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Bolivie : « Face à Paz et la répression, suivre l'exemple de San Julián, Caracollo et Vinto »

Thu, 11 Jun 2026 17:36:46 CEST

Révolution Permanente

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Dans ce texte, la LOR-CI bolivienne, organisation sœur de Révolution Permanente, revient sur la situation dans le pays, la pression des élites pour un durcissement répressif et les exemples de riposte paysanne et ouvrière des derniers jours.

La semaine dernière, à San Julián, les secteurs mobilisés ont donné un exemple remarquable de lutte et de dignité en faisant échouer l'opération policière et militaire du gouvernement de Rodrigo Paz, qui était appuyée par les milices paramilitaires de l'Unión Juvenil Cruceñista (organisation d'extrême droite). La défaite de Paz et de son plan d'austérité peut être obtenue en maintenant les barrages organisés par la base, et grâce à la grève générale, que la COB ne met pas en œuvre, ainsi qu'à la résolution de l'assemblé populaire du 1er mai : barrages routiers et grève générale avec arrêt de travail, voilà la voie à suivre.

Paz accuse les manifestants d'être des vandales. Pourtant, les images diffusées par la presse montrent clairement que ce sont les groupes paramilitaires de l'Unión Juvenil Cruceñista qui sont venus agresser la population, armés de machettes et de pétards. Dépassés par les manifestants, ils se sont finalement réfugiés derrière les boucliers de la police, comme en 2019. Paz parle de « Bolivie, Bolivie, Bolivie », mais il poursuit un projet économique qui énonce explicitement son intention de céder au secteur privé une participation majoritaire dans les projets liés au lithium. Il parle d'allègement fiscal, mais ne dit pas que les principaux bénéficiaires sont ses partenaires entrepreneurs, qui, depuis des décennies, font fuir les capitaux du pays vers des paradis fiscaux. Branko Marinkovic, Samuel Doria Medina, Luis Fernando Camacho, Ivo Kuljis, Osvaldo Monasterio : voilà les noms des grandes fortunes qui dirigent ce gouvernement de concert avec le Fonds monétaire international ; il n'y a rien à négocier si ce n'est sa démission.

Les assemblées populaires massives organisées dans les districts d'El Alto et dans les provinces mobilisées ont clairement tracé la voie pour la rébellion que nous vivons : il faut intensifier la mobilisation contre le gouvernement de Rodrigo Paz. En ce sens, nous appelons à renforcer et à protéger les barrages routiers, et à mettre en œuvre la grève générale avec arrêt de travail jusqu'à ce que le gouvernement de Rodrigo Paz et les patrons s'en aillent. Les bureaucrates qui voudraient s'asseoir à la table des négociations avec le gouvernement ont été et continueront d'être ignorés par la base. Face à eux, il faut constituer des comités de coordination des barrages, des coordinations des districts et des provinces, ainsi que des organisations de lutte.

Le gouvernement de Paz, aux côtés de figures comme Tuto Quiroga, Jaime Paz ou Gonzalo Sánchez de Lozada, mène une répression brutale dans le cadre d'opérations mal nommées de « couloir humanitaire ». Il attaque au gaz et tire sur la population mobilisée, il a assassiné au moins cinq camarades et fait des centaines de blessés, de prisonniers et de persécutés politiques. Le vice-président Lara, le Défenseur du « Peuple » et l'Église tentent d'encourager un dialogue. Mais un dialogue fondé sur quoi ? Et dans quel but ? La réponse est simple : pour démobiliser le peuple et donner un nouveau souffle à ce gouvernement au service de l'impérialisme de Donald Trump. La même Église qui célébrait des messes lors de la mobilisation civile et patronale de Santa Cruz en 2021, qui bénissait ceux qui frappaient les paysans, les indigènes et la population LGBTIQ+, prétend aujourd'hui établir les conditions d'un « dialogue ».

Ce mardi matin, lors de sa conférence de presse, Paz s'est une nouvelle fois alignée sur la ligne de Washington, en tentant de mettre en avant un discours sur le « narcoterrorisme », sur le modèle de celui qui avait permis de justifier l'invasion américaine du Venezuela et l'enlèvement du président Nicolás Maduro au début de l'année. Bien sûr, les instructions directes sont venues de Trump, par l'intermédiaire de Marco Rubio (secrétaire d'État) et de Pete Hegseth (secrétaire à la Guerre). Au moment d'annoncer la promulgation de la nouvelle loi réglementant les états d'urgence, Paz a par ailleurs déclaré : « j'ai un message à l'intention des forces armées et de la police : vous avez la responsabilité de préserver l'avenir. Cette loi vous permet de mettre en œuvre le plan que nous avons élaboré. »

Cette nouvelle loi apporte un soutien accru de l'État aux forces répressives, en garantissant la présomption de légalité dans le cadre des états d'urgence, ainsi que la protection de l'État en cas de poursuites judiciaires futures pour violation des droits de l'homme. À l'instar du décret suprême 4078 promulgué par le régime de facto de Jeanine Áñez en 2019 pour garantir l'impunité des forces répressives dans les massacres de Senkata et de Sacaba, Paz prépare le terrain juridique pour continuer à s'en prendre au peuple mobilisé.

Le parquet général a annoncé lundi que plus de 90 procédures pénales avaient déjà été engagées contre des dirigeants du mouvement social à la suite des mobilisations qui ont eu lieu depuis le mois de mai, alors que des agents masqués et armés procèdent à des enlèvements en pleine rue. Tout comme ils ont enlevé cinq dirigeants de la Centrale Ouvrière Bolivienne, des opérations illégales ont été menées pour arrêter des figures de proue du mouvement paysan et populaire [Au moment de la publication de cet article, les dirigeants de la COB ont été libérés, le parquet ne disposant d'aucun élément permettant de les inculper.]

Les mêmes milieux d'affaires qui, en 2019 et 2021, appelaient à la grève et à la mobilisation violente pour imposer leurs intérêts de classe, se lamentent aujourd'hui et exigent une main de fer de la part de l'État. Ceux-là mêmes qui ne veulent pas que l'État régule les exportations et les devises exigent que l'État mobilise les forces armées pour réprimer les barrages organisés par les paysans, les quartiers et les populations. Hier, les organisations patronales de Cochabamba se sont ainsi prononcées pour exiger la déclaration effective de l'état d'urgence, s'associant ainsi aux revendications formulées par le Comité Pro Santa Cruz, la CAO et la CAINCO. Les grands entrepreneurs, banquiers et agro-industriels, responsables de la fuite systématique des capitaux qui prive le pays de dollars, parlent désormais du « préjudice économique » causé au pays. L'homme d'affaires Marcelo Claure, qui a piloté l'élaboration du plan économique Growth Labs/Bolivia360, n'est pas en reste : il a exigé, depuis son compte X, que le président Paz reprenne « le contrôle du pays ».

A la veille d'une mobilisation appelée par le mouvement paysan, la Centrale ouvrière bolivienne, les associations de quartier d'El Alto, ni la répression, ni les menaces ne pourront arrêter la force des ouvriers, des paysans et des secteurs populaires, organisés et déterminés à lutter pour faire tomber le gouvernement complaisant de Rodrigo Paz et son plan d'austérité [L'article a été publié mardi 9 juin.].

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