé, les transports publics ont été perturbés ou interrompus, et Belfast s'est trouvée largement à l'arrêt, mercredi. La police nord-irlandaise a annoncé que 12 agents avaient été blessés par des cocktails Molotov et que 16 émeutiers avaient été arrêtés. De l'autre côté, au moins 27 familles ont été chassées de leurs logements depuis lundi.

Après la première nuit de violences, une « hit list », c'est-à-dire une liste de cibles, de « maisons de migrants » a commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Le Guardian a rapporté que l'Accountability Project Northern Ireland, qui surveille l'activité anti-immigration, alertait le PSNI (Police d'Irlande du Nord) depuis des mois sur ce type de listes et de menaces. Selon ces informations, des adresses circulaient déjà dans des groupes d'extrême droite depuis août 2025, et une liste envoyée à la police en janvier 2026 contenait des lieux ensuite ciblés durant les attaques de ces derniers jours. Le Guardian cite notamment un message annonçant que certaines résidences sont considérées comme des « cibles légitimes », ajoutant que toute personne aidant ces « animaux » à être logés serait considérée comme coupable.

Loin de rester confinée à Belfast, l'extrême droite a immédiatement tenté d'étendre la séquence à l'ensemble du pays. Tommy Robinson a affirmé que « tout le Royaume-Uni » devait descendre dans la rue, après ce qu'il a présenté comme une nouvelle attaque d'un « envahisseur », et a relayé des horaires de rassemblements dans plusieurs villes. À Liverpool, environ 200 militants d'extrême droite ont tenté de s'en prendre à un hôtel hébergeant des demandeurs d'asile. En Écosse, des rassemblements ont visé des lieux d'hébergement, notamment à Greenock, devant un Holiday Inn utilisé pour loger des demandeurs d'asile. Des appels ont aussi circulé pour Glasgow, Londres et d'autres villes. Ces mobilisations n'ont pas été massives partout. À Birmingham, Manchester ou Newcastle, elles semblent parfois n'avoir réuni que quelques dizaines de personnes.

Cette articulation entre la rue, les politiciens d'extrême droite et les plateformes numériques est au cœur de la séquence actuelle. Tommy Robinson joue le rôle d'agitateur et de coordinateur politique informel, en transformant chaque fait divers en appel à la mobilisation raciste. Rupert Lowe, dirigeant de Restore Britain/Restore UK, a ajouté sa voix aux appels à descendre dans la rue, avec une vidéo où il affirme que « des millions et des millions » de personnes devaient être expulsées du pays. Reform UK et Nigel Farage ont, de leurs côtés, profité de la séquence pour mettre en avant une politique d'interdiction de visas en provenance du Soudan.

Elon Musk a lui aussi joué un rôle d'amplification. Le milliardaire, qui contrôle X et l'utilise comme mégaphone permanent pour l'extrême droite internationale, a relayé des propos de Lowe et d'autres comptes réactionnaires. Il a notamment repartagé des commentaires qu'il avait lui-même tenus l'an dernier, affirmant que la violence était inévitable et que les gens devaient « riposter ou mourir ».

Dans les violences à Belfast, la police en Irlande du Nord est restée totalement passive vis-à-vis des menaces racistes, alors même qu'elle avait été prévenue de la circulation de listes d'adresses visant des personnes immigrées. L'une des premières réactions policières a surtout consisté à « clarifier » l'origine nationale de l'assaillant, d'abord présenté à tort comme somalien, afin « d'apaiser » les angoisses racistes d'extrême droite.

Cette passivité n'empêche pas les différents responsables politiques de réclamer plus d'ordre, plus de frontières et plus de police. Des dirigeants unionistes en Irlande du Nord ont utilisé l'attaque pour demander un durcissement de la frontière avec la République d'Irlande. L'ancien dirigeant adjoint du DUP, Gavin Robinson, a déclaré à Keir Starmer, au Parlement, que le gouvernement devait montrer qu'il était prêt à défendre les frontières.

Quant à Keir Starmer et son gouvernement, ils peuvent bien condamner les violences comme du « racisme de voyous », mais ces derniers reprennent eux-mêmes pleinement le cadre politique qui nourrit ces violences : application de politiques migratoires parmi les plus dures d'Europe, autosatisfaction face aux records de déportations de l'administration ou encore déclarations racistes en série comme que Starmer a affirmé que le pays risquait de devenir « une île d'étrangers ». Et « l'alternative » Andy Burnham, prétendument à la gauche de Starmer, ne promet rien de mieux. Cet odieux personnage a lui-même déclaré, concernant l'hébergement des demandeurs d'asile, être « d'accord avec ce que dit Farage. Ce que nous devons faire, c'est rétablir un sentiment d'ordre. »

Pour cette raison, il est nécessaire de construire la riposte la plus large possible contre toutes les attaques racistes, et ce en toute indépendance vis-à-vis du Parti travailliste, dont les politiques n'ont eu de cesse de faire progresser l'extrême droite dont elle reprend les idées. Les différentes mobilisations antifascistes et antiracistes qui ont eu lieu ces derniers mois en Grande-Bretagne offrent de premiers points d'appui. Mais l'exemple le plus avancé vient de Minneapolis, où des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées contre les raids de l'ICE, combinant lutte antiraciste et implication directe d'une partie importante du mouvement ouvrier local. C'est par les méthodes de la lutte des classes qu'il faut affronter une extrême droite de rue qui compte aujourd'hui parmi les plus puissantes et les plus structurées d'Europe et qui, chaque été, tente d'imposer un climat de terreur raciste dans les rues du Royaume-Uni.

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