Opéra de Paris. La direction mobilise des cadres pour casser la grève
Fri, 12 Jun 2026 20:42:59 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes techniciens et ouvreurs de l'Opéra de Paris ont fait fermer les deux opéras plusieurs fois ces dernières semaines pour lutter pour de meilleurs salaires, dans un contexte d'attaques de la direction. Celle-ci a répondu en franchissant un nouveau cap : chercher à casser la grève en mobilisant des cadres pour remplacer les grévistes.

Depuis plusieurs semaines, les techniciens et ouvreurs des opéras Bastille et Garnier, dépendants de l'établissement public Opéra de Paris, se battent pour leurs salaires. Ils ont mené plusieurs jours de grève, fait annuler des représentations et fermé le site du palais Garnier aux visites. Les grévistes revendiquent notamment des compléments de salaires pour les travailleurs intermittents et en CDD, ainsi que leur revalorisation pour les travailleurs en CDI qui les touchent déjà. Ces compléments concernent notamment les salariés en horaires « modulables », dont la charge de travail et les horaires peuvent exploser d'une semaine à l'autre et qui peuvent également se voir imposer des horaires décalés.
La colère vient également d'un nouvel accord sur les salaires et les missions des techniciens. En négociation depuis deux ans, cet accord a pour but d'individualiser et d'opacifier les négociations salariales pour casser les dynamiques de luttes et les revendications collectives.
Face à cette mobilisation, la direction de l'Opéra a opté pour la « politique de la chaise vide pendant les négociations », dénonce un technicien auprès de Révolution Permanente, avant de publier et d'afficher dans l'établissement des « lettres visant à discréditer le mouvement de grève ». Pire encore : pendant un jour de grève à Garnier, « une ribambelle de directeurs et directrices, d'adjoints et de haut cadres ont pris le poste des petites mains qui manquaient à l'appel sur une journée de mobilisation. Que ce soit au plateau ou bien dans la salle, les ouvreurs et machinistes ont été remplacés par des cadres payés jusqu'à 40 fois leur salaire » témoigne toujours ce même technicien.
Une stratégie pour casser la grève à tout prix, qui témoigne du serrage de vis de la direction de l'Opéra dans une période d'austérité budgétaire. En décembre dernier, pendant une grève des techniciens lumière à l'Opéra Bastille qui portait des revendications similaires, la direction de l'Opéra avait déjà fait le choix de faire jouer le spectacle en lumières de service, pour ne pas l'annuler et devoir rembourser automatiquement les spectateurs.
Si l'Opéra essayait précédemment de museler les revendications et les luttes par un discours sur « l'excellence Opéra » et faire miroiter la participation de chaque salarié à une institution d'élite comme récompense en soi, aujourd'hui ces discours ne tiennent plus face à l'inflation grandissante, la baisse de niveau de vie et le manque de revalorisation des salaires.
La réputation internationale de l'établissement n'a pas cessé de grandir et la direction de l'Opera revendique également un bilan budgétaire positif et profitable, alors que les salaires n'ont cessé de stagner jusqu'à compter parmi les plus bas du secteur. Les discours vides sur le prestige de l'institution ne tiennent pas longtemps au regard des impératifs financiers qui poussent la direction à faire jouer les spectacles à tout prix, parfois sans lumière, dans de mauvaises conditions pour le public et quitte à mobiliser des cadres pour gérer le placement de salle, générant un retard conséquent.
Les conditions de travail et l'attitude des directions d'établissements publics du secteur culturel se durcissent également ailleurs qu'à l'Opéra. À la BNF, c'est le droit de grève qui est attaqué et au Centre Pompidou, ce sont des postes qui sont menacés. Dans les deux cas, le prétexte des travaux dans les deux institutions est utilisé pour simultanément attaquer les conditions de travail, faire des économies sur le dos des travailleurs, mais aussi maintenir l'illusion qu'il n'y aurait pas d'austérité dans la culture grâce aux financements de grands projets de rénovation.
Une situation qui pourrait aussi faire écho à celle de l'Opéra, dont les deux sites vont également devoir fermer dans les prochaines années pour des plans similaires de rénovation. Face à ces attaques et à une dégradation progressive des salaires et des conditions de travail, la colère profonde qui s'exprime à l'Opéra et dans plusieurs institutions culturelles doit servir de point d'appui pour engager une lutte globale contre l'austérité dans le monde de la culture.
Image : Wikimedia Commons